26/11/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo : Quel avenir ?

Dans quelques jours, l’année 2010 va s’achever. Elle aura connu une élection présidentielle « dite apaisée » avec, cependant, son cortège de violences post électorales consécutives à la contestation par le Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) des résultats proclamés. Des dissensions internes à l’Union des Forces du Changement (UFC) ont conduit à la création d’un nouveau parti politique dénommé Alliance National pour le Changement (ANC), entraînant des remous au sein de l’Assemblée nationale suite à l’arrêt rendu par la Cour Constitutionnelle pour entériner la « démission contestée » de certains députés de l’UFC. Ainsi va la crise togolaise !

Elle continue et s’accentue au fil des événements qui, loin d’en faciliter l’issue, tendent plutôt à la perpétuer dans une vision de conservation de pouvoir par tous les moyens. Dans une de ses récentes publications (3 octobre 2010), le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement (GRAD) a attiré l’attention sur le phénomène d’enlisement qui caractérise l’évolution de la situation politique au Togo. A cette occasion il a stigmatisé le comportement des principaux acteurs et responsables de la vie politique nationale dans l’aggravation de la crise. Les rebondissements observés ces derniers temps sont de nature à accentuer la tension populaire dans le pays et compromettent, par ailleurs, la cohésion nationale et la paix sociale. Ils mettent en évidence des incohérences à l’intérieur de la classe politique ainsi qu’au sein de l’hémicycle, pôle de regroupement des représentants des citoyens dans leur diversité. Cette évolution dramatique de la situation togolaise révèle les effets pervers de cette longue crise qui entretient, par ailleurs, la vie chère, la corruption rampante et l‘impunité provocante. C’est dire que la crise a gagné tous les secteurs de la vie politique, économique et sociale du pays. On assiste à une véritable descente aux enfers qui ne semble pas susciter outre mesure la réaction indignée et la détermination des uns et des autres vers la recherche d’une issue heureuse dans le cadre d’une approche concertée et soutenue d’un Front uni sérieux et efficace.

1- La classe politique togolaise et la logique de chacun pour soi

La conquête du pouvoir est un objectif clé que visent toutes les formations politiques dignes de ce nom. Celles du Togo n’échappent pas à cette vision des choses, au point d’adopter un comportement très égoïste destiné à s’ignorer systématiquement les uns et les autres, à cultiver l’isolement mutuel tactique et à rester réfractaire à la nécessité de constituer un Front uni face au système politique en vigueur depuis plus de quatre décennies, ouvertement résolu au maintien du statu quo. Le refus systématique de Front uni contribue à renforcer la logique de chacun pour soi c’est-à-dire celle de l’égoïsme forcené des leaders de parti qui encourage l’esprit de compétition, provoque et entretient les divisions internes, et fragilise l’unité au sein des partis politiques. Ce phénomène de compétition tous azimuts conduit à des crises répétées dans les partis en créant des désordres dont les conséquences sont visibles au cœur même de l’hémicycle, haut lieu où le dialogue national est censé s’instaurer.

Dans cette optique, il faut noter que la division de l’Union des Forces du Changement (UFC) est à l’origine de la création d’un nouveau parti politique dénommé Alliance Nationale pour la Changement (ANC). Cet événement sociopolitique qui concerne la principale formation politique de l’opposition illustre à suffisance quelle perception les leaders politiques ont de leur organe, de son rôle dans la cité et la situation de crise actuelle. Dans ce contexte, tout semble indiquer qu’un parti politique constitue une propriété personnelle, un bien appartenant au seul leader, lequel soit dit en passant, historique et charismatique, habilité à décider de tout, réfractaire à toute critique et peu ouvert aux discussions démocratiques dans sa propre formation politique. Ainsi tout évolue progressivement vers l’exercice d’un pouvoir solitaire. Cela crée l’illusion qu’il suffit de s’entendre avec le leader sans l’aval de la base pour parvenir à des accords historiques permettant une sortie de crise crédible et durable. Ici on peut spéculer que nous sommes dans l’application de la logique de Saint’ Egidio qui consiste à dire que la résolution de la crise togolaise passe par une entente entre le RPT et l’UFC ou de leurs leaders respectifs. Cette attitude du leader politique expose l’ensemble de la formation à des dérapages qui, indubitablement, ruinent les fondements mêmes de tout le parti et compromettent auprès du peuple la crédibilité et la raison d’être de la classe politique dans la vie nationale, surtout dans un pays où les tenants du pouvoir s’organisent toujours pour affaiblir par tous les moyens les partis de l’opposition.

Les faits révèlent que la déstabilisation d’un parti d’opposition n’entraîne pas nécessairement et automatiquement un gain d’audience pour les autres auprès de la population. En effet, dans la mesure où le processus de déstabilisation relève d’une manœuvre politique de « diviser pour régner», ce résultat ne peut profiter, à terme, qu’au parti initiateur des manipulations orchestrées. De guerre lasse, les partis, l’un après l’autre, vont rejoindre le parti majoritaire en évoquant l’impératif d’un gouvernement d’union nationale et même le principe de partage de pouvoir. Et pourtant les partis qui ont fait ce type d’expérience de ralliement semblent avoir découvert la réalité des choses qui les transforme plutôt en spectateurs qu’en acteurs initiateurs propres à traduire leur vision politique en actions concrètes capables de répondre à leur besoin de réformes constitutionnelles et institutionnelles. L’initiative des actions leur échappe et ceci limite leurs marges de manœuvres dans l’atteinte des objectifs de leur propre parti en particulier et des principales réformes programmées en général.

Aucune réflexion ne semble avoir été initiée pour analyser et capitaliser ces genres d’expérience que privilégie une stratégie d’isolement et de dispersion des acteurs du changement solidement installés dans la logique de refus du Front uni de l’opposition. Le vieil adage selon lequel l’union fait la force est superbement ignoré dans un contexte où le danger ou le mal permanent a pour nom l’immobilisme, la culture de la violence et l’organisation des anomalies électorales. Il est temps de comprendre que le multipartisme n’est pas nécessairement synonyme de démocratie. Il faut aussi souligner l’importance de l’alternance dans le respect des principes et valeurs démocratiques. En conséquence il appartient à toutes les formations politiques, en particulier celles qui visent à conquérir dans un contexte antidémocratique, de s’organiser pour promouvoir, voire provoquer véritablement l’alternance, étape importante dans l’instauration de la démocratie et de l’état de droit. Cette étape signifie des progrès certains dans l’adoption et l’application stricte des principes et valeurs démocratiques de dialogue, de débats d’idées, de respect des règles de la majorité ainsi que celles liées au respect des minorités.

C’est pourquoi le réalisme politique commande de s’organiser, après l’étape du multipartisme ou parfois avant celle-ci, pour atteindre l’étape de l’alternance. A défaut, les partis de l’opposition accentuent inutilement la compétition entre eux au point de chercher à se mettre dans les bonnes grâces du parti au pouvoir, de le rallier dans l’espoir de renforcer leur position face aux autres concurrents. Cette option fondée sur la stratégie de compétition permanente et féroce au niveau de l’opposition conduit à un processus d’autodestruction des leaders et acteurs des formations politiques. Elle contribue également à l’aggravation du déficit de confiance entre les leaders des différents partis politiques, d’une part, et, entre ceux-ci et la population, d’autre part. En effet, ces comportements des leaders sont de nature à accentuer les attentes de la population profondément minée par la crise et prenant progressivement conscience des multiples obstacles érigés sur la voie de sortie de la crise. La population découvre l’incompétence des leaders politiques et l’ampleur du chemin à parcourir pour une résolution de la crise togolaise. Les divers rebondissements observés au lendemain de la signature de l’Accord Politique Global (APG) paraissent dignes des épreuves de Sisyphe, héros mythologique. Ils incitent à se remettre plusieurs fois sur l’ouvrage. Rien ne semble acquis d’avance, même à l’issue d’accords apparemment crédibles.

La récente opération de recensement de la population et de l’habitat vient à point nommé pour aider à connaître l’effectif réel des Togolaises et Togolais ainsi que leurs caractéristiques économiques, sociales et culturelles sur toute l’étendue du territoire national. Les résultats attendus, hormis toute manipulation politique, peuvent fournir des informations sur la répartition des hommes, des femmes, des enfants et personnes âgées ainsi que sur les catégories socioprofessionnelles dans le pays. Ils peuvent permettre de disposer d’un fichier électoral fiable et d’établir un découpage électoral équitable. Ce qui contribuera à organiser des élections sur des bases de données acceptables et crédibles Ces résultats permettront, en outre, de réunir les éléments requis pour une meilleure organisation de l’avenir du pays, en particulier dans la perspective de la planification méthodique du développement économique et social des populations.

2 – Perspectives d’avenir et propositions

Tous les principaux acteurs et un bon nombre d’observateurs ont pris conscience de la gravité de la crise togolaise de sorte que la plupart d’entre eux estiment nécessaire d’entreprendre des recherches de solutions en vue de propositions adéquates de sortie de crise. Dans ce contexte, il existe aujourd’hui un certain nombre de propositions censées constituer des solutions adaptées à la crise. Ces initiatives proviennent aussi bien de la classe politique que de la société civile. L’existence même de ces propositions témoigne assurément de la volonté de changement qui anime leurs initiateurs apparemment préoccupés par la situation désespérante du Togo, où la paupérisation de la population devient chaque jour particulièrement insupportable. Néanmoins malgré leur pertinence, ces propositions font souvent l’objet d’une faible attention ou d’une application insuffisante, même à l’issue d’accords signés en présence des représentants de la communauté internationale.

L’occasion de former une plateforme de l’opposition au moment de l’organisation du Dialogue inter togolais et au cours de la période de transition déterminée par l’APG, n’a pas été exploitée en fonction des enjeux politiques majeurs liés à la crise et identifiés par l’APG. Le réflexe de compétition systématique semble avoir prévalu et a empêché toute entente cordiale entre les acteurs partisans d’un véritable changement démocratique. Ce dernier objectif apparaît vite oublié au profit de considérations et intérêts inavoués. Des calculs politiciens sont privilégiés en vue de déstabiliser la construction envisagée pour le projet de formation d’un véritable gouvernement d’union nationale dans lequel les principaux partis politiques d’opposition sont appelés à jouer un rôle déterminant en vue des réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’APG. Mais l’opportunité ainsi offerte à l’opposition de travailler ensemble sur un programme commun de gouvernement n’a pas été saisie. Des désistements observés à l’époque s’expliqueraient-ils sans doute par l’existence d’un plan d’action secret inspiré des rencontres organisées au profit de certains leaders et consécutives aux graves traumatismes subis par les populations victimes de violences massives perpétrées au lendemain de la Conférence nationale Souveraine de 1991, de 2005 et de celles dirigées contre les manifestations de contestation après les élections de mars2010 ?

Cette hypothèse apparaît fort intéressante si l’on analyse sérieusement les actes et les événements qui ont marqué la vie politique nationale depuis le fameux accord historique RPT-UFC destiné à réussir là où l’APG aurait échoué à réaliser les réformes constitutionnelles et institutionnelles laissées en plan jusqu’à la veille de la signature de ce nouvel accord bilatéral, supposé être plus efficace que le précédent accord multilatéral. Des réformes promises pour six mois à l’issue de l’accord RPT-UFC sont toujours en attente de réalisation. Les faits confortent, au contraire, l’idée que les signataires de l’accord visent à renforcer leur alliance par un rapprochement plus marqué de la position de leurs deux formations au parlement en vue d’actions concertées. Mais dans quelle direction celles-ci seraient-elles orientées ? Vers la promotion et la consolidation de la démocratie ou le renforcement du statu quo dominé par la défense des valeurs antidémocratiques ? Question fondamentale et préoccupante pour tout observateur attentif de la crise togolaise, source d’innombrables surprises plus déroutantes les unes que les autres, et évoluant au gré des techniques de manipulations liées à la stratégie de conservation du pouvoir. La crise togolaise est si longue et profonde qu’elle suscite beaucoup d’intérêt et l’attention de toutes les bonnes volontés comme dans le cas d’un malade désespéré au chevet duquel cherchent à intervenir toutes sortes de spécialistes et même des charlatans désireux simplement de manifester leur solidarité active. Une telle situation ne laisse aucun parti indifférent. C’est ainsi que certaines familles politiques proposent déjà des solutions du genre refondation, pacte républicain et autres toujours dans la logique de chacun pour soi. Toutes ces interventions peuvent faire croire que les Togolaises et Togolais sont incapables de se mettre ensemble pour diagnostiquer le mal profond qui les ronge et d’y apporter les remèdes efficaces et appropriés. Sans doute que d’autres font le vrai diagnostique ailleurs dans leurs officines ainsi que les solutions à apporter à la crise. Ceci rappelle les plans de développement de l’Afrique établis par les services de la coopération internationale depuis des bureaux climatisés à l’étranger, pratiques dénoncées très tôt par des esprits éclairés et clairvoyants comme des instruments d’une nouvelle forme de colonisation, mais peu écoutés au point d’être parfois pris à parti par un nombre de dirigeants s’estimant victimes de crime de lèse majesté à travers les critiques formulées à l’encontre du système de coopération mis en place en leur faveur.

Même si l’histoire ne se répète pas en reproduisant à l’uniforme l’intégralité des événements qui la sous-tendent, elle privilégie certains éléments qui donnent cette illusion du «déjà vu » et permettent à l’esprit de créer des connexions favorisant l’analyse des phénomènes socio-historiques observés. Ces va-et-vient entre le passé et le présent s’avèrent déterminants pour une meilleure compréhension des phénomènes appréhendés dans un contexte où les acteurs sociaux sont entrain de connaître les mêmes types de problèmes ou de difficultés. La réflexion qu’ils peuvent susciter est de nature à contribuer à l’évaluation ou à l’anticipation des actions prises en compte en fonction des préoccupations des uns et des autres. Ainsi les actes posés aujourd’hui apparemment anodins pourront présenter des conséquences incalculables dans l’évolution historique d’un pays.

Il convient de noter que la population togolaise aspire dans son ensemble à la paix, à la concorde et à la réconciliation entre tous les membres de la communauté nationale. Il faut reconnaître également que la réalisation de ces nobles objectifs doit se faire dans le respect de l’équité afin de ne pas léser une partie des citoyens en essayant de sauvegarder les intérêts des autres. Elle doit chercher à vider les principaux contentieux qui contribuent à l’aggravation de la crise. Dans ce cas, les solutions de sortie de crise réduites à la situation des seules familles des anciens dirigeants du pays et à l’unique recherche de règlement des différends entre les membres de ces familles portent les germes de leur propres limites et leur insuffisance au regard des principes de justice et d’équité. Elles envoient plutôt de signaux ternes et peu encourageants dans le cadre de la politique de vérité, justice et réconciliation, recommandée en partie par la Mission onusienne d’enquête et d’établissement des faits initiée au lendemain des violences postélectorales de 2005 pour une véritable sortie de crise au Togo. Des solutions partielles et partiales fondées davantage sur les capacités de manipulations et la culture de la violence sont de nature à créer beaucoup d’illusions sans pouvoir atteindre réellement les objectifs définis. De telles solutions ne peuvent conduire qu’au pourrissement de la situation de crise et au retour éventuel des pratiques antidémocratiques du parti unique. Le rêve des adeptes de ce type de régime est de ramener par tous les moyens ces pratiques politiques surannées et fortes décriées pour leur incidence négative sur l’économie nationale et la paix sociale, du moins dans le contexte togolais. Il tend à se concrétiser et connaît un début de réalisation à travers l’organisation des élections régulièrement contestées, dont les résultats issus des urnes sont généralement loin de refléter l’opinion de la population en lutte pour le changement démocratique et l’alternance politique depuis une vingtaine d’années.

Les réformes constitutionnelles et institutionnelles ne visent-elles pas dans l’entendement des tenants du pouvoir cette vision étroite des choses, une version de changement à rebours plus proche du statu quo. Des stratégies de blocage de toutes formes de recours et d’endiguement de toutes manifestations publiques susceptibles de dénoncer ces travers et comportements antidémocratiques répondent à cette préoccupation des gouvernants décidés à conserver le pouvoir contre vents et marées. Dans ce jeu trouble destiné à promouvoir le statu quo du système politique en place depuis près de cinquante ans, la communauté internationale adopte une attitude ambiguë, un profil relativement bas face aux anomalies observées dans le processus électoral, aux insuffisances des résultats proclamés et aux mesures d’intimidation délibérément programmées. Elle traduit ainsi l’impact d’une influence supranationale composés d’un nombre d’organes ou d’éléments qu’un observateur avisé de la politique africaine appelle le groupe des grands électeurs des dirigeants des pays africains, en particulier ceux de l’Afrique francophone. Cette idée tend étayer la thèse de l’existence de la démocratie des bailleurs de fonds qui ne s’embarrassent pas outre mesure de la pureté des principes et valeurs démocratiques dans le contexte politique africain, au point de laisser croire à la diversité des formes de démocratie dont les caractéristiques varient d’un pays à l’autre ou d’un Etat à l’autre. C’est dire en d’autres termes que la notion de liberté généralement associée à celle de démocratie n’a pas la même définition ni la même signification en fonction des pays considérés. Elle constituerait plutôt un luxe dans certains continents que dans d’autres. L’Afrique parait davantage confrontée avec la démocratie des bailleurs de fonds. Ce type de démocratie est à géométrie variable, rappelant l’image que le fabuliste associe à la justice humaine dans laquelle « selon que vous serez riche ou pauvre… » la démocratie de bailleurs de fonds vous absoudra malgré les irrégularités constatées dans le processus électoral et dans les urnes.

Le cas ivoirien apporte un éclairage particulier en la matière. Il illustre des pratiques électorales largement répandues sur le continent et plusieurs fois dénoncée au Togo sans que la communauté internationale et ses organes directeurs aujourd’hui en effervescence en faveurs des perdants officiels, victimes de fraudes scandaleuses. Il révèle que la communauté internationale peut jouer le rôle de garant de l’autorité morale à l’échelle mondiale pour la promotion et la consolidation de la démocratie. Au lieu de continuer à s’enfermer dans l’attitude de non ingérence au nom du droit international et dans un silence préoccupant. Le réveil de la communauté internationale doit être entretenu et constituer un précédent dans l’engagement des pays africains dans le processus démocratique amorcé avec détermination depuis vingt ans. Il convient de faire comprendre que le respect des institutions nationales est un gage de paix sociale, de développement et de prospérité pour les Etats engagés dans la voie de la démocratie et du progrès. La communauté internationale est désormais condamnée à prendre ses responsabilités pour créer en Afrique un climat de confiance dans les institutions républicaines et la nécessité de leur respect à tous les niveaux, afin de bannir à jamais la protection des amis indélicats envers le peuple et d’enrayer toutes les formes de tripatouillages constitutionnels et de violations des droits humains. Elle doit en outre veiller à faire prendre conscience que les accords politiques sont conclus essentiellement dans l’intérêt des populations éprises de paix et non dans celui des seuls dirigeants.

Le GRAD estime qu’à travers l’expérience togolaise confortée par le cas ivoirien, en pleine actualité, il faut envisager d’autres moyens politiques que les élections pour départager les parties en conflit et rassurer les populations traumatisées. En effet, les élections organisées dans ce contexte de tension sociale spécifique produisent généralement des résultats rejetés par l’une des parties sans compter la majorité de la population qui ne se reconnaît pas souvent dans les chiffres publiés. Elles entraînent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Elles ne contribuent pas à la résolution du conflit qu’elles sont censées régler avec toute l’efficacité souhaitée.

C’est pourquoi le GRAD demeure convaincu que les élections ne constituent pas la seule solution de sortie de la longue crise togolaise. Il suggère dans ces conditions qu’avant d’organiser des élections transparentes et crédibles, il faut privilégier un processus de concertation permanente et de recherche consensuelle de la paix qui exige de regrouper tous les protagonistes autour d’une table en vue d ‘adopter des solutions idoines pour une période de transition déterminée, acceptable par tous. A l’issue de cette transition, de nouvelles institutions seront mises en place selon un schéma déjà proposé par le GRAD en son temps dans l’une de ses publications intitulée : « La crise togolaise a-t-elle une issue ? » Dans ce schéma il est prévu l’élection d’une assemblée constituante en vue de l’élaboration d’une nouvelle constitution qui constituerait un nouveau contrat social entre les différentes composantes de la société togolaise.

Au seuil de la nouvelle année 2011, le GRAD souhaite vivement une prise de conscience à tous les niveaux. Ceci permettrait aux Togolais de mettre en œuvre les recommandations et les propositions formulées de part et d’autre pour sortir définitivement le Togo de sa longue crise et de « changer de voie » pour le prochain cinquantenaire qu’il souhaite porteur d’un véritable développement et d’un meilleur devenir des Togolais.

Lomé le 14 décembre 2010

Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement
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