28/09/2022

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Bénin: Le jeu trouble de Kérékou

Quarante huit heures après le premier tour de l’élection présidentielle, le décompte des voix se poursuit au siège de la Commission électorale nationale autonome (CENA) à Cotonou, sur de fond de menace d’invalidation par le président de la République Mathieu Kérékou. Malgré quelques irrégularités constatées ici et là, le scrutin a été globalement jugé correct. Mais le président de la République adopte une posture d’opposant inconsolable pour accuser pêle-mêle, et on ne sait précisément qui, de fraudes massives.

Les messages affluent de partout pour féliciter les Béninois de la tenue sans incidents majeurs du premier tour de l’élection présidentielle. Les Etats-Unis par l’intermédiaire de leur ambassade à Cotonou se disent «satisfaits du bon déroulement (…) et de la tenue à bonne date» de la consultation. Ils adressent des félicitations à la CENA pour avoir organisé des élections «libres, transparentes et pacifiques malgré les nombreux défis financiers et logistiques». Le même communiqué fait part de la mise à disposition de la CENA d’une aide d’un montant de 325 000 de dollars soit 177 321 609 francs CFA.

L’Union africaine fait aussi entendre sa voix par le président de la Commission, Alpha Oumar Konaré qui «souligne la nécessité pour tous les candidats à l’élection de se conformer aux résultats qui seront annoncés par la Commission électorale nationale autonome et, en cas de contestation, d’utiliser les mécanismes et procédures prévus à cet effet». Pour leur part, les observateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), conduits par le Togolais Bitokotipou Yagninim, considèrent que «le scrutin a été libre, juste et démocratique malgré quelques insuffisances qui ne devraient pas être de nature à affecter de manière fondamentale le résultat du scrutin».

«Un transfert pacifique et constitutionnel du pouvoir»

Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, Ahmedou Ould Abdallah, tout en félicitant le peuple béninois, se dit aussi convaincu que le processus ira à son terme «avec le transfert pacifique et constitutionnel du pouvoir, le 6 avril prochain». De nombreux autres observateurs tiennent le même discours pour, semble-t-il, participer à un faisceau de pression sur le président sortant Mathieu Kérékou qui apparaît comme le principal obstacle à la poursuite régulière du processus électoral au Bénin.

En effet, le président Kérékou, après avoir accompli son devoir civique, s’est livré à des critiques sévères contre la CENA en parlant de fraudes massives qui ne suscitent pas plus d’émoi. Le président est sorti de son rôle de chef de l’Etat dont la préoccupation première devrait être de garantir la paix sociale et la cohésion nationale en donnant aux organes compétents, en l’occurrence la CENA, les moyens d’assurer leur mission. En ce début d’année on se souvient que le gouvernement béninois avait déjà menacé de reporter l’élection «faute de moyens» et curieusement le président, toujours lui, s’était étonné de la promptitude des bailleurs de fonds à mettre à disposition du Bénin les moyens nécessaires pour la tenue à bonne date de la consultation. Il les avait pratiquement accusés d’ingérence dans les affaires béninoises.

La part de la rancune

Alors qu’aucun incident majeur n’a entaché ce premier tour de l’élection présidentiel, et que des procédures prévues par la loi existent pour contester des résultats, on se demande quel but poursuit Mathieu Kérékou en faisant des déclarations de nature à embraser son propre pays.

Le lundi 6 mars, le corps diplomatique accrédité au Bénin était convoqué par le chef de l’Etat qui aurait à nouveau dit ses intentions d’invalider le scrutin. Mais dès le lendemain le ministre de la Communication et de la promotion des technologies nouvelles, Frédéric Dohou, a nié le fait le que le président de la République ait tenu un tel discours. En revanche dans la presse nationale béninoise, la plupart des journaux évoquent cette rencontre par laquelle «le caméléon» préparerait l’opinion nationale et internationale à «un nouveau coup». Les journaux béninois révèlent aussi que Kérékou s’était juré de ne pas transmettre le pouvoir au candidat Boni Yayi, technocrate, banquier, ancien patron de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et qui, il n’y a pas si longtemps, avait soutenu son rival traditionnel Nicéphore Soglo.

En marge de cette agitation menée par la présidence de la République, la CENA continue inexorablement le décompte des voix qui met, pour l’instant, deux candidats au coude à coude : Boni Yayi et Adrien Houngbédji.

par Didier Samson
Article publié sur RFI le 07/03/2006