08/12/2022

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Alpha Oumar Konaré : « Nous ne faisons pas confiance à Faure »

Alpha Oumar Konaré, le président de la commission de l’Union africaine (UA) , ne décolère pas contre les nouvelles autorités du Togo. Dans cet extrait de l’interview qu’il a accordée à RFI le 23/02/2005, il dénie toute légitimité à Faure Gnassingbé qui est parvenu au pouvoir après avoir tripatouillé la constitution. “L’acte du 5 février est irresponsable”, dit-il.

RFI : Monsieur le président est-ce que vous ne placez pas la barre trop haut ?

Alpha Oumar Konaré : Vous savez que ce fameux samedi, l’investiture de Faure Eyadema, c’était trop grossier pour ne pas voir que c’était une prise de pouvoir de l’armée, qu’en fait, Faure Eyadéma n’était qu’un paravent. Je dois dire que je ne veux pas mettre du tout en cause toute l’armée togolaise. Les événements du samedi 5 février sont le fait de groupe de militaires et de civils bien connus, qui je crois, ont agi par peur. Cet acte du 5 février est un acte irresponsable.

RFI : Que vous appelez un coup d’Etat ?

AOK : Oui, un coup d’Etat.

RFI : Qu’est-ce qui vous a choqué le plus ce soir du 5 février. C’est la désignation par l’armée ou c’est la transmission de père en fils?

AOK : Je pense que nous ne sommes pas dans une République monarchique. Bien sûr pour nous l’intervention de l’armée est une tolérance zéro aujourd’hui. On tente de diviser les pays de la CEDEAO avec la compassion à la bouche. On joue au chantage, nous ou le chaos, et même du chantage sur les étrangers ou les intérêts étrangers, et là, je le dis, Eyadema ne l’a jamais fait.

RFI : Vous dites justement que les autorités de Lomé essaient de diviser la CEDEAO, et de fait, on sait que des pays comme le Ghana, le Burkina et d’autres pays voisins sont moins sévères que vous. Vous ne craignez pas que le front anti coup d’Etat finisse par se fissurer ?

AOK : Non, pas du tout. Les décisions qui sont annoncées sont le fruit de consensus, même à ce sujet- là, il ne faut pas que le groupe du 5 février se meprenne (…). Ils ne doivent pas compter sur des divisions ni sur des encouragements venus de l’extérieur. D’ailleurs nous nous félicitons beaucoup aujourd’hui que nos partenaires parlent aujourd’hui enfin un langage sans ambiguïté.

RFI : Vous ne croyez pas que la France joue un double jeu ?

AOK : Si c’était le cas ça donnerait un résultat désastreux. Je ne crois pas, je ne souhaite pas, si nous acceptons ce coup d’Etat nous entrerons dans une instabilité plus grande. Parce qu’à la suite de ce coup d’Etat qui risque de faire légion, vous allez assister à des révolutions de palais. Un cousin qui ne souhaite pas que ce soit le fils ou des amis très proches c’est-à-dire des clans vont précipiter la mort des chefs avant même leur mort naturelle. Ils anticiperont.

RFI : Alpha Oumar Konaré, si votre front anti coup d’Etat ne se lézarde pas que pouvez-vous faire si le groupe du 5 février comme vous l’appelez campe sur sa position ?

AOK : Je pense aujourd’hui que nous devons faire confiance au peuple togolais et aux très nombreux patriotes qui sont au sein de l’armée togolaise et à Faure lui-même pour arrêter cette aventure sans issue. Il y a un schéma qui est mis en œuvre par des mercenaires d’un genre nouveau qu’on dit constitutionnalistes qui nous demandent de laisser Faure, il va faire des élections propres. Mais il n’en est pas capable sinon pourquoi toute cette précipitation. Il faut dire les choses par leur nom. Faure demande qu’on lui fasse confiance. Quelqu’un qui a violé la constitution la veille, il dit je le jure par la constitution, vous y croyez? Qu’est-ce qu’il a pu donner comme preuve depuis ce temps pourqu’on lui fasse confiance ? Tout le monde est prêt pour aider nos frères togolais, nous comprenons l’état d’âme de ceux qui sont là aujourd’hui et nous les aiderons mais il faut être clair sur la base du droit. Si Faure reste il ne fera pas d’élections propres, s’il reste pour organiser les élections c’est garder le pouvoir. Nous ne faisons pas confiance à Faure. Vous savez parfaitement qu’il faut au togo des élections ouvertes, transparentes, des élections sans exclusion. Évidemment nous devrons les aider pour ne pas qu’il y ait des réglements de comptes. Les moments dramatiques que nous vivons ne doivent pas être considérés comme la revanche d’une famille sur une autre. Jamais ! Nous devons les aider, et la seule chose, Faure doit partir aujourd’hui. C’est ce que tout le monde demande. L’assemblée nationale doit retrouver sa légitimité et l’opposition devrait se retrouver sous la houlette de l’union africaine et la CEDEAO pour établir un consensus pour la suite. Nous voulons aider nos frères togolais mais nous ne pouvons les aider que dans le droit. Le jour qu’une transition s’organise on veille à ce que les règles du jeu soient claires .

RFI : M. le président si Faure reste en promettant des élections auxquelles vont se présenter Gilchrist Olympio, le croirez-vous ou pas ?

AOK : Je ne le croirai pas. Sur quelle base Faure va rester? Ce n’est pas sur la base du droit, ce sera sur la base de la force. Pourquoi s’il reste il n’organiserait pas des élections pour gagner. Il n’y a aucune raison qui nous fonde à faire confiance à Faure et au groupe du 5 février. Tous les actes qu’ils ont posé n’inspirent aucune confiance mais appellent à leur condamnation.

Propos retranscrits par C.Zié et A.Gogoua (Abidjan.net)