21/07/2024

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Position du GRAD sur l’évolution politique récente au Togo

Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement
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B.P. 20417 LOME – Togo
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Le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement (GRAD) a suivi avec intérêt l’évolution politique au Togo qui a conduit aux élections législatives anticipées du 14 octobre 2007. Depuis le dialogue inter togolais qui a abouti à l’Accord politique global (APG) avec ses insuffisances soulignées par le GRAD, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le pouvoir a minutieusement mis en place une stratégie pour donner à ces consultations l’air d’ élections libres et transparentes et obtenir des résultats tels qu’il les aurait programmés.

Ainsi les résultats, tels que proclamés par la CENI et validés par la Cour constitutionnelle, consacrent, dans la nouvelle législature, la domination du RPT avec cinquante (50) sièges, sur 81sièges. Ces résultats sont loin de donner la vraie photographie de l’échiquier politique togolais. Par ailleurs le GRAD pense, sans se tromper, que le scrutin du 14 Octobre 2007 traduit le besoin de changement politique pour lequel le peuple s’est mobilisé massivement. Le GRAD ne saurait réprimer son étonnement et son inquiétude devant la satisfaction exprimée par les dirigeants de certains partis politiques face à la déception et au mécontentement de la majorité de la population. Les Togolais continuent de s’interroger sur le sort qui sera réservé à leurs attentes. Ils aspirent plus que jamais à un véritable changement de système qui tranche avec ce qu’ils ont connu depuis plus de quarante ans.

Au lieu du mode de scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne ou au plus reste appliqué dans le cadre d’un découpage électoral arbitraire qui a essentiellement abouti à la partition du pays, le GRAD reste convaincu, qu’un mode de scrutin proportionnel de liste nationale avec quotient fixe, proposé par le GRAD dans un document en date du 17 mai 2005, aurait donné des résultats réalistes, équitables et plus représentatifs de la scène politique togolaise et leur conféré plus de crédibilité. Ainsi, à titre exemple, et en prenant les mêmes chiffres utilisés par la CENI, le GRAD aboutit aux résultats suivants : CDPA un (1) siège, CPP deux (2) sièges, CAR sept (7) sièges, PDR un (1) siège, UFC trente trois (33) sièges, PDP un (1) siège, PSR un (1) siège et le RPT trente cinq (35) sièges.

A la lumière de ces constats, il est important de redonner confiance au peuple togolais en menant des actions concrètes dans le sens d’un véritable changement. Le GRAD estime que par respect pour les électeurs et ceci dans l’intérêt supérieur de la nation, les partis politiques qui ont remporté des sièges de députés à l’issue des élections législatives du 14 octobre 2007 doivent, effectivement, animer la vie politique du pays.

Le GRAD a, dans un document en date du 24 septembre 2007, envisagé quatre scénarios. Nous sommes dans le cas du premier scénario qui dit en l’occurrence « le RPT a la majorité absolue : le système actuel reste en place et aucun changement fondamental n’interviendrait. La réticence pour l’application des réformes prévues dans l’APG serait particulièrement forte en toute légitimité ». Les Togolais ne doivent pas se faire d’illusion. La marche vers la démocratie et l’Etat de droit reste longue et pénible. Ce que recherche, en réalité, le régime en place c’est la reprise de la coopération avec les bailleurs de fonds. Ceux-ci ont, posé entre autres conditions, pour bénéficier de leur aide, l’organisation d’élections législatives libres et transparentes. Rappelons que la coopération avec l’Union Européenne a été suspendue en 1993, à la suite des massacres de manifestants en faveur de la démocratisation du pays. Mais l’Union européenne gagnée par la lassitude face à la crise togolaise a reconnu ces élections. Les observateurs de leur côté ont déclaré les élections transparentes et crédibles avant même la proclamation des résultats provisoires par la CENI.
Le GRAD n’est certes pas contre la reprise de la coopération. Mais seulement, il a le sentiment, qu’en ce moment, la démocratie togolaise s’apparente à ce que S.E.M. Van EEKELEN, ancien Ministre de la Défense des Pays-Bas qualifie de « démocratie des donateurs qui consiste à organiser des élections à la limite de la régularité et à maintenir tout juste assez de droits de l’homme pour pouvoir accéder à l’aide internationale. Pour rendre les choses encore pires, gagner les élections est maladroitement considéré comme une fin en soi plutôt qu’un moyen d’atteindre des buts généraux, c’est-à-dire mettre en application des programmes visant la stabilité politique et le développement économique tout court. En effet, cette démocratie-là ne répondrait qu’aux conditions et exigences posées par les bailleurs de fonds quitte à ce que ceux-ci ferment les yeux et les oreilles sur certaines pratiques peu démocratiques ».Croire, dans ces conditions que la reprise de la coopération avec les partenaires en développement comblerait à elle seule l’attente des citoyens, serait faire preuve de métonymie.

Si l’endettement des années antérieures n’a pas permis au Togo de se développer, ce ne sont pas les milliards fraîchement encaissés dans les mêmes conditions qui lui permettraient de sortir de ses difficultés. Le changement de système va au-delà de l’idée de coopération et de partenariat. En effet, avant de porter le partenariat à l’extérieur, il faut l’avoir maîtrisé à l’intérieur. L’Etat en tant qu’entité doit créer les conditions pour ce faire. Il doit d’abord travailler à un véritable dialogue entre les citoyens et chercher à mobiliser le corpus social.

Fort de sa victoire avec une majorité aussi écrasante de députés à l’assemblée nationale, le RPT a-t-il besoin d’en appeler à la formation d’un gouvernement d’union nationale ? Un tel appel laisse le GRAD perplexe. Il faut craindre que cette ouverture n’encourage l’immobilisme et le gel des réformes nécessaires pour une sortie de crise et pour la relance de l’économie nationale. L’expérience récente a montré que les partis politiques qui sont rentrés dans le gouvernement d’union nationale suite à l’APG sans aucune garantie ont été sévèrement sanctionnés par l’électorat. Le GRAD estime que les partis qui sont représentés à l’Assemblée nationale doivent assumer entièrement leur responsabilité. En d’autres termes, le RPT doit former son gouvernement pour gouverner et l’UFC doit accepter de jouer le rôle d’un véritable parti d’opposition.

Il convient de noter que la nouvelle législature constitue la principale structure pour la mise en œuvre des réformes préconisées par l’APG. Elle devrait promouvoir le changement souhaité et travailler dans l’esprit du dialogue inter togolais sanctionné par l’APG du 20 août 2006. Le programme politique du nouveau gouvernement formé par le RPT seul ou avec ses alliés représentés ou non à l’Assemblée nationale, doit être prioritairement et rigoureusement défini par l’APG. Celui-ci comporte des réformes constitutionnelles et institutionnelles qui doivent être mises en œuvre par la nouvelle législature. Toute mesure favorable aux réformes définies par l’APG serait un indicateur fiable de la volonté de changement du parti majoritaire.

Dans cette conjoncture difficile et cruciale pour l’avenir du Togo, la société civile togolaise se doit de faire son bilan, évaluer ses faiblesses et ses forces en vue d’une meilleure organisation pour peser de façon significative sur le cours de l’histoire politique du pays. Son défi aujourd’hui est de transformer le désespoir en espoir et de donner aux Togolais le libre choix de leur avenir. Les Togolais doivent croire en eux-mêmes. Tous les citoyens, à commencer par les autorités et les dirigeants politiques, doivent savoir que la vertu est le principe cardinal de la démocratie. Il faut nécessairement, à cet égard une détermination à toute épreuve. Le GRAD, dans cette perspective, apportera sa contribution. Il estime que seul un sursaut patriotique de la part des acteurs politiques peut sortir durablement le Togo de la crise. Un esprit de totale abnégation et de sacrifice doit animer l’action gouvernementale et les débats au sein de l’Assemblée nationale

Le changement du système actuel pour aller véritablement à la démocratie, à l’avènement de l’Etat de droit et au progrès économique, social et culturel s’impose et reste, par conséquent, la base de la réflexion et de l’action du GRAD.

Fait à Lomé le 17 novembre 2007