30/06/2022

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Dialogue intertogolais: L’opposition entre écœurement et recadrage.

La grande agitation autour du dialogue politique intertogolais est vite retombée. Entre les tours de passe- passe du dictateur Eyadéma et la riposte brouillonne de l’opposition, les fameuses négociations ont retrouvé les marques de l’inconstance et de la légèreté qui caractérisent bien souvent ( sinon toujours) le débat politique au Togo. Une sorte de remake des parcours d’antan avec certains des acteurs pétrifiés et englués dans le confort des stratégies désuètes.

Par Franck EKON.

Dans les couloirs de la commission européenne, ce dialogue politique intertogolais est un véritable casse-tête chinois. La délégation envoyée au Togo début juin 2004 a dû se rendre à l’évidence : les mêmes causes reproduisant les mêmes effets, la mise en œuvre des 22 engagements du gouvernement togolais est vite passée à l’arrière plan des priorités des autorités du pays. Sur les aspects comme le respect des droits de l’homme, la garantie de la liberté de presse, la question des prisonniers politiques ou encore la problématique électorale, à part quelques effets d’annonces et quelques « commissions de réflexions » mises sur pieds à tours de bras, les choses suivent leur « cours normal » sous les cieux togolais.

« Nous ne nous attendions pas à un miracle, mais deux mois après la souscription des 22 engagements, nous espérions des signes concrets d’une réelle volonté d’amélioration de l’attitude de ce gouvernement », confie perplexe un eurodéputé après l’audition du rapport de la mission à Lomé courant juin. Mais, dire du comportement du gouvernement togolais qu’il constitue une surprise pour l’Union Européenne, serait exagérer au-delà de toute mesure. Habituée comme elle l’est aux combines et à la mécanique mafieuse du régime du général Eyadéma, l’UE ne sait que trop bien à quel point les envolées dithyrambiques des officiels togolais sont éloignées de la réalité. C’est pourquoi, dans l’état d’esprit de Bruxelles, le mémo squelettique présenté par le pouvoir togolais début juin 2004 ne saurait constituer une base objective d’évaluation de la situation politique au Togo. C’est globalement dans ce sens qu’il faut prendre les propos mesurés de Sylvia Piergrossi, porte-parole de la délégation de l’UE, au terme de sa mission de quelques jours à Lomé : « il est trop tôt pour faire un bilan à mi-parcours », estimait-elle poliment comme pour synthétiser toute la détermination de l’institution européenne à rester prudente au contact de l’avarie togolaise.

Si du côté de l’Union Européenne les choses sont claires, les partis politiques de l’opposition togolaise donnent, toujours pour leur part, la fâcheuse impression de n’être pas dans le coup. Gangrenée, il est vrai depuis son éclosion par un tenace virus de la division, cette opposition n’a quasiment jamais pu jeter les bases d’une solidarité effective que d’aucuns posent comme la prémisse indispensable pour débarrasser le pays de la plus vieille dictature d’Afrique incarnée par Gnassingbé Eyadéma et ses collaborateurs. Si la perspective de ce dialogue avait pu faire miroiter un instant, un recadrage stratégique propre à créer UN pôle fédérateur, il a vite fallu déchanter : emmurés dans le bunker de leur insularité paroissiale, les principaux leaders des formations de l’opposition répètent à nouveau les gammes d’une partition redondante, avec pour triste conséquence le regonflage à bloc du camp présidentiel.

L’échiquier politique togolais n’est pourtant pas caractérisé par une complexité algorithmique. L’Union des forces de changement (UFC) de Gilchrist Olympio, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo, la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) de Léopold Gnininvi, les trois principales formations de l’opposition dont les vues semblent assez proches sur l’essentiel de l’attitude à avoir vis-à-vis du pouvoir, n’arrivent toujours pas à accorder leurs violons. De même certaines autres formations politiques comme la CDPA-BT de GO-KONU, le Parti des travailleurs (PT) de Claude Améganvi ainsi que des associations d’envergure comme le Comité Togolais de Résistance (CTR) d’Isidore Latzoo, la Diaspora Togolaise pour la démocratie (Diastode) de Micheline RANDOPH manifestant assez intensément leur volonté pour un changement consistant dans la gestion des affaires du pays. La question que les observateurs de cette scène politique se posent, avec beaucoup d’embarras, est de savoir justement pourquoi ce magma offensif est ignoré au profit de querelles byzantines.

Concernant cette opposition « traditionnelle » , l’avantage de la proximité de leur lecture de la situation politique nationale est pour le moment sous-utilisé, sans compter le gâchis des coups bas distribués mutuellement soit en direct, soit par militants interposés. « Il est temps de penser à l’essentiel et d’oublier ces querelles inutiles », propose Jean-luc T., militant de l’UFC en précisant que les difficultés de l’opposition ne sont pas le fait de son parti, mais dues aux « atermoiements des autres leaders qui se comportent en véritables caméléons ». « L’opposition a longtemps été squattée par des gens sans convictions et nous en avons tous été victimes », poursuit-il sans oublier de rappeler que le comportement récent de certains partis servira certainement à clarifier les choses pour les acteurs d’un véritable changement dans le pays. Yawovi Agboyibo, lui, enfonce le clou : « l’attitude de nos amis de l’UFC est empreinte d’une certaine arrogance », déclare-t-il pour justifier les échecs d’une stratégie unitaire au sein de l’opposition. Un chef d’accusation rejeté de façon véhémente par l’état-major du parti de Gilchrist Olympio qui rappelle à ce propos les « entourloupes » pas si lointaines du leader du CAR. La CDPA, de son côté, multiplie les appels à la cohésion des forces, tout en restant impuissante devant la déliquescence du tissu stratégique de l’opposition. Pendant ce temps, ses amis de l’opposition organisent en douce un tir groupé sur les étapes d’une mise en commun des forces. « La question, aujourd’hui, est de savoir jusqu’où ils iront avant de se rendre compte des délais supplémentaires qu’ils assignent au changement dans notre pays », s’interroge Hervé, étudiant à Paris. Une question devenue presque banale à force d’être posée au Togo, et qui n’a pas encore rencontré de réponse effective.

Réactions contre-productives, guerres de communiqués, disputes sur le degré de popularité des leaders politiques, systématisation du soupçon, absence de communication sans oublier l’inclination réelle de certains politiciens togolais à céder aux clins d’œil du pouvoir, tous ces facteurs sont presque devenus la norme au sein d’une famille politique usée, il est vrai par de longues années de répression. On peut toujours se complaire dans les certitudes du genre : «de toute manière, le Togo ne veut plus d’Eyadéma et de son RPT » et se contenter d’attendre… mais le risque, et il est d’importance, c’est que les Togolais qui ont largement fait la démonstration de leur soutien à l’opposition sanctionnent cet excès de suffisance et de légèreté qui fragilise tout combat aussi légitime soit-il, dans ce qu’il a de plus précieux : la confiance que les citoyens accordent à ceux qui portent leurs aspirations.

La rédaction letogolais.com