01/10/2022

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Les élections de 2010 au Togo: Leçons du Gabon

Ce par quoi l’alternance au pouvoir peut survenir en 2010, ce sont les réformes constitutionnelles et institutionnelles, auxquelles il faut ajouter la grave question de l’impunité et de l’armée.

Sans surprise, Ali Bongo est donc proclamé l’élu des présidentielles au Gabon. Dès cette proclamation, comme pour parer à la colère prévisible de la population, Ali Bongo a déclaré : « On ne peut pas manifester impunément au Gabon ». L’armée est alors envoyée à Port-Gentil pour y mater les manifestants. Des morts. Libreville est étroitement quadrillée par les militaires. Comme au Togo en 2005, le fils a succédé au père. La dérive monarchique s’est accomplie au Gabon aussi.

Une opération « Gabon villes mortes »

Les partis de l’opposition gabonaise savaient que tout était mis en place par Bongo-père pour que son fils lui succède en usant faussement des urnes. Ils savaient donc à l’avance ce qui sortira des urnes. Ils ont pourtant décidé de participer aux élections. « On ne boycotte pas les élections ! » se sont-ils certainement dit eux aussi, comme les leaders du courant dominant de l’opposition togolaise l’ont toujours dit à la veille de chaque élection présidentielle.

Une fois les résultats proclamés, les partis en compétition avec Ali Bongo ont tout naturellement dénoncé la fraude (qui est évidente), en sachant bien qu’il n’en sortira rien. Et ils ont déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle qu’ils savent être un instrument du pouvoir en place depuis plus de quarante ans.

Mais surtout, le 11 septembre 2009, ils décrètent une opération « Gabon villes mortes », mot d’ordre auquel le pouvoir a répondu en intimant l’ordre à la population d’aller travailler et, indirectement, en menaçant de représailles ceux qui suivraient le mot d’ordre de grève. Aux dernières nouvelles, le mot d’ordre décrété par l’opposition n’aurait pas été suivi. A Libreville comme à Port Gentil, il n’y aurait pas eu grève.

Du Gabon au Togo

Ces fait méritent de retenir l’attention des leaders du courant dominant de l’opposition togolaise et celle de tous ceux qui croient dans le pays qu’avec un candidat unique et une bonne CENI, la partie est jouée d’avance au profit de l’opposition, et qu’il suffit donc de « bien voter », de « bien compter » et de « bien restituer », de « rassembler » autour d’un candidat unique pour que l’alternance politique se réalise en 2010. Il est vrai que l’opposition gabonaise (qui est en réalité indéfinissable) ne s’est pas donné un candidat unique pour affronter Ali Bongo. Il y eut au départ 23 candidats pour une population totale de moins de 1,3 millions d’habitants, une pléthore de candidature significative d’un état donné de la situation politique laissée par Omar Bongo au Gabon. Le nombre des candidats est certes passé de 23 à 3 au bout de la course, avec Pierre Mamboundou sensé représenter « l’opposition », André Mba Obame ayant été un des hommes forts du régime despotique de Bongo.

Mais, même s’il y avait eu au Gabon un candidat unique identifié comme tel, les élections auraient donné le même résultat, à partir du moment où le système mis en place par Bongo pour se maintenir au pouvoir pendant plus de quatre décennies est resté intact, aucune réforme institutionnelle n’étant intervenue au lendemain du décès de ce dernier.

Sans les réformes, l’alternance en 2010 n’est qu’un mirage

Pour en venir au Togo dont la situation politique ressemble si bien à celle du Gabon, ce qui détermine fondamentalement la probabilité d’une alternance en 2010 n’est ni la composition de la CENI, ni la dévolution de la présidence de la CENI à un opposant, à un des deux partis de l’opposition parlementaire ou non, ni « l’assouplissement » des conditions d’éligibilité en termes de double nationalité et de quitus fiscal, ni même la candidature unique et le « rassembler » autour d’un homme.

Ce par quoi l’alternance au pouvoir peut survenir en 2010, ce sont les réformes constitutionnelles et institutionnelles, auxquelles il faut ajouter la grave question de l’impunité et de l’armée. Le régime n’acceptera jamais de bon gré de faire ces réformes et de prendre des dispositions claires pour éradiquer l’impunité. Cela se comprend : il n’est pas facile de creuser soi-même la tombe dans laquelle on veut vous enterrer.

L’opposition parlementaire est trop faible face au RPT pour « obtenir » ces réformes. Aucun parti d’opposition pris isolément ne peut y parvenir. Aucune de ces types de « coalition » que l’on a vus dans le passé non plus. Seule, la masse des opposants organisée en un mouvement transparti peut amener le régime à engager ces réformes. Comme on le voit, d’où qu’on parte, on en vient toujours à la même idée : celle du MFAO en tant qu’organisation citoyenne. Dans un régime de dictature du genre de celui du Togo, ou du Gabon, ou d’ailleurs sur le continent, la force de l’opposition réside dans la force organisée de tous ceux qui subissent l’oppression.

Lomé, le 22 Septembre 2009.

Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
E. GU-KONU