27/09/2022

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Togo: Sous le masque de la bonne conduite, se cache les pires surprises

SOUS LE MASQUE DE LA BONNE CONDUITE, SE CACHENT LES PIRES SURPRISES POUR NOTRE PEUPLE

S’il existe un débat politique qui doit mener toute la classe politique et la société civile à une démarche fondée sur la consultation et la recherche du bien commun, c’est bien le dialogue national. Or, ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’a rien de national. Depuis le début du pseudo-dialogue togolais, plus d’uns ont exposé le peu d’intérêt, de confiance et d’espoir que porte la population au conclave. Il ressort que le pouvoir de fait avoue publiquement qu’aucun sujet ne serait tabou, mais en réalité, n’a aucune volonté de négocier sur les vraies questions qui sont à la base de notre crise, à savoir: conditions d’éligibilité pour les élections, le mode de scrutin, la réforme des forces de sécurité avec des aides d’experts étrangers, l’impunité, une commission électorale indépendante, la cour suprême, etc.

Faits encore plus grave, les rapports des réunions ne transmettent pas au public un contenu soucieux d’une vérité la plus proche des faits, ils deviennent simplement l’opium qu’on donne au peuple pour lui faire croire qu’il y a progrès alors que sur les vraies questions, le désaccord est total et le pouvoir de fait refuse de revenir aux textes que le peuple togolais s’est librement donnés. Le droit de l’information est le carrefour des droits fondamentaux parmi les plus essentiels, et c’est avec inquiétude que nous avons des soucis quant à cette notion de bonne conduite qui interdit aux participants «d’éviter de parler à la presse tant que les travaux n’étaient pas achevés.»

La démocratie sans le peuple

Ce dialogue est d’abord mal parti parce que sa composition méprise la configuration réelle de la vie politique togolaise, et ensuite parce qu’elle n’a pas su recueillir les positions combien légitimes des vraies organisations de la société civile qui seule peuvent valablement exprimer les positions de notre peuple.

Une vraie démocratie est toujours possible au Togo. Mais elle ne se produira pas d’elle-même, elle sera le fruit d’une mobilisation nationale; elle doit prendre la forme des mouvements populaires du 5 Octobre 1990 et de Juin 1991 et doit continuer jusqu’à ce que les usurpateurs quittent le pouvoir confisqué. Sans cette dynamique nationale, et pour le Togo, la démocratie apparaîtra comme un idéal à la fois accessible et toujours lointain.

Il ne peut y avoir de consultation qui tienne sans cette contribution des porte-voix du peuple. Aucun dialogue ne peut se tenir à guichet fermé. Si on veut vraiment changer les habitudes politiques au Togo, on ne peut le faire sans s’assurer que la population soit informée des enjeux et qu’elle y consente de façon éclairée.

Dans les conditions actuelles, on peut douter de la sincérité du dialogue. Je voudrais bien être démenti plus tard, mais la farine dans laquelle on va nous rouler cette fois-ci sera beaucoup plus colorée que celle de la terre rouge de Ouagadougou. On pourra déjà prédire que le présent dialogue connaitrait le même sort que les précédents.

Le peuple togolais s’est librement donné une loi fondamentale et autres lois organiques pour régir sa vie politique. Des individus qui tirent leur légitimité de la violence, se sont arrogés le droit de changer ces textes sans aucun mandat populaire. Tout dialogue doit commencer sur la base des textes que le peuple s’est donné et rien d’autre. Toute autre approche ne fera que rééchelonner la crise togolaise.

C’est l’opposition qui sera tenue pour responsable

La vérité sur les vrais débats n’arrive pas aux oreilles du peuple togolais. Puisque c’est l’opposition (CAR, CDPA, UFC) qui a assumé la lourde tâche de mener le combat pour le compte de la population, c’est elle qui doit informer au quotidien le peuple qui a le droit de savoir ce qui se passe afin d’en comprendre les conséquences. Faute de quoi, l’opposition togolaise va rééditer les mêmes erreurs comme autrefois et ne pourra rien faire après pour convaincre le public. Notre lutte a tout à gagner avec une opposition qui reste à l’écoute du peuple.

Deux poids deux mesures

Louis Michel doit laisser le peule togolais faire ses propres choix. Le comble de l’insulte, pour le peuple togolais, reste les propos méprisants de ce Louis Michel, soulignant que «ce qui est important, c’est qu’ils parviennent à un accord sur la date des élections et les modalités démocratiques.» Le seul rôle que Louis Michel puisse jouer est de s’assurer qu’une solution équitable soit choisie. Nous avions organisé plusieurs élections au Togo et nous connaissons tous ce que ces élections ont apportés comme solutions pour notre pays. Seul le peuple togolais est habilité à se prononcer sur ce qui est important pour lui. Et pour le moment, l’important pour nous Togolais reste la mise en place de réelle structure pouvant garantir un état de droit qui passe par de vraies élections présidentielles et législatives, la fin de l’impunité, la sécurité pour tous. C’est vraiment malsain d’inviter Tes togolais aux élections pour se faire massacrer encore. C’est toujours les mêmes remèdes qui ont toujours produit les mêmes résultats. Pour une fois, Louis Michel, soyez un peu conséquent. Je ne crois pas que Louis Michel soit capable d’accepter que les criminels serbes et croates puissent jouir de leur liberté comme il le propose pour le Togo. Aucun accord politique ne pourrait et ne saurait accorder l’impunité à des gens qui ont en toute conscience, organisé le massacre de notre peuple et violé notre constitution.

Il y a un scandaleux « deux poids deux mesures » de Louis Michel dans sa politique togolaise. Avec certains pays, Louis Michel se comporte avec une grande indulgence; dans d’autres, il est plus ferme. Nous invitons Louis Michel à soutenir la démocratisation au Togo, en mettant les moyens dont il dispose au service de la transition démocratique plutôt qu’à la préservation d’un régime autoritaire et délinquant.

États-Unis, 18 mai 2006
Lionel M. Akpabie