28/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Saint-Malo et les étonnants

Chaque année, pendant cinq jours, Saint-Malo
se laisse emporter au rythme des voyageurs du
monde entier. Cinq jours de fêtes, de
rencontres, d’échanges, autour d’écrivains,
peintres ou photographes, tous ceux qui ont fait
du voyage un principe de vie.

Mais Etonnants Voyageurs n’est pas qu’un port d’attache pour baroudeurs en
partance. Le festival voyage aussi et s’est bâti des escales à travers le monde de
la littérature : Missoula, Dublin, Sarajevo, et Bamako, la petite dernière, à l’honneur
cette année, pour la treizième édition du festival, consacrée à l’Afrique.

Plusieurs sites, répartis à travers la ville, se partagent expositions et animations,
mais c’est le Palais du grand Large qui fait l’événement, regroupant débats, tables
rondes, cafés littéraires et enregistrements publics pour France Inter ou France
Culture. En face du Palais, des chapiteaux accueillent le salon du livre avec ses
deux pôles : littérature générale et littérature jeunesse. On y rencontre éditeurs et
écrivains mais aussi tous les passionnés de lecture, qui de stand en stand,
n’hésitent pas à conseiller les indécis ou réorienter un choix.

Cette année, le débat s’est fait plus politique. Par la force des choses. La
littérature africaine est une affaire politique ; écrire est politique, lire est politique.
Au-delà du voyage et de l’exotisme, ce fut le sens d’une bonne partie des débats :
« Entre deux mondes », « Ecrivains d’Afrique face aux tabous », « Politique-fiction » ou
« Ecrivains dans un monde en guerre », il n’échappe à personne que la littérature
africaine d’aujourd’hui se construit sur un continent bouleversé, en proie à la guerre,
à la famine, à l’arbitraire. Comment, dans ce contexte, donner du sens à l’écriture ?
Comment écrire dans des pays sans lecteurs ? Comment éditer malgré des
politiques culturelles asphyxiantes ? Moussa Konaté, co-organisateur malien du
festival, dirige, à Bamako, les éditions du Figuier. Il finance de ses deniers cette
maison d’édition qu’il tente de faire survivre comme le symbole d’une culture
africaine indépendante ; pas de correcteurs, pas d’imprimeurs, une distribution
inexistante en dehors de la capitale, une taxation rédhibitoire. Mais, ajoute
Aminata Sow Fall, qui a fondé à Dakar les éditions Khoudia, ces initiatives sont
là aussi pour réagir au principe selon lequel le développement ne passe que par le
ventre. Pour d’autres, comme le Togolais Sami Tchak, être édité en Afrique relève
de l’utopie. Le principal est d’être entendu. C’est sans doute ce que souhaiterait
Kossi Efoui, qui ajoute à tous ces obstacles celui d’écrire du théâtre, « le seul
espace de liberté ». Dans un pays sans éditeurs, où tous les médias sont aux
mains de l’Etat, « j’ai fait, dit-il, de la matière politique une contrainte esthétique ».
Sa première pièce sera montée à Lyon à la rentrée prochaine.

Pour les éditeurs français, en revanche, l’Afrique s’affiche. Chez Actes Sud, au
Serpent à Plumes, ou dans la nouvelle collection Continents Noirs chez Gallimard,
les jeunes auteurs africains trouvent leur public. L’audience reste pourtant
restreinte, parfois confidentielle. Alors parions ! Et si la littérature africaine trouvait
son nouveau souffle dans le noroît de la cité corsaire ? Les voyageurs n’ont pas fini
de nous étonner !

En illustration, l’affiche du festival 2002, un tableau de Thomas Baines intitulé Chasse au buffle
devant les chutes Victoria, fleuve Zambèze (1862)