05/12/2022

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CDPA-BT: Les recommandations du Rapport de l’ONU….Une solution ?

La CDPA-BT et le Rapport de l’ONU sur le Togo
4- Les recommandations du Rapport : Une solution ?

Des illusions une fois de plus ?

Un peuple opprimé a le droit de lutter pour se dégager de l’oppression. C’est une vérité de l’histoire de l’Humanité. Ce que veut le peuple togolais, c’est vivre libre dans un pays démocratique. Ce n’est là qu’une exigence légitime. « La crise togolaise » découle du refus opposé par le pouvoir à la réalisation de cette exigence. La confrontation entre la population et le régime est née de ce refus. Les événements survenus avant, pendant et après les prétendues élections du 24 avril 2005 ne sont qu’un des épisodes violents de cette confrontation. La violence n’est pas un défaut culturel de la société togolaise. C’est le régime de dictature qui en est la source et qui l’impose à tout le monde pour se perpétuer.

La publication du Rapport de l’ONU sur ces événements est un fait important pour les Togolais. Depuis plus de 15 ans, c’est la première fois en effet qu’un rapport de ce niveau est établi sur les violations massives perpétrées par le régime. A tort ou à raison, la masse opprimée avait espéré tout au longs de ces années difficiles que l’ONU interviendrait de façon décisive pour faire aboutir sa revendication des libertés démocratiques, afin que le Togo soit dorénavant épargné de ces violences récurrentes. A plusieurs reprises, elle a sollicité, même imploré cette intervention. C’est pour cela que la publication de ce Rapport a suscité tant d’espoir chez elle. Mais ne se fait-elle pas une fois de plus des illusions ?

Des conclusions en deçà des espérances

Les conclusions du rapport sont en effet conçues pour réduire tout le problème togolais à un problème de violation des droits de l’homme. En plus, elles se fondent sur des arguments choisis pour donner le sentiment que la violence d’Etat et les violations des droits de l’homme sont la cause de la « crise », et laisse entendre que la solution réside dans la promotion, le respect et la consolidation de ces droits. Elles reprennent même les propos sans fondement par lesquels les hommes du régime tentent de justifier leurs actes. C’est le cas par exemple du « vide constitutionnel » avancé par les chefs militaires comme justification de leur décision de mettre Faure au pouvoir et par la CEDEAO pour précipiter les élections. Une argumentation qui participe à la machination montée pour donner un semblant de légalité aux actions illégales des chefs militaires et des apparatchiks du RPT.

La Mission dispose de toute la documentation nécessaire pour ne pas aller dans ce sens. La constitution -même celle manipulée par le régime en 2002-, a bien prévu des dispositions pour éviter un vide juridique en cas de disparition du président de la République. Visiblement, le Rapport a préféré passer le fait sous silence. Bien entendu, en faire cas pour montrer la vacuité de l’argument du « vide constitutionnel » soulignerait le caractère essentiellement politique du problème togolais, et ne permettrait pas de centrer tout sur la violence et les violations des droits de l’homme, et d’occulter ainsi le problème politique majeur.

La réaction des chefs de l’armée n’est donc pas justifiée par la peur d’un vide constitutionnel comme le répète le Rapport. Elle traduit la volonté de passer outre la constitution pour exécuter un plan préétabli : maintenir le régime de dictature en transmettant le pouvoir à Faure préparé par son père pour lui succéder.

Des recommandations décevantes

Selon le Rapport, une réconciliation nationale s’impose au Togo parce que la population togolaise est divisée. Et il la fonde sur le respect du « principe de vérité » et sur la nécessité de mettre fin à l’impunité dans le pays. Il suggère ainsi le schéma sud-africain de la Commission Vérité?Réconciliation, comme si le contexte sud-africain, où cette idée avait germé il y a quelques années, était comparable à la situation togolaise.

Le contexte sud-africain était celui d’un peuple divisé, où une confrontation entre la minorité blanche dominatrice et de la majorité noire opprimée et traumatisée avait les allures d’une guerre civile, la majorité noire ayant pris les armes pour changer le système politique afin de se dégager de la longue domination blanche. Au Togo, la population n’est pas divisée ; il est tout entier soumis par un régime de dictature qui utilise la violence d’Etat et les violations massives des droits de l’homme pour se maintenir, et qui instrumentalise une minorité pour cela. Par ailleurs, dans ce pays, la Commission Vérité?Réconciliation n’a pas été instituée avant la remise du pouvoir à l’ANC (Nelson Mandela) par Frédéric De Klerk mais après, c’est-à-dire après le changement du système politique sous les pressions que l’on sait.

Le schéma sud-africain prouve ainsi un fait essentiel : la réconciliation nationale n’est pas possible dans aucune société tant que ceux qui confisquent le pouvoir et utilisent délibérément la violence d’Etat pour s’y maintenir sont toujours au pouvoir, et tant qu’ils persistent à se croire dans leur droit, à mentir et à justifier leurs actes de violences, comme vient encore de le faire le rapport de la Commission nationale sur les élections présidentielles du 24 avril.

Dans le contexte de la « crise togolaise », la fonction politique du concept de réconciliation nationale est d’occulter le problème politique réel, en jouant sur la charge d’émotion que la violence préméditée provoque au sein d’une population traumatisée et désemparée. On ne peut pas réconcilier un peuple opprimé et violenté avec le régime antidémocratique qui l’opprime et qui utilise la violence d’Etat pour se perpétuer. De même, on ne peut pas réconcilier une population et une armée personnelle chargée de la mater avec aveuglement toutes les fois qu’elle tente d’exprimer ses aspirations au changement démocratique.

Une mise sous tutelle du pays ?

Les autres recommandations sont encore plus décevantes, aussi bien celles adressées au gouvernement togolais que celles destinées à l’ONU et à la Communauté internationale. Le Rapport demande au pouvoir en place de mener une politique que la nature même du régime en place interdit de mener. Cette demande rappelle bien les « 22 engagements » proposés par l’Union européenne le 14 avril 2004 en sachant bien que la nature du régime ne permettrait pas de les respecter. Le rapport donne ainsi le sentiment qu’il fait des recommandations pour la forme, et qu’il n’est en réalité ni plus ni moins qu’une reconnaissance de la légitimité du régime, une reconnaissance qui ne dit évidemment pas son nom.

Les recommandations à l’adresse des Nations Unies et de la Communauté internationale reprennent en fait des recettes déjà appliquées depuis au moins 1998 et qui n’ont jamais réussi ni à changer la nature du régime, ni à mettre fin à la reproduction récurrente des violations massives des droits de l’homme. En plus, elles ont un fort relent d’une mise sous tutelle du pays : Communauté Saint Egidio ; supervision par les Nations Unies de la réforme de l’armée ; rapports réguliers aux organes onusiennes des droits de l’homme, emprise des OGNs de défense des droits de l’homme…

Le Togo a acquit son indépendance depuis plus de quarante ans. Si le pays présente l’affligeante image d’un chaos et ce fort sentiment de n’avoir pas les hommes nécessaires pour régler les problèmes de sa population, c’est parce qu’il est soumis depuis plus de quarante ans à un régime de dictature fondé sur le chaos, la violence et la médiocrité. Ce n’est pas en le mettant sous la coupe de fonctionnaires internationaux et d’ONGs des droits de l’homme que l’on trouvera la solution appropriée. C’est en contribuant aux efforts qu’ils conduisent dans des conditions si difficiles pour mettre un terme à ce régime, afin qu’il soit possible d’instaurer la démocratie dans le pays.

Que faire en fin de compte du Rapport de l’ONU ?

Le problème central auquel le Peuple togolais est plus que jamais confronté est le changement d’un régime politique qui, par sa nature même, est source de la violence d’Etat, de violations des droits de l’homme et de misère dans le pays. Le Rapport des Nations Unies contourne ce problème politique en centrant toutes ses préoccupations sur la promotion des droits de l’homme. Dans ces conditions, quelle attitude les Togolais peuvent-ils adopter vis-à-vis de ce Rapport et de ses recommandations ?

Fait en Allemagne, le 25 octobre 2005

Pour la CDPA-BT
Secrétaire chargé
des Affaires Politiques
Emmanuel K. BUAKA