28/06/2022

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La guerre des chefs: Konaré et Obasanjo se disputent à propos du Togo

Par Ambroise EBONDA

Rien ne va plus entre les deux têtes de l’exécutif de la toute jeune Union africaine (Ua), le Nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’Ua, et le Malien Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union. Leur mésentente aux allures de querelle de leadership a désormais dépassé le cadre des réunions à huis – clos. Vendredi dernier, 3 juin, Olusegun Obasanjo a publiquement désavoué Konaré. Il lui reproche d’avoir nommé l’ex-chef d’Etat zambien Kenneth Kaunda comme envoyé spécial de l’Ua au Togo. La Commission de l’Ua avait en effet annoncé le 31 mai dernier la nomination de Kenneth Kaunda, afin “ d’aider à la facilitation du dialogue ” entre Faure Gnassingbé, élu à la présidence togolaise, et l’opposition, qui conteste son élection. Pour Olusegun Obasanjo, cette nomination est “ nulle et non avenue ”.
Selon l’entourage du président nigérian, Alpha Oumar Konaré “ se voyait comme un président bis de l’Ua, mais celui qui assume vraiment cette charge n’acceptera rien de ce genre ”. Les collaborateurs d’Olusegun Obasanjo expliquent que “ toutes les négociations pour résoudre la crise au Togo ont eu lieu pendant la réunion à Abuja le mois dernier à laquelle ont participé des chefs d’Etat africains ”, et assurent que l’envoi d’un médiateur n’avait pas été évoqué. Le 19 mai dernier, en effet, les présidents du Gabon, Omar Bongo, du Niger, Mamadou Tandja, président en exercice de la Cedeao, Blaise Compaoré du Burkina Faso, John Kufour du Ghana, et Mathieu Kérékou du Bénin, s’étaient rendus à l’invitation d’Obasanjo pour rencontrer le président togolais élu Faure Gnassingbé et les principaux chefs de l’opposition togolaise. Ce mini-sommet, dont Alpha Oumar Konaré était absent, n’avait pas débouché sur un accord. “ Malheureusement, après cette rencontre, M. Konaré souhaitait une nouvelle session de négociations sans consulter l’Ua ”, se plaint-on dans l’entourage d’Obasanjo.

Opposition

Manifestement, la querelle met à nu au sein de l’Union africaine, deux approches différentes de la gestion de la crise togolaise. Olusegun Obasanjo, le président en exercice de L’Union estime que l’élection de Faure Gnassingbé est désormais un fait accompli et qu’il convient maintenant de former un gouvernement d’union nationale au Togo. “ On ne peut pas changer un régime qui a dirigé le pays pendant 38 ans par un coup de bâton magique ”, soutenait récemment le président nigérian à Lomé, demandant à tous les acteurs politiques de faire face à l’avenir et d’avoir à l’esprit la construction du pays. Le président de la Commission de l’UA se montre par contre plus exigeant. Il pense que l’élection présidentielle n’a rien résolu et qu’il est nécessaire de nommer un envoyé spécial pour “ aider à la facilitation du dialogue entre les parties togolaises ”.

Au réalisme teinté de pragmatisme anglo-saxon d’Olusegun Obasanjo, s’oppose la dévotion toute latine de Alpha Oumar Konaré aux principes. Entre les deux, l’Union africaine a dû mal à se retrouver. La position d’Olusegun Obasanjo s’apparente à un retour à la gestion de l’Oua, faite de validations de faits accomplis par des “ gouvernement d’union nationale ”, au sortir d’élections organisées pour préserver les régimes en place. La position de Alpha Oumar Konaré semble en revanche plus conforme au nouveau discours de l’Union africaine qui se veut respectueux des principes de la démocratie. Sauf que l’affirmation de ces principes est manifestement à têtes chercheuses. Pourquoi Konaré ne s’est-il pas montré aussi ferme dans la condamnation du coup d’Etat et l’élimination de certaines candidatures en Rca, voire dans le refus de la condamnation de la rébellion en Côte d’Ivoire, qu’il ne veut le montrer au Togo ? De là à penser que l’ancien président malien, devenu président de la Commission de l’Union africaine, veut régler des comptes personnels, il n’y a qu’un pas que beaucoup au sein du gouvernement togolais ont déjà franchi, accusant Konaré de se venger à titre posthume d’Eyadema qui était opposé à son arrivé à la tête de la Commission.

Frein

Cette querelle de leadership entre le président en exercice de l’Union et le président de la Commission de l’UA survient quelques jours seulement après la célébration de la journée de l’Afrique, placée cette sous le thème d’une Union africaine “ active et efficace pour une nouvelle Afrique ”. On peut craindre qu’elle ne soit un frein dans la recherche de la crédibilité dont l’UA a aujourd’hui grand besoin pour assurer la renaissance de l’Afrique.

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