07/12/2022

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Togo: le bras de fer se poursuit diplomatiquement et dans la rue

LOME, 18 fév (AFP)–Deux semaines après le décès du président Gnassingbé Eyadéma, la crise de succession entraînée par la prise du pouvoir par son fils, Faure Gnassingbé soutenu par l’armée, n’est pas résolue malgré la mobilisation de la communauté internationale et la médiation de la CEDEAO.

La pression diplomatique est soutenue contre le nouvel homme fort du Togo, silencieux depuis une semaine.

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a envoyé une mission de médiation mardi à Lomé pour le convaincre de restaurer la légalité constitutionnelle, mais aucun résultat de cette rencontre n’a été rendu public.

Jeudi, c’est M. Gnassingbé qui s’est rendu à Abuja pour rencontrer le président Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’Union Africaine (UA), l’un des plus fermes et des plus virulents contre le « coup d’Etat » qui a suivi le décès du général Eyadéma le 5 février.

Là non plus aucun résultat concret n’a été annoncé, même si les déclarations officielles laissaient entendre que M. Obasanjo a insisté davantage sur l’organisation d’élections que sur le départ du président investi.

La Constitution prévoyait en effet qu’en cas de décès du chef de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale, en l’occurrence Fambaré Natchaba Ouattara, assure une transition de 60 jours pour organiser l’élection présidentielle.

Pour donner un semblant de légitimité à son pouvoir, M. Gnassingbé et ses alliés ont rapidement révisé la Constitution le 6 février et il a prêté serment le 7.

M. Natchaba a pour sa part été destitué et se trouve au Bénin voisin.

Actuellement, une délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est à Lomé pour connaître les intentions du nouveau pouvoir. L’OIF a déjà suspendu le Togo de toutes ses instances et de ses programmes d’aide et de coopération.

Les autorités laissent courir le bruit depuis mardi que Faure Gnassingbé va s’exprimer, mais jusqu’à présent il n’a rien dit, entretenant un climat d’inquiétude au sein de la population.

« Ce silence démontre que les négociations ne se déroulent pas aussi bien qu’on veut le faire croire », estime un observateur à Lomé.

La CEDEAO fait planer la menace de sanctions qui pourraient se traduire notamment par la suspension du Togo de ces instances. Cette menace ne semble cependant pas inquiéter vraiment les barons du régime restés à leur poste.

Certes, l’accumulation de sanctions risquerait d’handicaper pour un bon moment ce petit pays, notamment au niveau économique, mais ni la CEDEAO ni l’UA n’iront a priori jusqu’à l’intervention militaire, comme le Nigeria l’a laissé entendre, pour rétablir la légalité constitutionnelle, estiment ces diplomates.

Différents scénarios sont actuellement à l’étude dans les tractations en cours: retour au statu quo ante et application de la Constitution d’avant le 6 février, ce qui n’a évidemment pas la faveur de Lomé.

Autre possibilité, accepter qu’une courte transition soit conduite par Faure Gnassingbé à condition qu’il organise « dès que possible » une élection présidentielle « libre et transparente ».

Cette formule permettrait à chacun de sauver la face et rassurerait le régime qui pense pouvoir remporter un tel scrutin.

Dans le pays, l’opposition reste mobilisée mais exige un respect absolu de la Constitution: « pour le moment il n’est pas dans notre intention de céder sur quoi que ce soit », affirme Léopold Gnininvi, président de la Conférence démocratique des peuples africains (CDPA, opposition).

« Il faut simplement défaire tout ce qui a été fait depuis le décès du président Eyadéma. La Constitution est le seul point d’entrée pour résoudre la crise », ajoute-t-il.

Le pouvoir, fragilisé à l’extérieur, cherche à faire pièce à l’opposition mobilisée à l’intérieur. Aussitôt après la levée vendredi de l’interdiction de manifester, des organisations proche du Rassemblement du peuple togolaisparti présidentiel) ont annoncé un rassemblement de soutien à M. Gnassingbé samedi à Lomé,le jour même d’une « marche pacifique » de l’opposition.