28/09/2022

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Les réfugiés togolais du Bénin ne croient pas au dialogue inter-togolais

AGAME (AFP)28/05/2006 –Les réfugiés togolais qui vivent au Bénin depuis les violences d’avril 2005, placent peu d’espoir dans le dialogue politique en cours dans leur pays et demandent justice.

« Il est illusoire de penser que nous sommes prêts à retourner au pays dans ces conditions, alors que nos bourreaux sont totalement amnistiés. Il ne peut y avoir de réconciliation sans justice préalable », explique Marxien, 32 ans réfugié dans le camp d’Agamè, à 18 km de la frontière togolaise.

Entre deux sanglots, Marxien montre les cicatrices des violents coups de matraques que lui ont assené « les militaires qui châtiaient les manifestants d’avril 2005 ».

Il a été tabassé le jour même de l’annonce de la victoire à l’élection présidentielle le 26 avril 2005 de Faure Gnassingbé qui a déclenché les manifestations parfois violentes de l’opposition, durement réprimées par l’armée.

Aucun bilan officiel n’a été publié, mais les estimations variaient entre 105 morts, selon une association de défense des droits de l’homme proche du pouvoir, à 811, selon l’opposition togolaise.

Le gouvernement togolais a décidé en mars dernier d’abandonner les poursuites à l’encontre des présumés auteurs de violences qui ont marqué l’élection présidentielle, une mesure qui ne s’applique cependant pas aux auteurs présumés « de crimes de sang ».

Comme Marxien, bien d’autres réfugiés du camp d’Agamè pensent qu’ils ne peuvent pas retourner au Togo, malgré les appels des autorités.

« Même si ici nous ne trouvons rien à manger, ce n’est suffisant pour que nous retournions dans la jungle », confie Alain, 46 ans réfugié avec sa femme et ses trois enfants.

« Au moment où les autorités soutiennent le discours du rassemblement et de la réconciliation, les enlèvements et les arrestations suivies de disparition continuent au Togo », dit-il.

« Cela fait près de 40 ans que les choses sont comme cela au pays », ajoute-t-il en référence aux 38 ans de règne sans partage sur le Togo de Gnassingbé Eyadéma, le père de l’actuel président Faure Gnassingbé, décédé le 5 février 2005.

« Les militaires aux côtés du pouvoir tuent et après on vient nous dire qu’ils sont amnistiés… A cette allure, le cycle de violence ne va pas s’arrêter et c’est le peuple qui subit », constate Alain avec amertume.

Selon les statistiques du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), 19.870 réfugiés togolais sur les 25.000 qui avaient fui le Togo en avril 2005, vivent toujours au Bénin, dont 8.000 toujours dans les camps de réfugiés situés non loin de la frontière entre les deux pays. Les autres se sont logés dans des familles d’accueil surtout à Cotonou.

« Depuis mars dernier, une cinquantaine de réfugiés âgés ont décidé de retourner chez eux avec l’aide du gouvernement togolais. Mon souhait est que ce genre d’actions se multiplient », indique Rafik Saïdi, représentant du HCR au Bénin.

Il ajoute que depuis mai 2005, le programme de réunification des Enfants non accompagnés (ENA) a permis de « réunifier à leur famille 202 enfants dont 153 sont repartis au Togo ».

Les autorités de Lomé ont entamé le 21 avril un « dialogue politique » avec l’opposition qui vise notamment à permettre le retour des réfugiés au Togo et fait partie des 22 « engagements démocratiques » pris par le Togo envers l’Union Européenne en avril 2004 pour la reprise de la coopération entre les deux parties, interrompue depuis 1993 pour « déficit démocratique ».