01/10/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

La nécessité et l’opportunité d’une nouvelle opposition démocratique au Togo

Les partis politiques togolais qui ont conduit la politique dominante de l’opposition depuis 1990 viennent d’enrichir leur palmarès des accords politiques en signant le douzième du genre ce 20 août 2006. L’accord entend résoudre le problème politique togolais, et remettre le pays sur la voie de la démocratisation. Tel a toujours été l’objectif assigné aux 11 précédents accords. Malheureusement, lesdits accords n’ont jamais apporté une solution acceptable, tout simplement parce qu’ils n’ont jamais posé les vrais problèmes politiques du pays.

La configuration du Gouvernement montre bien que le douzième dialogue a aussi conduit à l’impasse comme on le prévoyait. M. Faure Gnassingbe a fait de bonnes affaires. Grâce à cet « accord » de Ouagadougou, il est maintenant pleinement reconnu par la Communauté Internationale, en l’occurrence l’UE. Cette reconnaissance va se traduire pour lui par la reprise entière de la coopération financière avec l’Union Européenne qui est gelée depuis 1993.

Dans ce nouveau contexte politique où la quasi-totalité de l’opposition dite traditionnelle se retrouve aux côtés du régime dictatorial, et où l’accord du 12 août 2006 ne peut plus être ignoré par les différents acteurs politiques togolais et étrangers, il est urgent que les partis politiques et les organisations associatives qui se battent pour le changement politique au Togo reprennent le flambeau de la vraie opposition, celle qui aspire à la fin de la dictature et l’instauration d’une société démocratique appropriée pour le développement du Togo.

L’accord du 20 août 2006 redessine le paysage de l’opposition togolaise

La signature de l’accord du 20 août 2006 entre 5 des partis de l’opposition togolaise, et le régime de M. Faure Gnassingbé, et la formation du Gouvernement d’Union Nationale qui en a résulté, ont changé le paysage politique au Togo.

D’une part, par sa seule signature, les 5 partis ont posé un acte politique historique majeur, à savoir la reconnaissance et la présentation de M. Faure Gnassingbe aux yeux de la communauté internationale comme le président légal et légitime de tous les togolais. D’autre part, la participation au Gouvernement d’Union Nationale de ces 5 partis politiques pose la question de la nécessité et de l’opportunité d’une Nouvelle Opposition Démocratique face au régime et son Gouvernement d’Union Nationale.

L’accord a procuré à M. Faure Gnassingbe, la légitimité nationale et internationale

En effet, depuis sa prise de pouvoir à travers les élections présidentielles frauduleuses du 24 avril 2005 dans un bain de sang, M. Faure Gnassingbe était à la recherche de la légitimité populaire. Les circonstances de son ascension au pouvoir ont été si violentes, que même la communauté internationale n’était pas restée indifférente. Le rapport de la commission d’enquête de l’ONU² a bien donné le ton en stigmatisant les atrocités pré et post électorales de 2005 ayant pavé la voie à l’arrivée au pouvoir du fils de l’ancien dictateur Eyadema.

Jusqu’à la signature de l’accord, M. Faure Gnassingbe avait le pouvoir mais manquait de légitimité. En effet, il disposait de la force mais n’arrivait pas à se faire accepter par la communauté internationale. Il lui fallait donc absolument faire un semblant de geste d’ouverture. Et c’est précisément à ce niveau que l’opposition traditionnelle devrait montrer toute son ingéniosité en exploitant à fond la situation politique en se fondant sur le rapport de l’ONU pour poursuivre la lutte pour le changement démocratique. Malheureusement, les partis en question ont préféré dialoguer pour partager le pouvoir avec le régime de dictature.

Aucune volonté d’ouverture de la part du régime

Depuis le début du 12ème dialogue jusqu’à la signature de l’accord du 20 août, le régime a-t-il fait preuve d’une réelle volonté d’ouverture ? On a pourtant beaucoup parlé de réconciliation.

Comment peut-on réconcilier le peuple avec un régime qui n’a pas hésité à le massacrer pour se maintenir au pouvoir ? L’esprit et la lettre de l’accord du 20 août ainsi que et la configuration du gouvernement qui en est résulté ne montrent nullement une volonté politique du régime et de son armée d’aller vers une réconciliation nationale. Au contraire. Il est évident que le seul souci qui a poussé les partis d’opposition prenant part au dialogue à signer un tel accord est le partage du pouvoir avec le régime.

Comment peut-on comprendre que sur les 35 poste ministériels crées, 24 sont revenus au seul parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). A l’analyse de cette configuration du gouvernement, on peut conclure que l’on reste dans la continuité de l’ancien gouvernement.

Par ailleurs, comment peut-on réconcilier et regagner la confiance du peuple, si le nouveau ministre de la sécurité -le Colonel Atcha Titikpina – est un militaire toujours en fonction, et pire, un militaire associé par le Rapport de l’ONU, aux atrocités pré et post électorales ayant conduit M. Faure au pouvoir ?

Enfin, comment peut-on croire que dans un contexte politique où la totalité du pouvoir appartient à l’armée et au clan Gnassingbe, le Gouvernement d’Union puisse réaliser la qu’il s’est donnée qu’il s’est donnée ?

On peut se poser plusieurs autres questions du même type sans trouver de réponses.

La nécessité et l’opportunité d’une Nouvelle Opposition Démocratique au Togo

L’opposition dite traditionnelle qui se retrouve aujourd’hui au gouvernent – à l’exception de l’UFC³ , pourtant signataire de l’accord du 20 août mais qui n’y est pas encore – a opté depuis les années 1993 pour une politique floue qui ressemblait déjà fort bien à une politique de cohabitation avec le régime dictatorial. Et elle n’a pas cessé de la poursuivre dans ce sens, en dépit de l’inefficacité de cette politique. L’accord du 20 août et la structure du gouvernement concrétisent cette tendance cohabitationniste en la traduisant dans les faits.

A coté de cette opposition traditionnelle, certains partis politiques comme la CDPA-BT avaient toujours fait entendre un autre son de cloche. Ce parti n’a pas cessé de recommander une politique alternative d’opposition et une pratique politique conséquente. Aujourd’hui, d’autres partis politiques et des associations de la société civile se prononcent aussi pour une politique alternative pour réaliser le changement au Togo.

Maintenant que les partis qui s’étaient posés comme étant les seuls partis d’opposition dans le pays se retrouvent tous au gouvernement ou réclament d’y être, ils ne peuvent plus être considérés comme des partis d’opposition. La politique d’opposition dominante n’existe plus. Il importe maintenant que toutes les forces qui veulent le changement : les partis politiques, les associations, les syndicats, les confessions religieuses… se regroupent pour reconstruire une nouvelle opposition au Togo comme l’a toujours proposé la CDPA-BT.

La mission de la Nouvelle Opposition Démocratique

La nouvelle opposition doit d’abord définir sa politique de lutte pour le changement. Une telle vision doit se réaliser par une restructuration radicale de notre société et de son économie. Certains des objectifs à assigner à cette opposition sont :

* redonner confiance à la population en l’intéressant à la chose politique, pour qu’elle prenne à nouveau une part active à la lutte pour le changement démocratique à laquelle elle aspire ouvertement depuis 1990.
* servir de contre pouvoir solide au gouvernement en prenant appui sur la mobilisation populaire pour pouvoir réaliser le changement démocratique.
* s’imposer à la communauté internationale en tant qu’opposition dont il faut tenir compte.

Equipée d’une philosophie démocratique et d’une stratégie appropriée, la Nouvelle Opposition doit s’engager sur un agenda de l’opposition vis a vis du gouvernement. Un des premiers chantiers de cet agenda doit consister à scruter, à vérifier et à critiquer la nature libre et démocratique des élections législatives annoncées pour l’année 2007.

Les autres chantiers sur lesquels elle doit s’engager sont abondamment traités par M. Mkandawire et d’autres dans les publications de CODESRIA de l’année 2000. Je cite certains d’entre eux qui répondent au contexte politique actuel du Togo :

* la libre circulation de l’information
* l’encouragement de la culture du débat public
* l’institution d’un système de contrôle et d’équilibre des pouvoirs au sein des structures gouvernementales
* la décentralisation du gouvernement
* le respect des droits humains
* l’autonomie judiciaire et l’Etat de droit
* l’établissement d’un cadre légal adéquat
* la protection de la propriété
* le respect des contrats
* l’élimination de contrôles administratifs inutiles pour prévenir les abus et enrichissements illicites des bureaucrates
* la transparence dans les procédures et processus gouvernementaux
* la lutte concertée contre la corruption
* la rationalité dans les décisions gouvernementales, etc…

Comme on peut le voir, la politique d’opposition dominante menée depuis le début du processus de démocratisation au Togo a fait faillite. La présence aux côtés du régime de dictature, des partis ayant conduit cette politique, est la preuve de cet échec. Ces partis ne peuvent plus continuer par conduire l’opposition.

Il est donc nécessaire que tous les partis politiques, toutes les organisations associatives, tous les hommes et toutes les femmes qui aspirent à un vrai changement démocratique, se mettent ensemble pour définir et conduire la nouvelle politique de l’Opposition.

La Convention Démocratique des Peuples Africains Branche – Togolaise (CDPA-BT) a déjà fait dans ce sens des propositions précises qui se résument toutes par la nécessité et l’urgence de construire ensemble le Mouvement de la Force Alternative d’Opposition (MFAO) comme condition du développement pour une amélioration durable des conditions de vie de la population.

Elle invite toutes les forces qui veulent le vrai changement à la rejoindre pour construire ensemble cette Nouvelle Opposition dotée d’un Programme d’Activités qui assure un développement durable par le biais d’une démocratie appropriée dans notre pays.

Amsterdam, le 6 Novembre 2006

Kodzo GU-KONU
Secrétaire de la Commission de Travail pour la Préparation du Cadre Organisationnel du Mouvement de la Force Alternative d’Opposition (MFAO)

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¹ Kodzo GU-KONU, Secrétaire de la Commission de Travail pour la Préparation du Cadre Organisationnel du Mouvement de la Force Alternative d’Opposition (MFAO) initié par le parti politique d’opposition togolaise : la Convention Démocratique des Peuples Africains – Branche Togolaise (CDPA-BT).

² Rapport de l’ONU – 26/09/2005. Rapport de l’ONU sur les Présidentielles de 2005 au Togo (La Mission d’ établissement des faits chargée de faire la lumière sur les violences et les allégations de violations des droits de l’homme survenues au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005).

³ Union des Forces du Changement, le parti politique présidé par M. Gilchrist Olympio

Mkandawire, Thandika. And C. Soludo. Our Continent, our Future :African Perspectives on Structural Adjustment, Dakar : Codesria ; Ottawa : IDRC ; and Trenton : Africa World Press. 2000. Page 47

Voir l’échec d’une transition, les nouvelles perspectives de la démocratisation au Togo, Lomé, éditions de la CDPA-BT, mars 1995.

… des propositions précises qui se résument toutes par la nécessité et l’urgence de construire ensemble le Mouvement de la Force Alternative d’Opposition (MFAO) pour mettre fin à la dictature et instaurer la démoctratie au Togo