26/09/2022

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Togo : les inconséquences de l’Union Européenne ?

Par cynisme ou accès de sincérité qui trahit un sentiment de suffisance, Michel de Bonnecorse dit un jour à un homme politique togolais les plus en vue que la France avait sous-traité le dossier togolais à Louis Michel. En effet, Louis Michel reconnaît que c’est l’Elysée qui lui a assigné cette mission de s’occuper en particulier du Togo. Jacques Chirac ne pouvait mieux tomber avec un commissaire européen qui fait dans l’emphase et qui a un goût prononcé pour le paraître. Comme Chirac, l’homme aime faire de l’esbroufe. C’est un spécialiste des déclarations chocs. Nous sommes loin du très sérieux Poul Nielson qui assumera son rôle à la tête de la Commission avec rigueur, dans l’intérêt des populations qui doivent recevoir l’aide au développement et soucieux que l’argent du contribuable européen soit bien utilisé.

Dès son arrivée à la tête de la Commission développement, Louis Michel reçoit donc pour mission de Chirac de se rendre au Togo en décembre 2005. Le dialogue politique intertogolais piétine. Le gouvernement refuse de le faire dans un cadre structuré et transparent comme prévu par le premier engagement. Au Togo, l’homme est reçu comme un chef d’Etat. Gnassingbé flatte sa sensibilité de Belge. C’est Tintin au Congo. Au terme d’un entretien de plus de 45 minutes en tête à tête sans témoin, le Belge en sort subjugué par Gnassingbé. Il a bu le filtre d’amour…Dès son retour à Lomé où il rencontre la classe politique togolaise de l’opposition, à l’époque coalisée, il va tancer avec rudesse voire mépris ses interlocuteurs, il se fera le porte-parole du RPT et de Gnassingbé Eyadéma, sur lequel il ne tarit pas d’éloges.
Dès lors, les notes qu’il transmettra au conseil et à la Présidence sont favorables au RPT et elles considèrent que l’opposition est la cause du blocage et qu’elle instrumentalise l’UE par manque de stratégie. Mais le Belge fantasque n’a jamais pu convaincre le Conseil jusqu’à cette fameuse signature de l’accord politique qui assouplit la position de défiance du Conseil, de certains pays en particulier à l’égard de Louis Michel et du Togo.

Après les élections présidentielles, Louis Michel refusera d’assumer et de rendre public des rapports sur les fraudes massives et les violences constatées par la Délégation de l’Union européenne sur place. Il fut parmi les premiers à prendre acte de l’élection de Faure Gnassingbé. Il fut aussi un partisan de considérer l’élection présidentielle d’avril 2005 comme une parenthèse et de ne pas intégrer le contentieux électoral d’avril 2005 dans les 22 engagements.

Pour la reprise du dialogue politique en novembre 2005, Louis Michel fut à la manœuvre. Il rédigea avec l’aide de Gilbert Bawara qu’il avait rencontré au Congo et dans la région des Grands lacs, le mémorandum introductif transmis aux partis politiques. Avec Michel de Bonnecorse, ils firent capoter la proposition de Kofi Annan de choisir Lakdhar Brahimi comme facilitateur. Selon nos deux hommes, « le diplomate algérien n’est pas africain ; il ne connaît pas suffisamment la mentalité des africains de l’Ouest ». Ils faut que le facilitateur soit de la sous-région. C’est ainsi que Blaise Compaoré fut choisi pour être facilitateur du dialogue intetotoglais.
Cependant, si la chose s’est faite, c’est parce que l’opposition y a consenti. Voilà, le tour est joué. Il s’agit maintenant d’isoler l’UFC quitte à ce qu’elle boycotte ce dialogue. L’UFC ne tombe pas dans le piège et évite le syndrome Tshisekedi. Mais elle pêche par excès de confiance en ne faisant pas inscrire dans l’accord tous les détails relatifs à chaque point, au lieu de s’en tenir à des déclarations de bonne intention et de croire qu’un gentleman agreement suffisait.

L’opposition vient de rendre un service immense à Louis Michel qui avait encouru le reproche du Conseil Européen et de la présidence autrichienne d’avoir inscrit le Togo sur la liste des pays éligibles au 10ème FED alors que ce pays n’avait pas eu de notification du 9me FED. En juin 2006, la position du Conseil européen sur le Togo était ferme, voire intransigeante. Certes, un accord politique a été signé, un cadre électoral acceptable par tous a été obtenu, la date des élections fixée, mais ces « avancées n’entraînent pas la reprise de la coopération. Au cours des marchandages au sein du Conseil européen, les pays qui sont sur une ligne ferme, Allemagne, Autriche, Italie, Angleterre, Espagne, et quelques pays de l’est ont obtenu en échange d’une notification du 9èFED que la période de consultation soit prorogée. Il ont aussi obtenu que la décision du Conseil européen mentionne leurs attentes suivantes :
– la mise en oeuvre du cadre électoral accepté par toutes les parties et défini dans l’Accord Politique Global, qui permette d’aller vers des élections législatives libres et transparentes;
– la définition d’un cadre juridique organisant le financement des partis politiques;
– la poursuite du processus de décentralisation;
– le traitement de la question de la lutte contre l’impunité, inclus la création d’une Commissions d’enquête et d’une Commission pour favoriser la réconciliation nationale, tel que prévu par les paragraphes 2.2 et 2.4 de l’Accord Politique Global, et les garanties pour le respect des droits de l’homme telles qu’elles ressortent de l’engagement 2-1;

La vigilance est de mise sur la question togolaise. A l’opposition et à la société civile d’en tenir compte et de déployer une diplomatie active et un lobbying intense auprès des parlementaires de ces pays et des pays membres. Au moment où la CENI piétine sur la question du recensement électoral et que la Commission sollicitée adopte une attitude à la Ponce-Pilate en se réfugiant derrière la volonté des acteurs togolais, les partis politiques doivent se souvenir que la commission n’est pas l’Union européenne et que d’autres institutions existent, qui peuvent prendre position sur la question et décider. Il est encore temps de solliciter les parlementaires européens et la Présidence de l’UE qui ira à l’Allemagne à compter du 1er janvier 2007

La rédaction letogolais.com