24/09/2022

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La Guinée: suite ou fin de la dictature ?

Ce n’était qu’une mi-temps, le bras de fer continue et se durcit entre le peuple guinéen et le général-président dictateur Lansana Conté, et cette fois-ci, les syndicats, l’opposition et les forces vives du pays, demandent son départ à la tête de l’Etat.

Les raisons de cette prolongation de la grève? L’annonce par le président Lansana Conté de la nomination d’Eugène Camara, un fidèle d’entre les fidèles au poste de Premier Ministre, alors qu’il était question, d’un commun accord avec les syndicats lors des négociations du 27 janvier 2007 à Conakry, de la désignation d’une personnalité neutre à la tête du gouvernement, c’est-à-dire un homme de « consensus » pour reprendre les terminologies exactes de l’accord.

Un premier ministre dont les prérogatives essentielles seraient de garantir la séparation des pouvoirs, en libérant notamment l’institution judiciaire, afin de lutter contre la corruption, ne saurait être incarné par un homme de paille et de sérail. Les syndicats et le peuple guinéen y voient, la violation flagrante des accords de Conakry, avec une volonté déterminée de conservation du pouvoir quoi qu’il arrive en méprisant les revendications légitimes d’un pays à bout de souffle, laminé par la pauvreté créée et entretenue par la dictature en place depuis 1984.

Il est clairement stipulé dans les accords du 27 janvier 2007 mettant fin aux manifestations que : « le premier ministre doit être un Haut Cadre Civil, compétent, intègre, et qui n’a été ni de près, ni de loin impliqué dans des malversations ».

En refusant de joindre les actes à sa parole donnée aux syndicats lors des négociations du 27 janvier 2007 à Conakry, le dictateur guinéen emboite le pas au dictateur togolais Eyadema, qui déclarait conformément à l’accord cadre de Lomé signé en 1999, de ne plus « solliciter un troisième mandant en 2003 », que lui interdisait la constitution : Ce qu’il n’a jamais respecté, même si sa parole d’officier était engagée devant Jacques Chirac et devant les caméras de télévisions du monde, qui en étaient témoins. Bien sûr qu’il a fini, en violation flagrante des accords, par modifier la constitution pour être réélu en 2003 en fraudant massivement et sans vergogne : un dictateur n’a pas de parole d’honneur.

En Guinée comme au Togo de la junte militaire des Gnassingbé, les dictateurs se moquent éperdument du peuple et des accords signés avec les syndicats et l’opposition, ce qui est important à leurs yeux, c’est de tout ramener à leur contrôle, comme si le pouvoir est une exclusivité revenant à leur seule famille ou clan.

Le Général-Président Lansana Conté, âgé de 73 ans, dictateur malade, diabétique et souffrant également d’une leucémie depuis quelques années, tout comme Eyadema, souffrant de la prostate et du cancer de la gorge jusqu’en 2005, compte conserver le pouvoir jusqu’à la fin de son troisième septennat en 2010, et n’entend pas céder à la pression populaire qui réclame son départ.

Malgré la « boucherie humaine » depuis le 10 janvier qui s’élève à près de 90 morts, le dictateur est décidé à dresser de nouveau l’armée contre les manifestants, tel qu’un « Dracula » assoiffé de sang, parce qu’il n’a pas encore atteint le record de la junte militaire togolaise en avril 2005 qui était de 500 morts selon les Nations Unies.

Le peuple guinéen a doublement raison de réitérer cette grève légitime, qui est par ailleurs à son honneur, malgré les sacrifices énormes en vies humaines, car face à une dictature sous sanctions économiques depuis 2004, il n’y pas lieu de céder à l’hypocrisie et aux caprices criminelles d’un dictateur minable à bout de souffle, et en voie de disparition. Tant qu’à faire, le peuple qui aura déjà consenti au sacrifice suprême, doit naturellement poursuivre sa marche jusqu’à la victoire finale.

Ce qui se trame en Guinée, c’est ce nouveau scénario de la succession monarchique à la togolaise, quand on considère, l’ampleur de la répression et les responsabilités prises par le capitaine Ousmane Conté, le fils du dictateur malade, défendant le pouvoir archaïque et vacillant de son père, en se positionnant pour capter « son héritage » dans la terreur comme Faure Gnassingbé au Togo en 2005. Le Togo et la Guinée font honte à l’Afrique ! ! !

Le peuple guinéen a enfin raison de demander le départ du despote qui l’a affamé pendant des décennies, et n’entend pas prolonger cette misère jusqu’en 2010, il y va de sa survie.

Par Tido BRASSIER