25/09/2022

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Gilchrist OLYMPIO: « quand on sera au bord du fleuve, on verra comment on va le traverser »

Le leader de l’UFC face à la presse : Le candidat Olympio parle de ses relations avec les autres partis

Apparemment, on a l’impression que l’UFC s’est trop précipitée d’annoncer la candidature de son candidat pour la présidentielle de 2010. Pourquoi cela ? Est-ce pour couper court aux rumeurs relatives à la guerre de succession dont font état les médias ?

Gilchrist OLYMPIO: Vous voulez savoir si on a précipité ma candidature. La réponse est non. J’étais déjà candidat en 1998. Cinq ans après, j’étais encore candidat mais M. Eyadéma a décidé d’introduire des lois anti-démocratiques en excluant certaines personnes dont moi-même. Au sujet de ma candidature, mon parti m’a toujours proposé. Et de plus, quand on avait fait la coalition en 2005, il a été proposé que je sois candidat. Mais c’est quand ma candidature a été refusée que nous avons choisi Bob-Akitani. On ne se précipite pas et personne non plus ne force les membres de mon parti à choisir M. X ou M. Y comme candidat. Ce sont des décisions qui viennent du fond du cœur de certaines personnes qui pensent à tort ou à raison que je pourrais apporter des solutions à leurs problèmes. Parce que le Togo, comme vous le savez a d’énormes problèmes sur tous les points (économique, politique et social).

Mais ce qu’il faut noter est qu’il n’y a pas de dissension ou crise de succession au sein de l’UFC. Est-ce que vous en avez senti ici ? Il n’y en a pas eu. Il n’y a eu que des débats. Ce qui est normal du fait de la démocratie que nous voulons promouvoir dans notre pays. Nous ne voulons pas des gens qui soient sourds et muets. Nous voulons des gens qui expriment leurs idées et qui contribuent à la construction de leur pays. Il n’y a pas de dissension ni de précipitation mais il y a des discussions très vives à tous les niveaux de notre parti.

Que dites-vous par rapport à votre ouverture aux autres forces politiques et personnalités ?

Gilchrist OLYMPIO: Vous savez, nous disons que dans la maison de «l’Ablodé», il y a de la place pour tout le monde. Mais nous avons un manifeste aussi, une philosophie, une façon de voir notre pays. Et nous invitons tous les gens qui partagent notre vision à se joindre à nous. Si vous ne voyez pas les choses de la même façon, il n’y a pas de problème. Dans une démocratie, il faut tout accepter.
Mais pour l’instant, on ne peut pas répondre à votre question car jusqu’à maintenant, personne n’est venu nous proposer telle ou telle forme d’Association. Tout ce que nous disons, c’est qu’au niveau philosophique, nous disons venez.
Il y a quelques jours, l’UFC a fait un pas vers le CAR. On veut savoir la relation qui lie aujourd’hui les deux grands partis de l’opposition sachant que dans le temps, ils faisaient parties d’une même coalition. Cela est-il encore possible ? Et puis, nous voulons que vous reveniez sur la question de dissension au sein de votre parti. Car on parle de divergence entre Patrick Lawson et Jean-Pierre Fabre.

Nous n’avons pas de relations particulières avec le CAR, ni avec Me Agboyibo. C’est un parti politique et démocratique qui existe au Togo, qui a son point de vue. D’autres aussi ont leur point de vue. On ne les insulte pas. Eux non plus ne nous insultent pas. De temps en temps, il y a de petites frictions. Par exemple, avant de venir ici, il y a quelques semaines, j’ai eu trois, quatre minutes de discussion au téléphone avec Me Agboyibo. C’est juste pour avoir de ses nouvelles et savoir pourquoi il continue de nous critiquer dans les journaux. Ça a duré trois minutes et ce n’était pas méchant. On veut quand même vivre dans une démocratie apaisée où de temps en temps, on rencontre des gens qui ne partagent pas nécessairement vos opinions car personne n’a le monopole de vérité. L’UFC a une philosophie bien définie, et il ne faut pas oublier que nous sommes les héritiers d’une philosophie politique qui remonte très très loin dans notre histoire. La philosophie des parents qui ont lutté pour l’indépendance et nous continuons avec l’évolution de ces idées. Alors s’il y a des gens qui veulent s’associer avec nous, c’est avec grand plaisir.

Me Agboyibo, je l’ai vu la dernière fois, c’était à l’Ambassade de France, le 14 juillet. On a échangé un ou deux mots. Rien de méchant. Une ou deux blagues, c’est tout. Mais je vous assure que Me Agboyibo et son parti ne constituent pas des cibles pour l’UFC ni pour moi-même personnellement. Vous voulez savoir s’il y a dissension entre Patrick Lawson et Fabre. Je ne le crois pas. C’est deux hommes différents. Chacun a son tempérament. Donc, il n’y a pas de dissension. Nous partageons la même philosophie, les mêmes méthodes de lutte, et de temps en temps, on peut avoir de petites frictions. Mais rien de si grave, à mon avis.

Si votre parti remporte la présidentielle en 2010. Avez-vous les moyens pour revendiquer la victoire ?

Gilchrist OLYMPIO: Vous savez, chaque fois que l’UFC s’est présentée à des élections, nous avons gagné. Nous avons les chiffres, la Communauté Internationale a les chiffres. Mais nous avons les forces démocratiques représentées par nous-mêmes et la force brute de l’autre côté. C’est-à-dire on vient on dit comme ça se passe dans certains pays africains, que vous connaissez bien, que bon vous avez gagné mais nous, nous n’envisageons pas de quitter le pouvoir. Nous voulons rester. Ce dont nous parlons en ce moment, le but de notre lutte, c’est de tirer le pays de son ghetto. Que notre pays aussi rentre dans la communauté des nations civilisées. Que notre pays devienne démocratique avec la garantie pour le peuple d’avoir son mot à dire. Nous réussirons peut-être ou nous perdrons peut-être mais comme je l’ai dit en Mina, nous sommes en lutte depuis quarante ans et si une personne tombe, dix vont se soulever, si dix tombent, il y aura cent et si cent tombent, il y aura mille. Car il y a un mouvement dans le monde entier vers la démocratie, la liberté et le Togo tout seul ne peut rester en marge de ces grands mouvements qui sont en train de secouer toute la planète.

Quels sont les chantiers qui vous attendent dès la fin du congrès ?

Gilchrist OLYMPIO: Il y a des chantiers importants. C’est pour cela que nous sommes en train de forcer un peu la main du gouvernement à se mettre au travail. Je suis revenu du Burkina il y a une semaine. Et je me suis entretenu avec le Président Compaoré le facilitateur. Je lui ai dit que depuis novembre de l’année passée, nous n’avons pas eu de contact avec le gouvernement pour ce qui est des réformes institutionnelles et constitutionnelles, les pierres d’achoppement, ce sont des choses qu’on veut changer, et il faut le faire si on veut avoir la démocratie dans le pays. Ce chantier est très important et difficile. La CENI, il faut la réformer. Les CELI, la Cour Constitutionnelle. Même le parlement, avec 900.000 voix pour nous et 900.000 pour le RPT, nous, on n’a que 27 sièges et eux 50. C’est un découpage qui n’existe nulle part.

S’agissant du CAR. A-t-il été invité pour le congrès ? Si oui, quelle est la raison qui justifie son absence ?

Gilchrist OLYMPIO: Je crois que vous devez poser la question à Me Agboyibo. Nous, on a envoyé une invitation. Pour des raisons qui lui sont propres, il a jugé bon de ne pas venir au congrès. C’est dommage. On aurait voulu l’avoir avec nous et avoir un entretien avec lui. J’ai lu beaucoup de versions dans nos journaux. Les trois minutes de conversation téléphonique que j’ai eue avec lui ont été travesties. La presse a ses difficultés. Mais je dis toujours qu’il vaut mieux avoir une presse difficile que d’exister sans presse. Je dis toujours continuez votre travail même si des fois, vous présentez des choses qui ne sont pas tout à fait exactes.

Dans une correspondance à la presse, on apprend que M. Olympio a dit à Me Agboyibo à l’Ambassade de France qu’il croyait l’avoir aperçu aux Evala. Et que cela devrait justifier son absence au congrès. Qu’en est-il vraiment de ce volet du sujet ?

Gilchrist OLYMPIO: Au sujet des Evala, je n’ai jamais mis pied là-bas. Je ne savais pas que poser de question à quelqu’un sur Evala était une forme d’insulte. Moi je croyais que c’était une blague. Je croyais qu’il était à l’Evala aussi. Il dit qu’il n’y était pas. Mais la raison de se fâcher m’échappe moi. Parce que j’ai posé la même question à beaucoup d’autres personnes que j’ai rencontrées au Cocktail de l’Ambassadeur de France. Il y en a qui y étaient, d’autres non. J’ai été un peu étonné par les commentaires dans les journaux. Parce que je ne vois pas la logique derrière. Vous assistez à une fête, c’est votre choix. Vous décidez de ne pas y être, c’est aussi un choix. Je ne sais pas. Je crois comprendre que tous les ministres du gouvernement Gnassingbé devraient y être. Mais comme Me Agboyibo a été Premier Ministre, j’ai cru peut-être naïvement qu’il devrait être aussi aux Evala. S’il n’y est pas tant mieux, s’il y était, qu’il nous rende compte de comment ça se passe à ces hauts lieux.

Par rapport à 2010. Supposons que vous gagnez mais qu’on vous propose la solution Kenyane, c’est-à-dire la Primature au lieu de la Présidence. L’accepteriez-vous ?

Gilchrist OLYMPIO: Il est difficile de copier des solutions d’autres pays et essayer de les appliquer. Vous savez, la solution Kenyane au Zimbabwe ça n’a pas l’air de marcher. La question d’avoir un Premier Ministre de l’opposition est devenue presqu’une formule qu’on essaie d’appliquer à gauche et à droite. Non ! Nous, nous luttons pour qu’une philosophie, un parti se dégage et qui soit capable d’appliquer cette philosophie pour laquelle le peuple a voté. Si on n’arrive pas, nous allons continuer notre lutte et peut-être un jour nous serons à une position où notre philosophie ou manifeste – que je crois peut être le meilleur au Togo – sera appliquée. Vous savez quand on sera au bord du fleuve, on verra comment on va le traverser. A la Pirogue ? A pied ? Ou par le pont ? Mais on n’est pas encore à ce point là…

Propos recueillis par K. Ségniagbéto