24/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Les dictateurs africains contraignent leurs peuples à l’exode

TRIBUNE LIBRE
Par Tido BRASSIER

LES DICTATEURS AFRICAINS DESAVOUES PAR L’EXODE MASSIF DES AFRICAINS VERS L’EUROPE ET D’AUTRES CONTINENTS.

Que se passe-t-il en Afrique à tel point que le continent se vide au profit des pays du nord depuis la fin des années 80 jusqu’à nos jours ?

Pour répondre à cette question qui parait à priori simple comme un phénomène banal de société sans envergure majeure, ou comme un simple fait divers relaté par-ci et par-là dans les médias européens au sujet des dossiers de logement, des squats d’immeubles par les sans abris, de la clandestinité des Africains en France et en Europe, et aux reconduites à la frontière liées aux différentes barrières de visas , il convient d’analyser d’une façon globale les conditions de vie des Africains sur leur continent, afin de comprendre les raisons de leur départ vers l’Europe comme solution à leurs problèmes. Bref, quelles sont les raisons liées à la volonté des Africains de fuir leur continent, pour aller vivre et se réaliser en France et en Europe ?

La plupart des pays africains sont indépendants vers les années 1960, sauf l’Algérie dont le processus douloureux au terme d’une longue guerre d’indépendance, a obtenu sa libération du joug colonial français en 1962.Dès lors, les régimes politiques mis en place dans l’euphorie collective des indépendances étaient rigidement calqués sur le fondement sans concession de « l’unité nationale » qui légitimait les partis uniques à l’exception notable du Sénégal.

De 1960 à 1990, soit pendant 30 ans, le règne des partis uniques en Afrique a engendré deux sortes de phénomènes politiques : le culte de la personnalité qui sera à la base de l’implantation des dictatures civiles et militaires, ainsi que les coups d’Etat répétés, qui ont fragilisé le développement économique en Afrique en créant et en généralisant des instabilités politiques.

L’Afrique étant prise dans l’engrenage de ces deux phénomènes, les élites civiles et militaires deviendront par la suite, des marionnettes dont les ficelles de commandes seront dirigées de l’extérieur à des fins purement économiques et stratégiques par les anciennes puissances coloniales.

Ainsi, tout compte fait, l’indépendance obtenue, est aussitôt hypothéquée par l’instabilité politique, et le désordre institutionnel créé par les partis uniques et les dictateurs africains.

L’Afrique est un continent composé d’une mosaïque de 52 Etats dirigés à 90% par des dictateurs. Près de 8,5 pays sur 10 sont dirigés, ou ont été dirigés au moins pendant vingt ans par des dictateurs depuis 1960. Certains pays comme la Guinée Conakry n’ont connu que des dictateurs depuis l’indépendance nationale, suivis d’autres, comme le Togo hormis la période allant de 1960 à 63 et un éphémère apaisement de 1963 à 1967.

Pendant quarante années de dictature, soit plus d’une génération, cette pratique du pouvoir va renforcer le sous développement économique, et la pauvreté chronique des Africains va s’amplifier.
Tandis que les pouvoirs se radicalisent en fonction de leur maintient dans la durée en développant des stratégies de répressions, en se militarisant fortement, les populations laissées à l’abandon, périssant dans la misère et l’insécurité, ont fini par être enveloppées de toutes les souffrances du monde, en tirant le continent vers le bas. La misère a atteint une telle ampleur que les Africains déçus par l’incompétence et les échecs successifs de leurs dirigeants, préfèrent s’en aller pour ne plus subir cette pauvreté.

Pour le célèbre musicien Nigérian Féla Ransome Kuti, qui s’exprimait sur l’Etat et la politique en Afrique à travers son album intitulé : Opposite People, « les dictateurs africains ont laissé l’Afrique dans la tristesse – en larmes – et dans le sang – (Them leave sorrow – tears – and blood) ».

L’absence de démocratie et l’Etat de droit en Afrique sont incontestablement la cause du désordre politique et institutionnel en vigueur actuellement sur le continent.
Ce désordre chaotique a pour première conséquence, l’arbitraire et la mauvaise gouvernance. Depuis les indépendances en Afrique, jusqu’en 1990, en l’absence de parlements, et même jusqu’aujourd’hui en présence des parlements monocolores en lieu et place des partis uniques, il n’existe aucune commission parlementaire digne du nom. Les lois sont faites en fonctions des intérêts des dictateurs sur propositions des juristes mercenaires étrangers, soumises au vote « des bêtes sauvages » sans débats contradictoires préalables. Il faut noter que très souvent, les partis uniques ont gouverné l’Afrique par décrets, arrêté, circulaires et notes de services.
De toutes les façons, les arrestations arbitraires, les tortures, les emprisonnements sans jugements attendent les opposants, les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme ainsi que les dissidents du système qui ont intérêt à garder le silence plutôt que d’apporter critiques et dénonciations pour améliorer les textes de loi.

Ainsi, l’insécurité politique entraine chaque jour l’insécurité alimentaire et la mal nutrition. En ne se souciant que de l’équipement des forces armées et de sécurité en ce qui concerne l’achat des chars d’assaut, des jeeps, et des hélicoptères de combats, à des fins de répressions politiques pour se maintenir au pouvoir quoiqu’il arrive, le secteur agricole est abandonné dans une telle ruine avec des outils archaïques, dont le faible rendement est tellement insuffisant par rapport à la demande nutritionnelle des populations ; alors que dans le même temps, la population augmente trois fois plus vite que la production agricole, d’où les famines successives et la dépendance alimentaire de l’extérieur. Il faut se souvenir au passage que l’agriculteur africain, non assisté par l’Etat, avec la houe et ses pauvres bras, était déjà en difficulté technique par rapport à un environnement hostile, caractérisé par la sécheresse qui rend les sols arides et par conséquent non cultivables.

L’insécurité alimentaire, qui est responsable des maladies par carence en Afrique, va aggraver l’insécurité sanitaire à la grande indifférence des dictateurs. Tenez pour exemple, au moment où toute l’Ethiopie mourrait de faim dans les années 80, le dictateur Mengistu Hailé Mariam égorgeait plusieurs moutons par jour pour nourrir ses lions au palais présidentiel, qui sont le symbole de sa dictature militaro-marxiste.

Les budgets excessivement lourds des ministères de la défense en Afrique, pénalisent l’équipement des hôpitaux qui se retrouvent démunis face à la demande de plus en plus grandissante de soins des populations qui ne possèdent pas à la base, la couverture médicale, et qui sont exposées à la « débrouille thérapeutique », devenue la médecine officielle, parallèle à la santé publique, qui vide les hôpitaux de leurs patients. Moralité, les médecins dépouillés de moyens techniques et sans équipements partent en direction de la France et l’Europe.

Au Togo, par exemple, une simple radiographie des poumons ou du fémur peut prendre deux ou trois jours pour se réaliser, si toutefois, et avec de la chance, les appareils fonctionnent normalement au moment du besoin. En la matière, les dirigeants ne se sentent pas concernés, ni leur famille, car ils sont abonnés aux meilleurs soins dans les plus grands hôpitaux européens et américains, et disposent des assurances maladies les plus sophistiquées au monde.

Les dictateurs africains dont Félix Houphouët-Boigny, le Maréchal Mobutu, le Général Eyadema, Idi Amin Dada, Sani Abacha, Sékou Touré, se soignaient dans des cliniques privées en France, en Italie, en Israël, et en Amérique où ce dernier est décédé dans l’hôpital hyper équipé de Cleveland aux Usa lors d’une opération de l’aorte, preuve de leurs soins à l’étranger et non chez eux en Afrique. On ne pourra pas oublier le Général-Président Lansana Conté dont le séjour en Europe pour des raisons de santé dépasse parfois deux mois d’affilé, ainsi que d’autres dictateurs encore aux affaires malheureusement en Afrique. Les lieux de naissance des enfants de dictateurs sont pour la plupart les grandes villes européennes où les grossesses de Mesdames les « premières dames » d’Afrique sont suivies jusqu’à l’accouchement, dans des cliniques privées extrêmement couteuses pour le contribuable africain. Beaucoup sont encore abonnés pour leur soin à l’hôpital américain de Neuilly où ils défilent tous les ans pour des bilans de santé, car chez eux en Afrique, ils savent très bien qu’ils mourront facilement d’une grippe ordinaire comme le commun des Africains.

A cette insécurité sanitaire, le taux d’analphabétisme et d’abandon de la scolarité a attient les records les plus vertigineux, avoisinant près de 65% de nos populations nationales. A la masse des analphabètes et des déscolarisés, s’ajoute la masse des chômeurs, ainsi, lycées, collèges et universités se vident au profit de la rue, augmentant ainsi la vie de précarité qui nourrit le banditisme, l’insécurité, l’incivilité et la prostitution.

Les trésors publics sont pillés, l’Etat n’arrive plus à payer ses fonctionnaires, les arriérés de salaires atteignent près de 10 mois dans certains pays dont le Togo, avec pour conséquence, la baisse du pouvoir d’achat qui pénalise la consommation des ménages et les économies nationales déjà fragilisées par la mondialisation. Quant à l’épargne, elle n’existe quasiment nulle part en Afrique dans la pratique.

Le Général-dictateur togolais, tout comme son homologue ivoirien Houphouët-Boigny, avaient coutume de distribuer des billets de 500 francs français aux Togolais et Ivoiriens lors de leurs séjours privés ou officiels en France. C’est la pratique de la corruption à grande échelle, une corruption de masse à des fins électorales, dont les sommes avoisinent les 75 millions de francs Cfa par distribution, dans des amphithéâtres parisiens loués pour la circonstance.

Les célèbres dessins animés de « Kirikou et la sorcière », ainsi que la dernière, « Kirikou et les bêtes sauvages » au sujet de l’Afrique, qui ont connu un succès énorme auprès des touts petits et les jeunes en Europe et dans le monde, sont une réalisation belge et non africaine. Les réalisateurs et metteurs en scène africains, manquent cruellement de budgets et moyens dans leur métier, de plus, les dictateurs africains méprisent la culture, la preuve en est la destruction du centre culturel allemand (l’Institut Goethe) au Togo par la junte militaire des Gnassingbé, en avril 2005.

L’Africain n’a plus désormais qu’un rêve, partir en Europe pour se réaliser, même s’il est pertinemment conscient des difficultés qui l’attendent de l’autre côté de l’atlantique. Ce qui le rassure dans cette option qui est devenue pour lui une nécessité, c’est ce raisonnement par rapport à l’autre voisin dont le parcours en Europe est couronné de succès, à qui il rend visite lors des vacances en Afrique. Pour lui qui passe des journées difficiles à chercher du travail, aller « glander » en Europe s’il le faut est une réussite, et de surcroit, il pourra toutefois disposer des meilleurs soins pour sa santé. Ainsi, sauve qui peut, le signal est donné à qui veut partir par des radeaux au large de l’atlantique, à pieds dans le désert du Sahara, ou en s’accrochant aux trains d’atterrissages des avions : tous chemins mènent à Rome semble-t-il.

L’Afrique vit au rythme de cette pagaille orchestrée par les partis uniques et les dictatures civiles, militaires et monarchiques qui se sont arrangées avec les réseaux mafieux internationaux pour saboter la démocratisation légitime revendiquée par les populations africaines aux travers des conférences nationales souveraines initiées dans les années 1990 pour permettre un développement rationnel, équilibré et partagé sur le continent.

Le monde a su accompagner le vent de démocratie qui a soufflé sur l’Europe de l’Est après le chute du mûr de Berlin à travers la perestroïka déclenchée par Mikhaïl Gorbatchev en Union Soviétique en 1985, mais il a su rester indifférent face à l’Afrique qui réclamait exactement la même chose : c’est-à-dire se débarrasser de son « mûr » de dictateurs et des assemblées monocolores qui ont remplacé les partis uniques, et qui l’empêchent de se développer.

Les sommets Franco-africains successifs, transformés en « casting » de dictateurs qui se plaisent à s’afficher le plus près possible des différents locataires de l’Elysée selon leur ancienneté, qu’ils aiment désigner eux-mêmes par le terme « doyen des chefs d’Etat », prouvent bien qu’il n’existe aucune bonne volonté réciproque à la base pour sortir l’Afrique de sa pauvreté. Quel intérêt pour Madame Ellen Johnson-Sirleaf, démocratiquement élue présidente de la république du Libéria, de s’afficher aux côtés des dictateurs africains au dernier sommet Franco-africain de Bamako en 2006 ? Quel sera demain l’intérêt pour Yayi Boni, président de la république du Bénin, démocratiquement élu, d’assister au prochain casting du syndicat des dictateurs africains à Cannes, les 15 et 16 février 2007, alors que tous les deux disposent du « crédit de démocratie », par conséquent en avance sur le reste du continent ?

De l’OUA à l’Union Africaine, l’unité de l’Afrique peine à se réaliser à cause justement de ces nombreuses dictatures qui créent et entretiennent les guerres et conflits armés sur le continent avec la complicité des puissances extérieures.
Pour les instances dirigeantes du continent, il suffit de décréter la mort de l’OUA, et en créant l’Union Africaine, les frontières tomberont d’elles mêmes pour créer l’unité du continent sans aucune condition préalable.

Notons à ce sujet que l’Union Européenne s’est faite d’une façon progressive, et par étapes successives, d’abord entre l’Allemagne et la France, auxquelles ont rejoints l’Italie, la Belgique, puis d’autres pays européens qui ont choisi d’observer les critères d’admission dont la démocratie ainsi que l’existence des parlements et d’élections libres et démocratiques. Il faut savoir que l’adhésion de l’Espagne et le Portugal à la communauté européenne, a été longtemps retardée jusqu’en 1982, pour cause des dictatures de Franco et celle de Salazar.

En Amériques, les Etats-Unis, se sont constitués à partir de l’indépendance des 13 premières colonies libérées par les Colons britanniques et européens sur la côte atlantique, pour arriver vers les années 70 à une fédération de 50 Etats avec l’entrée des Iles Hawaï.
A l’inverse, en Afrique, tout se passe comme dans l’ex URSS dont l’union était faite dans la hâte, sur des bases géopolitiques et stratégiques dans une confusion idéologique marxiste léniniste et staliniste, caractérisée par le parti communiste, qui en somme est un parti unique dirigé dans un sens unique par le secrétaire général du comité central de l’union soviétique, qui n’était rien d’autres qu’un dictateur, une union qui a connu très vite ses limites et son effondrement dans les années 90.

Aux vues de ces expériences, pourquoi notre unité continentale ne partirait pas de l’exemple du couple Franco-allemand s’agissant de l’Union Européenne, par le trio constitué des trois pays démocratiques qui respectent les lois de l’alternance sur le contient, à savoir le Sénégal, le Bénin et le Ghana ? Pour s’étendre, étape par étape, aux autres Etats qui respectent les mêmes critères de démocratie ? Et l’exemple de ce trio devra être encouragé par la banque mondiale, le FMI, les USA, l’Union Européenne et les Nations Unies.

A force de réprimer, en maintenant les populations dans la pauvreté, les dictateurs ont fini par radicaliser les oppositions, en les transformant pour la plupart en rébellions armées nourries de l’extérieur. L’Afrique entière est devenue ainsi, un continent de guerre et d’instabilité.
La Côte d’Ivoire, coupée en deux depuis le coup d’Etat manqué en 2002, transformant la moitié nord en rébellion dirigée par un chef de guerre n’est qu’une conséquence de la longue dictature du parti unique et son fondateur Félix Houphouët-Boigny, qui a su construire la plus grande basilique en Afrique pour masquer la pauvreté réelle de son pays, tout comme le sacre de Bokassa qui n’était qu’une façade. Aujourd’hui, le peuple affamé, se réveille en Côte d’Ivoire les armes à la main, voilà de quoi Gbagbo hérite !!!

Le monde s’est débarrassé des Milosevic, des Ceausescu, des Jaruzelski, des Salazar en Europe, pourquoi n’en serait-il pas de même en Afrique ? L’Afrique n’y arrivera que lorsque les parlements remplaceront les casernes, comme en Serbie, en Croatie, en Roumanie, en Pologne, au Portugal. Ce n’est que dans ces conditions que l’Afrique deviendra attractive pour charmer avec plus d’intérêts son peuple de la diaspora gémissant dans la souffrance, en larmes, en France, en Europe et dans le monde depuis bientôt trois générations. Elle doit pouvoir solder son déficit démocratique aggravé, avant d’aller vers les grands agrégats, et non l’inverse, si non, elle s’abimera davantage.

L’échec des politiques d’ajustements structurels imposés à l’Afrique par le FMI et la banque mondiale, ainsi que la non intégration économique du continent au sein de la mondialisation en passant par la détérioration des termes de l’échange, ne sont qu’une conséquence des nombreux déficits de démocratie qui sévissent en Afrique. Le mauvais exemple togolais illustre à tout point de vue cet échec dramatique du continent.