27/09/2022

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Effondrement du processus électoral au Togo : Simulacre de consultation de Faure GNASSINGBE

Par Vénavino DALVES

Ce mercredi 13 juin 2007, pourtant jour de l’habituel conseil hebdomadaire des ministres, Faure Essozimna GNASSINGBE, a reçu successivement à la Présidence de la république, les délégations des parties à l’Accord politique global (APG), signé le 20 août 2006, à Lomé. Dès le lendemain des consultations bilatérales, Faure GNASSINGBE a adressé au Premier ministre Yawovi AGBOYIBO une correspondance dans laquelle il s’inquiète du retard accusé dans la préparation des élections législatives en cours.

Au terme des consultations, un communiqué publié par la Présidence de la République reprend quelques uns des termes de la lettre adressée à au Premier ministre Me Agboyibo, notamment : « (…) Après la mise en place de la CENI, le peuple togolais s’attendait à une évolution rapide du processus électoral conformément aux dispositions de l’Accord Politique Global. Cependant, la CENI, tenant compte des contraintes financières, techniques et humaines dans l’accomplissement de sa mission a établi un chronogramme fixant ces élections au 05 août 2007.
Au regard de l’évolution très lente du processus électoral, le président de la République s’est vivement inquiété des retards accumulés à ce jour. Face à cette situation, de nature à déboucher sur l’enlisement et la décrédibilisation du processus électoral, le chef de l’Etat, vient d’exprimer sa grande préoccupation dans une lettre adressée au Premier ministre, chef du gouvernement pour lui rappeler la mission prioritaire du gouvernement d’union nationale qui est celle de tout mettre en oeuvre pour organiser ces élections législatives dans les délais requis. A cet effet, le président de la République a demandé au Premier ministre, de prendre d’urgence les mesures appropriées pour imprimer une nouvelle dynamique au processus électoral en vue de son aboutissement rapide et heureux dans l’intérêt du peuple togolais. »

Au sortir de leur entretien avec Faure Gnassingbé, les représentants des partis politique sont exprimé les positions suivantes :

Pour Solitoki ESSO, secrétaire général du RPT, « Le président de la République a souhaité que le RPT donne son appréciation de l’évolution du processus électoral après avoir décrit les péripéties que la CENI a traversées dans la mise en place de son chronogramme et fait part des retards et reports. Nous avons estimé que ses inquiétudes étaient justifiées et nous avons pris bonne note de ce qu’il a dit. (…) Au sujet de l’impunité, je ne sais si l’impunité dont parlent certains partis est liée à l’élection que nous préparons aujourd’hui. Je crois que la question de l’impunité a été réglée dans les différents accords qui ont été conclus entre les différents secteurs de la vie politique prenant part au dialogue. Et nous nous situons dans ce cadre pour régler cette question de l’impunité.
Si une formation politique se prévaut de cette question pour prendre position soit vis-à-vis du processus électoral, ça la regarde mais il y a une façon de régler ces problèmes. Un article est prévu dans les accords que nous avons signés notamment l’accord politique global qui prend en compte la question de l’impunité. Des dispositions pertinentes ont été prévues à cet effet. Je rappelle tout simplement que nous retournions à cet accord et que nous relisions cet accord qui a pris des dispositions pertinentes, que nous évitions d’en faire un obstacle en ce qui concerne l’évolution du processus électoral. »

Pour sa part, Me Gahoun HEGBOR, premier vice-président du CAR a déclaré :« (…) Tout le monde reconnaît aujourd’hui qu’il y a des retards et que les populations s’inquiètent. Elles se demandent si vraiment ce processus va aboutir et si les espoirs qui étaient nés après la signature de l’accord du 20 août 2006 ne seront pas déçus. Il a fallu faire le point et c’est pour cela que le chef de l’Etat nous a invités en tant que partie prenante de cet Accord Politique Global (APG). Nous avons fait le tour et nous aussi nous avons exprimé les inquiétudes que nous recevons des populations et assurer le chef de l’Etat qu’en ce qui nous concerne au CAR, nous ferons tout, nous sommes engagés dans ce processus électoral, donc nous ferons tout ce qui est de notre devoir pour que le processus aboutisse. En ce qui concerne les questions de délais, tout dépend des circonstances. C’est vrai qu’il faut fixer des délais, sinon, si on laisse tout à l’avenant, on peut se dire,or il y a le temps ; mais on n’est pas non plus lié irrévocablement par des délais. Nous ferons tout pour que les retards qu’on avait constatés se résolvent. »

Cornelius AIDAM, vice-président national de la CPP,(parti d’’Edem KODJO) qui conduisait la délégation de son parti a affirmé : « (…) Nous avons partagé avec le chef de l’Etat, les inquiétudes que nous avons sur la lenteur du processus. (…) Je sais qu’il y a une question de fond, c’est-à-dire beaucoup de partis n’ont pas jusqu’ici mis à la disposition de la CENI, les listes que la CENI demande à cors et à cris ; cela aussi ralentit le processus. Donc nous, nous souhaitons que la CENI elle-même puisse prendre ses responsabilités pour qu’on ne soit pas là indéfiniment à attendre les partis qui n’ont pas encore rassemblé leur liste. Si on continue ainsi, peut-être que jusqu’à l’année prochaine on n’aura pas encore fait les élections. Donc nous avons exprimé toutes ces inquiétudes au chef de l’Etat et il est entendu que la balle est aujourd’hui dans le camp de la CENI. »

Zarifou AYEVA, président national du PDR fit la déclaration suivante : « (…) Je dirai tout juste pour résumer que le chef de l’Etat a cru devoir parler aux chefs de partis pour tirer sur la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, il se crée un climat de doute au sein de nos populations. Est-ce qu’il y aura des élections ou pas ? Le chef de l’Etat a voulu, à son niveau, lever cette hypothèque en disant, en rappelant, en répétant aux chefs de partis et à d’autres composantes de la classe politique et de la société civile leur responsabilité face à la nation. (…) Mais le rendez-vous des élections doit être respecté dans le salut et pour le salut de nos populations. Nous devons d’abord penser à elles, elles ont beaucoup souffert, elles ont beaucoup perdu. Nous devons rattraper ce retard, nous en avons les moyens, nous en avons les ressources. Donc je pense que c’est cet appel que le président a voulu lancer vers nous, chefs de partis et aussi vers des associations et vers d’autres composantes nationales. »

Léopold GNININVI, secrétaire général de la CDPA remarqua qu’: «au cours de l’audience le chef de l’Etat a développé une analyse que nous partageons, à savoir l’enjeu que représentent ces élections pour le Togo au point de vue politique et au point de vue social. Nous sommes tombés d’accord avec lui que si nous ratons encore cette occasion, ce sera un véritable drame pour le Togo. Et donc il faudrait tout mettre en œuvre pour que ces élections se déroulent bien. A ce propos, nous avons relevé que depuis un certain temps, la population commence à manquer de confiance dans le processus électoral, qu’il y a lieu de la rassurer pour lui dire que ces élections ne seront plus l’occasion d’un drame et que la sécurité physique de chacun sera sauvegardée. (…) Il y a d’autres mesures aussi à prendre et nous pensons surtout que c’est la communication qui doit rassurer les gens quant à sécurité physique des personnes et quant à la qualité des élections. »

Patrick LAWSON, 3e vice-président de l’UFC tint les propos suivants : « D’entrée l’Union des Forces de changement a situé les problèmes par rapport à la crise générale qui sévit dans notre pays : crise énergétique, crise de l’eau, problème des retraités, problème des salariés et syndicats. Tous ces problèmes doivent nous préoccuper pour qu’on s’attache aux questions relatives au processus électoral en cours. C’est ainsi que nous sommes revenus point par point sur tous les problèmes de l’heure. Que ce soit les questions concernant la CENI à savoir le chronogramme par exemple, les problèmes concernant le gouvernement à savoir la question des préfets, de l’impunité et de la sécurité, la question de la nomination des juges à la Cour constitutionnelle. Nous avons fait part au chef de l’Etat de nos préoccupations sur chacun de ces points. Nous avons échangé longuement et fait remarquer que, sur certains points, il est nécessaire qu’on trouve des solutions de façon rapide. Sur d’autres, que les réflexions puissent continuer. (…) Voilà ce que nous avons dit en concluant que notre souhait et notre préoccupation, c’est d’organiser et réussir les élections libres, transparentes et équitables.
Nous voudrions qu’on mette tout en œuvre pour rassurer nos populations pour que ces dernières puissent aller aux élections librement sans avoir peur. Et c’est pour cela que le chef de l’Etat nous dit si nous pourrions à notre niveau également lui faire une proposition de schéma pour que ce problème puisse être entrepris et résolu d’une façon durable. Voilà ce que nous avons dit avec le chef de l’Etat et nous avons pris l’engagement de lui faire des propositions concrètes dans ce domaine.
Pour notre part, nous pensons que nous n’avons jamais appelé des militants de notre parti à s’attaquer aux militants des autres partis. Bien au contraire, nous avons toujours recherché à nous protéger contre la violence. »

Quels enseignements tirer de cette initiative de Faure Gnassingbé et des posions exprimées par les parties consultées ?

Pour y répondre, il faut d’abord replacer ce ballet de « concertations » dans son contexte en rappelant qu’une dizaine de jours auparavant, le lundi 11 juin 2007 avait été signée la convention de financement des prochaines échéances électorales togolaises entre l’Union européenne et la République togolaise en présence de représentants du PNUD et des ambassadeurs des pays et institutions partenaires au développement du Togo.

Il faut donc comprendre que le simulacre de « concertations » de Faure GNASSINGBE n’a pour autre signification que de donner des gages à ce que la classe politique togolaise appelle ces « partenaires » que sont ces institutions et pays qui contribuent au financement des élections à venir.

LE SIMULACRE DE CONCERTATIONS ET LES INQUIETUDES EXPRIMEES LEUR SONT DESTINES

Cette analyse est confirmée par les propos tenus par le président de la CENI Tozim POTOPERE lors de l’émission « Le plateau de la semaine » de la Télévision togolaise (TVT), ce dimanche 17 juin. Interrogé sur les raison du choix de la date du 5 août pour la tenue des élections législatives alors que la CENI n’était pas prête, Tozim Potopéré n’a pas caché qu’ils ont choisi cette date non pas pour des raisons qui se justifient mais parce que l’Union européenne leur avait demandé de fixer une date pour l’organisation des législatives comme condition du déblocage des fonds qui leur étaient demandés ! Chacun peut apprécier l’irresponsabilité de la démarche…
Quant à l’unanimité des « inquiétudes » exprimées par tous ces responsables de partis lors de leur rencontre avec Faure GNASSINGBE, elle ne convainc guère puisque ces partis disposent de représentants à la CENI et au gouvernement. Or, le gouvernement a la responsabilité dans la mise en œuvre du processus électoral et on peut donc penser que les partis au gouvernement sont très bien renseignés sur le processus électoral dont ils ont aussi la responsabilité de la mener à bon terme.

Ainsi, lorsque le représentant de la CPP déclare « Si on continue ainsi, peut-être que jusqu’à l’année prochaine on n’aura pas encore fait les élections », ne dévoile-t-il pas en fait un secret de polichinelle ? Car, finalement, la configuration actuelle de « gouvernement d’union nationale sélective » qui exclut l’UFC n’arrange-t-elle pas tous ces partis qui ont toujours activement œuvré à sa marginalisation. Du reste, ces partis nourrissent des inquiétudes quant aux résultats d’un scrutin transparent car, leur poids politique sur la scène politique togolaise serait révélée.

Il n’est donc pas exagéré de penser que c’est à dessein qu’on torpille le processus électoral en cours afin de laisser le gouvernement actuel en place.

La rédaction letogolais.com