03/07/2022

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Pr GU KONU: « La reprise de la coopération ne résoudra pas le problème politique togolais »

L’évolution de la situation politique au cours de l’année 2004 est allée dans le même sens qu’en 2003. Elle est restée constamment défavorable à l’opposition. Le rapport des forces est toujours demeuré en faveur du régime d’oppression.

En plus, le processus des consultations, ainsi que la reprise en vue de la coopération constituent une nouvelle légitimation apportée par l’Union européenne au pouvoir en place. Ce n’est pas pour rien que le régime crie victoire depuis le 16 novembre et devient plus arrogant qu’avant.

La lutte pour la conquête des libertés démocratiques est une longue lutte. La nôtre était partie pour être d’autant plus difficile qu’elle se déroule dans un environnement international plutôt favorable aux forces conservatrices. Celles-ci entendent conserver le statut quo mondial aux dépens des peuples dominés afin de continuer de les tenir sous tutelle et maintenir dans l’incapacité de progresser. C’est ce qu’elles appellent la  » stabilité politique « .

Ceux qui croyaient qu’il suffisait d’aller à la conférence nationale, ou de dialoguer ou d’aller à n’importe quel type d’élection et dans n’importe quelles conditions politiques pour que tout soit réglé l’on peut-être compris maintenant à leur propre dépens, et malheureusement aux dépens aussi de tous ceux qui aspirent à la démocratie pour le développement du pays.

L’Union européenne ne pouvait pas faire plus qu’elle n’a fait en suspendant en 1993 sa coopération avec le régime de dictature pour déficit démocratique. Il est évident que Bruxelles ne pouvait pas se permettre de maintenir indéfiniment ses sanctions contre Lomé. Des impératifs inavoués le lui interdisent et lui imposent d’en venir à la  » normalisation « de ses relations avec le régime, même si ce doit être aux dépens des aspirations des Togolais aux libertés démocratiques et à un Etat de droit réel.

Il revenait à l’opposition togolaise de mettre à profit cette décision de suspension pour procéder à une mobilisation politique responsable de la population, afin de renforcer et d’accélérer autant que possible la lutte pour la fin du régime de dictature.

Mais la politique d’opposition dominante conduite dès avant la conférence nationale par quelques chefs de parti avait fait tout le contraire. Elle a préféré la course concurrentielle pour le pouvoir tout de suite, au difficile travail de mobilisation politique. Elle a écarté de la lutte politique la masse de la population, au lieu de préparer celle-ci par un effort d’organisation tendant à faire d’elle une force politique capable d’exercer une pression soutenue.

A la place de la pression populaire, elle a préféré la voie électorale exclusive, plus facile et plus conforme à l’esprit de compétitivité pour le pouvoir. Elle a ainsi divisé les opposants en en faisant autant de clientèles électorales pour des leaders rivaux engagés tête baissée dans la course pour la présidence de la République. Elle a cru, avec une naïveté politique déconcertante, que le Togo était encore en 1958, et que l’Organisation des Nations Unies pouvait encore faire aujourd’hui ce qu’elle avait fait à l’époque pour contribuer de façon décisive au succès des partis nationalistes sur le parti colonial…

La CDPA-BT dénonce la tendance qui cherche à substituer au problème politique posé par le peuple en octobre 90, celui des sanctions de l’Union européenne, et à faire croire que tout est désormais réglé avec la reprise de la coopération. Le problème prioritaire du Togo n’est pas actuellement un problème économique, mais un problème politique, celui d’une réelle démocratisation du système politique du pays. Tant que les Togolais n’auront pas réglé ce problème politique, aucun développement réel n’est possible ; et la masse de la population continuera de vivre dans la pauvreté et à la misère. L’Union européenne avait en effet apporté son aide financière au Togo depuis 1965 au moins. Si le régime avait été démocratique, cette assistance financière du Fonds Européen de Développement (FED) aurait contribué à engager le pays dans la voie d’un développement irréversible.

Le problème politique togolais n’a donc pas sa solution dans une reprise de la coopération, d’autant plus que cette reprise apporte en fait une nouvelle légitimité à la vieille dictature restaurée.

La CDPA-BT réaffirme que la solution au problème politique togolais ne viendra pas non plus des législatives annoncées, pas plus que des locales et des sénatoriales qui vont probablement suivre. En admettant même que les législatives en vue donnent la majorité parlementaire aux partis de l’opposition, il est évident que cette majorité ne pourra pas réaliser le changement démocratique dans ce contexte politique bétonné par de pseudo institutions démocratiques montées par le régime pour s’agripper au pouvoir et perdurer.

Par ailleurs, c’est chercher à abuser une fois de plus l’opinion que de faire miroiter le rôle éventuelle d’une minorité de blocage à l’Assemblée. Tout le monde sait que dans le régime actuel, une minorité de blocage ne peut jouer que sur des questions sans importance. Elle ne parviendra donc jamais à modifier le rapport des forces en faveur de l’opposition réelle.

La CDPA-BT réaffirme que les législatives en vue, de même que les locales et les sénatoriales qui vont suivre, conduiront au mieux à un système de cohabitation, un système dans lequel l’opposition parlementaire sera en plus réduite à ne jouer que le rôle de la 5e roue en faveur du pouvoir en place.

Heureusement, la grande masse des opposants sait qu’elle ne s’était pas insurgée en 1990 pour revendiquer un système politique fondé sur la cohabitation d’une opposition parlementaire avec le régime de dictature. Elle poursuivra la lutte politique pour la fin de la dictature si elle réussi à se donner une nouvelle politique d’opposition.

Lomé, le 10 Janvier 2005

Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. Emmanuel GU-KONU

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