03/07/2022

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Interview de Kofi YAMGNANE sur la situation au Togo « Une catastrophe comme au Rwanda »

© Propos recueillis le 29/04/2005 par Yves Drévillon

Selon le vice-président du conseil général du Finistère, il faut annuler cette élection contestée et « pleine de fraude ».

Ancien secrétaire d’Etat à l’Intégration et vice-président du conseil général du Finistère, Kofi Yamgnane, titulaire de la double nationalité française et togolaise, craint le pire dans le pays qui l’a vu naître et où se trouve encore sa famille. Il demande à la communauté internationale d’intervenir pour annuler les élections.

Comment vivez-vous la situation au Togo ?

« J’en suis malade, je ne dors plus, je viens de recevoir un message effrayant d’un ami togolais, les gens appellent « au secours », c’est la panique, c’est le génocide du Rwanda qui est en train de se mettre en route. Officiellement, on annonce quelques dizaines de morts, mais c’est très loin de la vérité, il faut multiplier ces chiffres par 10 ou 20. Les gens essaient de passer la frontière pour se réfugier au Bénin, mais les militaires leur tirent dessus à balles réelles, ils sont devenus fous. Je crains aussi pour ma famille, j’ai deux grands frères qui sont là-bas avec leurs épouses et leurs enfants, j’ai peur qu’ils les massacrent, car ils connaissent ma position d’opposant.

Va-t-on vers une guerre civile comme en Côte-d’Ivoire ?

Non, pour qu’il y ait une guerre civile, il faut que deux camps s’affrontent avec des armes. Or, ici, il y a l’ethnie du président actuel, les Kabye, qui est armée et, en face, celle de l’ancien président, les Ewe, qui se défend à mains nues. Les Ewe se font tirer dessus dans les champs. On risque d’assister à l’extermination d’une ethnie par une autre. C’est parti pour une catastrophe comme au Rwanda.

De quelle façon pensez-vous intervenir ?

Personnellement, je ne peux intervenir qu’auprès des instances internationales pour leur demander de faire arrêter ce carnage. Je m’adresse en ce moment à l’Union européenne, à l’ONU, à la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Le gouvernement français n’a pas choisi la bonne solution, en se lavant plutôt les mains. Michel Barnier a repris en fait la position de Kofi Annan, mais ce n’est pas parce que Kofi Annan est noir qu’il ne dit pas de conneries. Comment peut-on dire que les élections se sont déroulées normalement ?

Existe-t-il une clé, une porte de sortie au conflit togolais ?

Oui. Les Africains attendent beaucoup de la France, c’est d’abord à elle de demander d’arrêter la guerre, d’annuler cette élection contestée, pleine de fraude. La communauté internationale lui emboîtera le pas. Il faut ensuite nommer un administrateur, laisser le temps aux Togolais de se sortir de là, ils sont capables de se pardonner, de se réconcilier. Ils ont vécu 38 ans d’obscurité, ils peuvent attendre encore un ou deux ans pour faire retomber la pression. C’est seulement ensuite qu’il faudra partir pour des élections, en laissant les Togolais choisir leurs candidats, et les princes héritiers doivent se retirer.

Serez-vous candidat dans ces conditions ?

Si les Togolais me le demandent, je ne me déroberai pas. »

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