01/07/2022

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Togo: l’année de toutes les incertitudes

ABIDJAN, 6 juil (AFP) – 10h46 – La récente diatribe du Premier ministre limogé, Agbéyomé Kodjo, contre le président togolais Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis bientôt 36 ans, a relancé les interrogations dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest qui n’a quasiment connu qu’un dirigeant depuis son indépendance.
Doyen des chefs d’Etat africains en exercice, le général Eyadéma doit théoriquement quitter le pouvoir en juin 2003, au terme de deux mandats successifs de cinq ans.

Stature toujours imposante, le président répète inlassablement depuis un an qu’il est légaliste, respectueux et garant de la constitution et qu’il ira « se reposer ».

« Je ne veux pas parler de 2003. Je ne veux plus qu’on en parle. L’article (de la constitution) est là », a-t-il martelé derrière ses éternelles lunettes noires lors d’un entretien avec l’AFP le 1er juillet à Pya, son fief natal au nord du pays.

L’article 59 stipule que le président est élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois.

Le chef de l’Etat assure même qu’il soutiendra le candidat choisi par le parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), qu’il a fondé.

Mais autour de lui, dans le premier cercle, certaines voix s’appliquent à prédire un scenario catastrophe: si l’après-Eyadéma n’est pas bien préparé, on peut craindre le pire. Une façon de plaider pour un maintien du général-président, au moins pour quelques temps.

Une éventuelle candidature nécessiterait une modification de la constitution, une perspective inacceptable pour les pays occidentaux, selon des diplomates à Lomé, alors que les bailleurs de fonds (UE, FMI, BM) ont coupé l’aide économique extérieure depuis des années.

Quant à l’opposition, elle est incapable de se mettre d’accord sur un nom, et Gilchrist Olympio, l’opposant de toujours en exil, ne peut se présenter du fait de la nouvelle loi électorale qui exige un an de résidence au Togo.

Depuis 1999, on se pose certes la question du départ « à la retraite » du président Eyadéma, mais aujourd’hui la donne a singulièrement changé.

Pendant trois ans, le pouvoir a discuté avec une opposition désunie sur l’organisation d’élections législatives, conformément à des accords conclus en juillet 1999. Les élections ont été reportées deux fois et le dialogue inter-togolais est dans une impasse totale.

Or aujourd’hui, une contestation, même limitée, s’est faite jour au sein même du tout puissant RPT. C’est d’abord un ancien président de l’assemblée nationale, Dahuku Péré, qui a réclamé en mars un aggiornamento du parti.

« L’intolérance et l’exclusion semblent avoir déserté les rangs de l’opposition pour s’incruster solidement dans les nôtres. A quand donc la fin de la barbarie? », écrivait le député.

C’est ensuite le Premier ministre Agbéyomé Kodjo, limogé le 27 juin par le président Eyadéma, qui diffuse 14 pages d’une rare violence contre le chef de l’Etat et sa famille, l’accusant pêle-mêle de corruption, détournement, torture… Kodjo, aujourd’hui en fuite et poursuivi en justice, appelle à « renvoyer aux oubliettes de l’histoire le régime obscurantiste d’Eyadéma ».

« Ce garçon ne représente absolument rien politiquement, je vous le dis! Peut-être est-il surmené. En tout cas, il n’a pas démissionné, c’est moi qui l’ai remercié. C’est l’opposition qui le manipule », rétorque à l’AFP le président Eyadéma.

C’est dans ce contexte délétère, aggravé par le marasme économique, que le pouvoir doit organiser des élections législatives et préparer le rendez-vous de 2003.

« Nous aurons des législatives claires et transparentes », assure à l’AFP le président du parlement Fambaré Natchaba.

C’est la tâche prioritaire qui a été assignée au nouveau Premier ministre Koffi Sama, l’actuel secrétaire général du RPT.