25/06/2022

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PAUL AHYI : Mutations permanentes

Peintre et sculpteur, a 73 ans, ce grand monsieur de l’art togolais, récemment exposé à Lomé, prouve qu’il sait rester en phase avec son époque. Une évolution qu’il a toujours revendiquée.

Il a le cheveu grisonnant, la calvitie galopante, une petite santé, et 73 années au compteur. C’est un personnage exceptionnel qui continue à peindre, à sculpter et, surtout, à produire ses oeuvres, comme il l’a fait du 3 au 15 juin au Centre culturel français (CCF) de Lomé, la capitale togolaise. Loin de s’être endormi sur sa notoriété internationale, Paul AHYI étonne. Celui qui a exposé aux quatre coins de la planète, a conçu et réalisé le drapeau et les armoiries du Togo et ceux de bien d’autres pays -, et avait habitué le public aux formes provocantes de ses phallus et corps de femmes, est passé du matériel à l’immatériel. En ce sens, l’exposition de nouvelles sculptures est, pour lui, une étape essentielle. Avec elles, Paul AHYI a pris le parti de faire dialoguer le passé et le futur de l’Afrique et de l’humanité. Il dompte les éléments de la nature pour leur donner une autre vie, une autre dimension.

Les oeuvres exposées sont constituées des matériaux très simples qui n’ont plus aucun secret pour lui: bois, bronze, laiton. ..Il réalise aussi des céramiques faites avec de l’argile de Bassar, issue d’une région du nord du Togo, et qui peut cuire jusqu’à 1400 degrés sans se déformer, matériau qu’il incruste de perles sur céramique…

A voir ces sculptures, on se dit que Paul AHYI détient la clé du mariage de la modernité et de la tradition. L’artiste parle de métamorphose nécessaire dans « notre propre façon d’appréhender le réel aujourd’hui ».  » A tout moment, une certaine mutation se produit, aussi bien pour les formes « (oeuvrées » que pour les formes pensées « , déclare le sculpteur, pour qui la culture se recrée tous les jours avec les hommes d’aujourd’hui. Lui-même a su rester un « homme d’aujourd’hui ». Sa passion a pourtant presque son âge.

Artiste pluridisciplinaire
Très jeune, il a été marqué par les bas-reliefs et les ceuvres en bois, en bronze, en fer, en terre ou en textile qui ornaient le palais royal d’Abomey, au Dahomey, l’actuel Bénin, où il a passé son enfance. La femme de son père était une princesse du palais. La grandeur et la beauté des oeuvres royales qu’il n’a cessées de contempler feront de lui, plus tard, un artiste pluridisciplinaire. Peintre, sculpteur, mais aussi écrivain… Cet ancien élève de l’école des Beaux-Arts de Lyon et de Paris, en France, évolue sans cesse.
Car l’homme lui-même se métamorphose. Paul AHYI a voulu évoquer ce changement dans l’exposition au CCF. Il a réuni des matériaux qui, a priori, ne semblent pas pouvoir se marier, comme l’argile conjuguée au métal ou au bois. « Ce sont des éléments que nous avons reçus en héritage. Nous avons cette possibilité de faire appel à eux pour exprimer notre pensée », affirme-t-il. L’argile associée à des perles, du bois, du métal fait, selon lui, allusion « non seulement à la quatrième dimension mais encore à la cinquième ». Ces éléments révèlent aussi sa vision de la lutte à mener « pour améliorer nos conditions et notre cadre de vie ».

A travers des oeuvres comme Afrique Renaissance ou Echo du silence, le sculpteur invite ses « frères africains » à faire le point sur le combat qui reste à mener après plus de quarante ans d’indépendance. Il les invite à ne pas se croiser les bras:  » Les artistes, avertit le maître, doivent être plus disposés à apporter leur contribution à la construction de nouveaux Etats, à l’émergence de nouveaux penseurs. Parce que nous ne pouvons plus exhiber l’art nègre du passé comme notre seul héritage. L’homme est un être qui évolue et les artistes, qui sont des hommes, doivent aussi accomplir leur métamorphose »
FAGLA Kokou (Lomé pour l’Autre Afrique- Reproduit avec l’accord de l’Autre Afrique )