28/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Ne laissons plus Eyadéma apparaître comme le monsieur Paix de l’Afrique

· EYADEMA UN RECONCILIATEUR ?

Lorsque nous avons appris que les négociations entre les rebelles ivoiriens et les représentants du gouvernement Gbagbo allaient se tenir à Lomé, nous avons cru que c’était une plaisanterie, une farce de mauvais goût. Nous n’osions pas penser que Eyadéma pouvait encore jouer le rôle de « Monsieur bons offices » en Afrique. Mais il a bien fallu se rendre à l’évidence : c’est sous l’œil bienveillant du dictateur togolais qu’allaient avoir lieu les discussions qui pourraient aboutir à la réconciliation du peuple ivoirien. Que les choses soient claires, nous souhaitons plus que tout l’arrêt du cauchemar du peuple ivoirien. Pour cela, toute initiative crédible et sérieuse allant dans le sens d’une recomposition de la nation ivoirienne, d’un arrêt de l’auto destruction et d’un retour à la paix, est appelée de nos vœux.

· DES QUESTIONS A POSER

Toutefois, comment peut-on penser que Eyadéma, l’initiateur et le maître d’œuvre des sauvageries les plus immondes que le Togo ait jamais connu, puisse être considéré comme la personne la plus appropriée pour amener les protagonistes ivoiriens à la raison ? Comment peut-on imaginer que Eyadéma qui n’a jamais eu peur de monter une partie du Togo contre une autre (le Nord contre le Sud, l’Est contre l’Ouest) puisse faire entendre raison aux deux protagonistes dont le conflit est, en partie, provoqué par le régionalisme le plus abject ? Comment peut-on confier un rôle de pacificateur à Eyadéma qui n’a jamais rechigné à faire tirer sur la population civile non armée de son propre pays en plein jour et devant témoins ? Comment peut-on demander à Eyadéma qui n’a jamais tenu ses promesses de faire signer un engagement à deux parties en conflit avec obligation de respect de la parole donnée ? Comment peut-on confier à Eyadéma dont l’arme politique préférée est la violence, le soin d’inciter les gens à renoncer à l’usage de la violence en politique ? Comment peut-on confier à un homme qui n’hésite pas à embastiller ses adversaires politiques (avec l’exemple récent de Claude Améganvi et d’autres hommes politiques togolais présent pour nous rappeler quel genre de régime sévi au Togo), la responsabilité de l’organisation d’une réunion de réconciliation et de respect de l’adversaire politique ?

· LES FAIBLESSES DE L’OPPOSITION TOGOLAISE

Il est difficile d’apporter des réponses rationnelles à ces questions. Il est encore plus difficile de justifier le choix des responsables des pays membres de la CDEAO. Vient alors à l’esprit le problème de l’organisation de l’opposition à la dictature togolaise. Il faut croire que Eyadéma continue d’apparaître aux yeux de l’extérieur comme « un bon père de famille » sage et digne de confiance. Comment est-il possible que Eyadéma ait réussi à préserver une image présentable voire immaculée, notamment aux yeux d’une partie du reste du monde ? Certes n’est pas plus sourd que celui qui veut l’être mais nous qui nous réclamons de l’opposition togolaise, sommes-nous sûrs d’avoir accompli convenablement notre tâche ? Prenons-nous soin de diffuser les informations fiables et incontestables sur les exactions économiques, sociales et politiques de ce régime ? Avons-nous réussi à démontrer au monde entier que le régime de Eyadéma est l’une des pires dictatures sévissant sur le continent africain (ce qui devrait disqualifier Eyadéma ipso facto pour le rôle qu’il prétend jouer aujourd’hui dans la résolution du conflit ivoirien) ? Avons-nous fait tout ce qui était et est encore en notre pouvoir pour démontrer au monde que Eyadéma a mené pendant près de quarante une politique désastreuse et criminelle qui a conduit le Togo à la ruine et la population togolaise à un degré de paupérisation inimaginable et jamais atteint dans notre histoire ?

· DES MANQUEMENTS GRAVES A NOS DEVOIRS

Les réponses à ces questions sont toutes négatives. L’opposition togolaise ne veut pas s’organiser ou se construire pour abattre la dictature. L’opposition togolaise ne veut pas se donner les moyens, fondés sur une organisation sérieuse et rigoureuse laissant de côté les problèmes de personne, pour chasser de manière définitive la dictature du RPT et de son président du pouvoir. L’opposition togolaise, ses chefs en premier lieu, ne veut pas ouvrir les yeux et se dire qu’elle ne dispose que d’une seule arme, le Peuple togolais lui-même, pour discréditer à jamais le régime barbare qui conduit le pays à sa destruction et au chaos. Si l’opposition faisait son travail avec application, Eyadéma ne continuerait pas d’apparaître comme l’homme idoine pour régler les conflits sur le continent. Si l’opposition faisait son travail consciencieusement, le régime Eyadéma qui viole les libertés individuelles sans cesse, qui tue et massacre la population civile sans vergogne depuis des décennies, ne devrait pas continuer de bénéficier d’une certaine aura à l’extérieur. Nous ne devrions tout de même pas avoir trop de problèmes pour montrer, preuve à l’appui, que les actes et modes de gouvernement de Eyadéma et de ses acolytes les disqualifient complètement pour jouer le rôle de pacificateurs ou de médiateurs dans les conflits affectant notamment les pays africains !

· UN NECESSAIRE RETOUR AUX « FONDAMENTAUX »

Nous devons revoir les bases de notre opposition et arrêter de nous lamenter en ne faisant rien de bien concret. Jetons les bases minimales de la reconstruction de l’opposition et unissons nos forces sur un programme et un plan de travail clairs pour venir à bout de ce régime en le privant de toute capacité de rebond et de tous ses artifices ou stratagèmes. En travaillant sérieusement, nous pouvons montrer que la face « présentable » de ce régime est un leurre, une illusion, de la poudre jetée aux yeux. « La politique, c’est l’idée d’une responsabilité partagée… », partageons ensemble cette responsabilité !

Comment voulez-vous aller dire au monde aujourd’hui ou demain que le régime d’Eyadéma est dévastateur et nuisible pour la démocratie s’il continue à faire illusion sur son souci de respecter les droits de l’homme ou d’aider à la restauration ou à la préservation de la paix dans le monde ? Il est en train de redorer son blason à peu de frais et, une fois de plus, à nos dépens. Alors que Eyadéma fait condamner sans scrupule ses adversaires politiques, en bernant les uns et les autres, il a réussi le tour de force habile et incroyable d’apparaître comme un « promoteur infatigable » de la liberté et de la paix en Afrique ! C’est quand même un comble ! ! ! Nous sommes en train de nous faire piéger une fois de plus ! Nous avons le devoir de réagir et faire connaître Eyadéma et son régime sous leurs vrais traits. C’est possible de le faire, nous pouvons y arriver si nous le voulons tous. Faisons de cette phrase de Toni Negri, « Agir c’est former notre demain…Le seul critère de vérité, c’est l’action, c’est à dire ce qui permet de toucher la vérité », notre leitmotiv.

AGOU_EYIDI@HOTMAIL.COM

Paris, le 30 octobre 2003