28/09/2022

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Togo : Face à face Bodjona, Lawson, Hegbor et Latzoo sur RFI

Dimanche dernier, l’émission  » le Débat africain  » de RFI a été consacré au Togo. Etaient invités à cette émission, M. Pascal Bodjona, Directeur de Cabinet du Président de la République (RPT), Patrick Lawson, 3ème Vice-président de l’UFC, Me Gahoun Hegbor, Vice-président du CAR, Ministre de la Communication et de la Formation Civique et Isidore Latzoo, Président du Comité Togolais de Résistance (CTR) une association de la Diaspora togolais en France.

Les débats parfois passionnés étaient dirigés par Madeleine Moukamabano de RFI. Nous proposons à nos lecteurs, la première partie de cette joute oratoire.

Madeleine Moukamabano (RFI): Messieurs bonjour. Merci d’avoir répondu à cette invitation. Merci d’avoir accepté de continuer votre dialogue dans notre studio. Si on parle de la crise togolaise, on a tendance à penser peut-être, à l’année dernière. Au moment des élections, il y a eu, selon l’ONU, des centaines de morts. Il y a eu plusieurs milliers de réfugiés mais on peut dire que la crise togolaise remonte pratiquement à 1963 avec le coup d’Etat et on se dit aujourd’hui que cet accord qui a été signé, ce Gouvernement d’Union Nationale, c’est peut-être enfin une chance pour le pays. Alors, Pascal Bodjona, est-ce que vous avez l’impression que cette classe togolaise qui était réunie à Ouagadougou avec le Président Blaise Compaoré comme médiateur a tout fait pour tourner le dos à la crise ?

Pascal Bodjona (RPT): Absolument. Je pense que le mérite revient à toute la classe politique togolaise dans son ensemble et aux acteurs, aux participants du dialogue intertogolais. Je pense que nous avons commencé un travail à Lomé et nous sommes arrivés à un accord de base. Grâce à la facilitation du Président Compaoré, les Togolais sont parvenus à la conclusion d’un accord politique global. Le mérite revient à toute la classe politique togolaise.

Madeleine Moukamabano Mais est-ce que vous avez l’impression que vous avez touché tous les points sensibles parce qu’on se rend compte qu’aujourd’hui, le parti qui est considéré comme la principale formation de l’opposition, l’UFC n’est pas représenté dans le gouvernement.

Pascal Bodjona : Non, je pense que le dialogue a eu à traiter de tous les sujets qui touchent à la crise togolaise. Le dialogue politique devrait découler en principe du point 1.3 des 22 engagements. Mais le Président a voulu que pour fois que les Togolais se réunissent pour discuter de la crise togolaise, qu’aucun sujet ne soit considéré comme sujet tabou. Tous les points ont été inscrits, débattus avec sérénité et convivialité pour parvenir à un accord global.

Madeleine Moukamabano Est-ce que l’absence de l’une des composantes pour vous ne compromet pas cet accord ?

P. Bodjona : Non, je ne crois pas. Du point de vue de la formation d’un gouvernement d’Union Nationale, les partis politiques ont proposé au chef de l’Etat de former un gouvernement d’union nationale ouvert aux partis politiques et à la société civile. Je ne peux pas prêcher pour la chapelle des autres. Je ne peux que prêcher pour ma chapelle. Mais j’ose croire qu’il appartient à nos frères de l’UFC de répondre à cette question, mais pour nous, ce gouvernement répond véritablement aux exigences d’une équipe gouvernementale d’union nationale. Peut-être que c’est stratégique. Mais dans tous les cas, comme je l’ai précisé, le Président est ouvert. Je pense que le train est en marche. Mais à tout moment, un gouvernement n’est pas un monument figé. Il peut toujours faire l’objet d’une restructuration, d’un aménagement technique. Mais comme je l’ai dit, c’est un gouvernement qui répond véritablement à l’esprit d’ouverture et aux exigences d’une équipe gouvernementale de large union nationale.

Madeleine Moukamabano : C’est votre point de vue ?

Patrick Lawson (UFC): Vous savez que ce n’est pas notre point de vue. En réalité, nous avons commencé ce dialogue sur une double ambiguïté. Il y a ceux qui voulaient mener ce dialogue pour parvenir tout simplement à organiser les élections législatives et il y a ceux qui voulaient qu’on sorte définitivement notre pays de cette crise qui a trop duré. Vous l’avez bien situé, nous, nous avons mis toute la volonté pour qu’il en soit ainsi. C’est les raisons pour lesquelles d’ailleurs, bien avant que le dialogue ne démarre, nous avons rencontré à plusieurs reprises le RPT que nous considérons comme notre principal protagoniste et régler les problèmes qui pourraient arrêter ou freiner le dialogue le moment venu. Je voudrais donc dire que cet accord est basé sur trois éléments essentiels parce que cet accord pour nous, était insuffisant. Mais compte tenu des discussions qu’on a eues et des travaux qui ont été menés, nous avons pensé qu’avec la mise en place ou la nomination d’un Premier ministre qui rencontre l’adhésion populaire, certaines lacunes pourraient être comblées parce qu’on aurait eu immédiatement le soutien populaire. La deuxième chose, c’est la présence et l’activisme au sens propre du terme et positif du facilitateur à être présent à toutes les difficultés pour qu’on puisse s’en sortir et le troisième élément, c’est le Comité de Suivi qui doit être également présent et aider à sortir de cette crise.

Madeleine Moukamabano Qu’est-ce qui vous a empêché d’aller au gouvernement ? C’est la question à laquelle vous n’avez pas encore répondu.

Patrick Lawson : Ce qui nous a empêché d’aller au gouvernement, c’est que nous pensons que si on veut aller réellement à la réconciliation nationale, il faut prendre en compte ceux qui jusqu’à présent ont été brimés, ceux qui jusqu’à présent ont souffert du passé politique dans notre pays. Et ceux-là, c’est bien nous. Nous avons donc une difficulté dès le départ. C’est le fait que le partage du pouvoir ne se fasse pas en tenant compte des réalités du terrain. La deuxième chose, c’est la façon cavalière dont on nous a invité à aller dans ce gouvernement.
Alors que ce problème se posait, nous avons demandé à ce que les consultations se fassent en bonne et due forme et qu’on nous laisse le temps puisqu’on a mis un mois après le dialogue pour choisir un Premier Ministre, qu’on nous donne quelques jours pour que les problèmes soient aplanis. Mais on n’en a pas tenu compte. Ce n’est pas grave. Mais d’ores et déjà, je veux souligner que nous restons dans le processus parce qu’on veut qu’on aille à des élections. Cela dit, il faut qu’on y aille, que tout le monde y mette du sien pour que les élections soient transparentes et que le meilleur gagne. C’est ça notre préoccupation aujourd’hui. Le reste est de peu d’importance.

Madeleine Moukamabano : Gahou Hegbor, vous, votre parti a décidé d’aller au gouvernement. C’est le chef de votre parti qui est le Premier ministre. Est-ce que vous n’avez pas l’impression d’avoir trahi les forces de l’opposition tant que tout le monde n’est pas dans ce gouvernement ?

Hegbor (CAR) : Non ! Comment trahi les forces de l’opposition ? Nous avions signé un accord. Tous. Et cet accord ne définissait pas les critères pour aller au gouvernement.

Madeleine Moukamabano : Est-ce que ce n’est pas le 1er problème justement ? Parce que normalement, quand on voit tous les accords qui ont été signés, (Burundi, Rwanda, la Côte d’Ivoire. Même si les accords n’ont pas toujours abouti à la paix, la désignation du Premier ministre et le partage de sièges au sein du gouvernement se faisaient au moment des négociations de l’Accord. Ça n’a pas été votre cas !

Hegbor : Oui mais, si nous avons finalement signé l’Accord c’est que nous estimions qu’avec lui on pouvait avancer. S’il était nécessaire de définir les critères d’entrée au gouvernement, ceux qui le jugent nécessaire n’avaient qu’à soulever le problème ! Mais le problème n’a jamais été soulevé au cours du dialogue. Alors nous ne comprenons pas que une fois l’Accord signé, – et il est y dit clairement que les parties prenantes proposent au chef de l’Etat de former un gouvernement–, alors une fois que l’on a signé cet accord, il fallait s’y conformer et accepter que ce soit le chef de l’Etat qui forme le gouvernement en ayant consulté ou fait consulter les parties. Bien sûr, et c’est ce qui a été fait. Donc pour nous, il n’y a pas eu de trahison de l’opposition. Il y a eu tout simplement, respect de la signature que nous avons donnée à cet accord.

Madeleine Moukamabano : Donc ceux qui vous accusent d’être allés à la mangeoire se trompent d’analyse ?

G. Hegbor : Oui aller à la mangeoire c’est une expression qu’on emploie toujours pour les autres. Si le Premier ministre avait été choisi au sein de l’UFC, est-ce qu’on aurait parlé d’aller à la mangeoire ? Si le Premier ministre avait été choisi au sein du PDR, est-ce qu’on aurait parlé d’aller à la mangeoire ? D’abord, est-ce que c’est une mangeoire ? Il s’agit de nous mettre ensemble pour sortir le pays de la crise. Nous avons convenu de cela ! Nous avons été d’accord sur cela. A partir de ce moment, quel que soit le Premier ministre qui aurait été choisi, c’aurait été dans la société civile que nous au CAR on aurait peut-être estimé que ce n’est pas la meilleure solution, mais nous serions allés au gouvernement parce que nous sommes d’accord qu’il faut former un gouvernement d’Union Nationale.

Isidore Latzoo : Ce n’est plus un secret de polichinelle pour personne que le Comité Togolais de Résistance est farouchement opposé à cet accord qui n’en est pas un parce qu’il y a toujours dans la crise togolaise qu’on appelle abusivement la crise togolaise toujours des superlatifs pour qualifier toutes sortes d’arrangements. Ce qui s’est passé à Ouaga n’est pas un accord politique global. Il s’agit d’un arrangement électoral dont les effets dévastateurs commencent déjà à se faire sentir. Il s’agissait à Ouagadougou de légitimer M. Faure Gnassingbé qui avait quelque mal, n’est-ce-pas, à s’imposer comme Président de la République dans la mesure où il est venu dans le sang en massacrant des centaines de Togolais innocents qui criaient tout simplement leur opposition à la dynastie des Gnassingbé qui commençait à s’installer. Donc pour nous, il ne s’agit pas d’un Accord Politique. Il s’agit d’un arrangement électoral et dont le premier objectif est de pérenniser la dynastie mafieuse des Gnassingbé. Premièrement, en ce qui concerne le prétendu gouvernement d’union nationale, ce n’est pas un gouvernement d’union nationale. Il s’agit d’un gouvernement RPT, de l’ancien parti unique de Etienne Gnassingbé Eyadéma qui a passé le pouvoir à son fils Faure Gnassingbé. Donc c’est un parti composé à 80 % des militants de choc et même de certains tueurs à gage de ce parti-là. Donc qu’on ne vienne pas nous parler de Gouvernement d’Union Nationale. Ceux qui se sont engagés dans la signature de ce prétendu accord, je dis là encore, qui n’en est pas un. Je le dis encore, il s’agit d’un arrangement.

Madeleine Moukamabano : Qu’est-ce que vous proposez comme solution ?

Isidore Latzoo: Nous proposons, d’abord tout accord qui ne porterait pas, comment dirais-je, tout dialogue qui ne mettrait pas à l’ordre du jour, la légitimité de M. Faure Gnassingbé, ne recevra pas, parce que le vrai problème, tout ce qui s’est dit à Ouagadougou, vous savez, je regrette M. Hegbor, M. Bodjona, je regrette Patrick Lawson, vous avez brillamment répondu à Ouagadougou à des questions que le peuple togolais ne vous pas posées. Ce qui intéresse le peuple togolais, c’est la légitimité de Faure Gnassingbé et Eyadéma. Il ne faut tout de même pas oublier que l’année dernière, il y a eu de centaines de morts, que des milliers de nos compatriotes ont été chassés de leurs foyers. Donc le premier problème qui concerne le Togo, c’est de la légitimité de Faure Gnassingbé. La grande majorité du peuple togolais dit ceci : Faure Gnassingbé n’est pas notre Président.

Madeleine Moukamabano : Il ne faut pas être légitime tant que les élections n’ont pas été organisées !

Isidore Latzoo: Donc il faut justement, c’est la raison pour laquelle il faut dans tout dialogue digne de ce nom, si on est vraiment sérieux, si on est vraiment sensible aux souffrances du peuple togolais, mettre à l’ordre du jour, ce qui intéresse le peuple et là et c’est la légitimité parce qu’on sait qu’au Togo, ce qui compte, c’est la présidence de la République. Qu’on ne vienne pas nous dire que un gouvernement dans lequel figure le frère du prétendu Président de la République, M. Bodjona, M. Titikpina qui est l’un des auteurs de ceux qui ont massacré le peuple togolais l’année dernière, qu’on ne vienne pas parler de gouvernement d’Union Nationale.

Pascal Bodjona : Vous avez un langage qui ne tient pas. Vous voulez être fidèle à l’opposition, c’est votre droit. Mais je pense que vous ne pouvez pas parler avec mépris et dire que tout ce qui a été fait à Ouaga, c’est rien parce que vous n’y étiez pas. Je pense que vous êtes à la Mairie de Paris. Désormais, vous avez votre place au Togo. Venez et créez un parti politique et apportez votre contribution. Ne vous mettez pas à insulter. On a bien parlé de toutes les questions qui intéressent la crise togolaise. Alors donc, vous devez respecter votre langage parce que moi j’ai de la considération pour les gens, je pense qu’un homme politique responsable doit être à une hauteur donnée. Si les gens ne sont pas à la hauteur pour un débat politique alors nous aussi, nous sommes prêts à leur répondre avec le mépris le plus absolu.
Isidore Latzoo de par son âge et tout ce qu’il a dit, il doit être à la hauteur et faire un débat de haut niveau.

Madeleine Moukamabano : Oui quand on dit que le Parti du Président s’est taillé la part du lion dans l’attribution de portefeuilles ministériels, qu’est-ce que vous en pensez ?

Pascal Bodjona : Non, je pense que c’est une exagération. Le gouvernement d’Union Nationale est un gouvernement d’ouverture. Le gouvernement qui était là juste après les élections était à près de 80 % un gouvernement du parti au pouvoir. Aujourd’hui, nous avons 34 ministères. D’abord, M. Latzoo doit comprendre bien que quand il parle de certaines choses, il faut restituer, il ne peut pas avec mépris dire que tout ce qui a été fait par les Togolais et toutes les bonnes volontés, il est donc en déphasage total avec la réalité.
Un accord qui a été salué par tous les Togolais, l’enthousiasme qui a été créé, je pense qu’il est temps qu’il revienne à la source et qu’il vive au Togo. C’est facile de rester en France, d’être fonctionnaire à la mairie de Paris et de traiter les autres avec mépris. Cela doit cesser.

Isidore Latzoo : Dans un gouvernement de 37 membres, le RPT votre parti a eu au moins 17 ministères. …

Pascal Bodjona : Il n’y a pas 37. M. Latzoo avec tout le respect, il y a 34 ministres.

Isidore Latzoo : Je n’ai pas de leçon à recevoir d’un Bodjona.

Bodjona : Laissez-moi répondre à la question qui m’a été posée. Sur 34, vous avez dit vous-même qu’il y a 17 du parti au pouvoir. Mais je dis de 80 on est revenu à 50 % avec des ministères confiés à l’opposition, des ministères qui sont impliqués dans l’organisation des élections.
Si l’UFC avait été présent à ce gouvernement, peut-être qu’on aurait une autre architecture gouvernementale. En cela, je dis que le RPT n’a pas une part de loup, de lion, parce qu’il y a 50 % du parti au pouvoir et 50 % de l’opposition alors que ce n’était pas un gouvernement de partage ou de cohabitation. C’est un gouvernement avec une mission déterminée, une feuille de route. Après les élections législatives, ceux qui estiment qu’ils sont les plus populaires, s’ils gagnent les élections législatives, s’ils veulent former un gouvernement à 100 % CAR, 100 % PDR, 100 % UFC, 100 % RPT, je pense qu’ils ont le droit de le faire. Pour le moment, ce n’est pas une cohabitation. Je voudrais aussi préciser qu’à Ouaga, personne n’a signé cet accord couteau à la gorge. Il aurait été normal comme vous l’avez dit dans d’autres accords que l’UFC pose clairement le problème de la primature et le partage de portefeuilles. Personne n’a discuté de cela. On a demandé au Président de former un gouvernement et c’est ce qui a été fait. Maintenant, les états d’âme, les rivalités entre les partis, ça, je pense que les attentes du peuple sont énormes.

DEUXIEME PARTIE

Madeleine Moukamabano : Isidore Latzoo estime que la formation de ce gouvernement est un gouvernement surtout de l’ex-parti unique et que finalement les partis qui sont rentrés dans le gouvernement n’ont pas grand-chose. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?

Patrick Lawson : Mais absolument ! Tout d’abord je suis heureux que M. Latzoo ait rappelé l’origine de l’aggravation de la crise. Il y a un an, on était tous malheureux pour ce qui s’est passé dans notre pays. C’est pour cette raison que nous tous, nous avons accepté d’animer ce dialogue et de trouver définitivement une solution au problème togolais de façon qu’on puisse aller à des élections transparentes. Que le gagnant puisse serrer la main au perdant. Nous avons donc décidé de former un gouvernement ensemble. Nous savons également très bien qu’en mettant sur le tapis la question de la nomination du gouvernement, la question de la répartition des postes ministériels, on va mettre un an comme cela s’est passé en RDC, il n’y a pas si longtemps pour trouver des solutions. Pour toutes ces raisons, nous avons pensé qu’avec le concours du facilitateur, certains problèmes pouvaient être surmontés. Et tenir compte des réalités du terrain que j’ai tout à l’heure rappelées, nous pensons qu’avec ce qui s’est passé, notre participation aux différentes élections présidentielles, pour qu’il n’y ait pas de débat de ce genre, pour qu’il n’y ait pas des supputations, la Primature aurait pu ou aurait dû revenir à l’UFC. Nous pensons également que l’exécutif est animé essentiellement par le RPT, par la Présidence de la République. Nous savons également que ce dialogue, qu’on le veuille ou non, a légitimé le Président Faure. Qu’on ne se voile pas la face, ce n’est pas une honte. Mais, on a cru qu’avec ce départ, on allait obtenir quelque chose de bon pour notre pays.

Sachant pertinemment que les accords étaient insuffisants. On s’est dit allons-y, on trouvera des solutions en animant ensemble ce gouvernement. Je vous assure que les consultations n’ont pas été faites comme elles devraient se faire. Les textes n’ont pas été respectés dans leur esprit car l’article 66 qu’on cite souvent dit que le chef de l’Etat nomme le Premier ministre, il met fin à ses fonctions. A cela, on ajoute  » sur proposition du PM, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à ses fonctions « . Vous imaginez que nous n’avons pas été consulté dans le cadre de la formation du gouvernement, pour la Primature nous avons été invité par le chef de l’Etat. Après, nous avons vu que c’est Me Agboyibo qui a été nommé sans qu’on ne soit consulté préalablement. En ce qui concerne le gouvernement, c’est quelqu’un qu’on a débauché chez nous qui a amené des noms et des postes ministériels qu’on nous a communiqués par téléphone. Avec des confusions énormes. Cela est inacceptable quand on veut sortir un pays de la crise. Nous ne voulons pas débattre inutilement. Nous voudrions que tout le monde s’investisse pour sortir ce pays de la crise, nous disons que si nous ratons encore les prochaines élections, ce serait grave pour notre pays.

Madeleine Moukamabano : M. Lawson vous n’envisagez pas de revenir sur votre décision de ne pas entrer au gouvernement ?

Patrick Lawson : Mais… nous disons tout simplement que nous avons un facilitateur qui, aujourd’hui, discute avec les autorités. S’il y a une solution de sortie de cette situation, nous l’apprécierons. S’il n’y en a pas, nous en prendrons acte également. C’est tout.

Madeleine Moukamabano : On a entendu le PM Yawovi Agboyibo dire qu’il s’engageait à organiser des élections libres, transparentes et acceptables par tous comme le stipule l’Accord. Est-ce que vous avez l’impression que vous avez des conditions requises pour organiser ces élections qui pourraient mettre un terme à cette crise ?

Me Hegbor : Cela ne dépend que de la classe politique et de la société civile. Nous avons voulu surmonter les rancœurs, les divisions et nous nous sommes dit, il faut que nous nous mettions ensemble pour une période pas si longue que ça. Huit mois, dix mois, un an au maximum afin d’aller à des élections. Et pour que ces élections-là soient transparentes, libres et équitables, il faut que nous nous y mettions tous. Je suis heureux d’entendre que l’UFC, tout en n’étant pas au gouvernement, n’abandonne pas le processus. Ce qui signifie que lorsqu’elle sera sollicitée pour envoyer des représentants dans les organes d’organisation des élections, de surveillance des élections, elle le fera, c’est tant mieux. Mais il aurait fallu encore mieux qu’elle soit au gouvernement. On nous dit, le parti présidentiel a la part du lion. C’est quoi la part du lion ? Un gouvernement est solidaire. Si nous n’avions qu’un représentant dans le gouvernement sa voix doit être entendue. Si nous en avions dix, leurs voix seront entendues. Il ne s’agit pas de faire un calcul d’apothicaire en disant telle tendance a tel nombre de ministres, telle autre tendance a tel nombre de ministres donc ce n’est pas équitable, c’est le travail que doit faire le gouvernement. C’est la sincérité avec laquelle le travail doit être fait qui doit nous amener à ces élections là. Aujourd’hui, quels que soient le résultat des élections passées, personne ne peut dire quel est le poids d’un parti politique. Lorsqu’il s’agit d’une élection présidentielle, la personnalité du candidat est beaucoup plus importante que le poids de son parti politique. Moi je me rappelle, j’étais en France en 1974 quand Valery Giscard d’Estaing a été élu Président de la République française. Son parti représentait quoi dans la majorité à l’époque ? Même pas le tiers. Mais c’est lui qui a quand même été élu. Dépassons ces problèmes de  » nous sommes le parti le plus fort aujourd’hui « . Le parti le plus fort, on le saura après les élections législatives en vue. C’est à partir ce de ce moment-là que si quelqu’un veut former un gouvernement avec sa majorité, rien qu’avec les personnes de sa majorité, il le fera. Mais pour l’instant, nous avons convenus de nous mettre ensemble pour faire quelque chose, ensemble : aller à des élections transparentes.

Isidore Latzoo : Avant d’aller plus loin, plus en avant dans ce débat, j’aimerais poser une question simple, que tous les Togolais se posent à Messieurs Bodjona et à mon ami Gahoun Hegbor. Qui a formé le gouvernement dont il s’agit aujourd’hui ? Est-ce que c’est Monsieur Faure Gnassingbé ou M. Agboyibo ?

Madeleine Moukamabano : L’Accord stipule que c’est le Président

Hegbor : L’Accord du 20 août a mis de côté certaines dispositions constitutionnelles qui retenu certaines. Je parle par exemple du mode de scrutin aux législatives qui a été une rude empoignade entre l’opposition et la partie présidentielle. Nous avons convenu aujourd’hui que le mode de scrutin retenu dans la Constitution n’est pas celui qu’on va employer. Voilà une partie de la Constitution qui a été mise de côté.
Lorsqu’on cite l’article 66 littéralement, le chef de l’Etat nomme un Premier ministre et propose des ministres qui sont nommés, ensuite notre Accord dit que les parties prenantes proposent au chef de l’Etat de former un gouvernement. C’est au chef de l’Etat que nous avons demandé de former un gouvernement. C’est l’Accord que nous avons signé. Conformons-nous à l’Accord.

Isidore Latzoo : Je comprends qu’en signant les prétendus accords de Ouaga, vous avez légitimé Faure Gnassingbé qui est venu encore une fois au pouvoir dans les conditions désastreuses que l’on sait. 2ème chose, vous savez chaque fois que la  » classe politique  » est allée au dialogue parce que nous en sommes au 12ème dialogue, j’ai toujours entendu cet espèce d’enthousiasme et d’euphorie qui gagne tous les cœurs jusqu’au moment où le RPT toujours au pouvoir depuis je ne sais plus combien d’années, commence à sortir les canons et les couteaux et tout le monde se met geindre. Comment voulez-vous qu’avec un tel gouvernement l’on aille à des législatives transparentes ? Chaque fois que l’opposition a gagné des élections au Togo, ce gouvernement (sic) a sorti les canons et c’est toujours le chemin de l’exil. Je suis vraiment abasourdi d’entendre des camarades de l’opposition dire qu’on veut aller aux élections législatives transparentes, etc, alors qu’ils ont déjà commencé à légitimer quelqu’un qui n’a pas eu 10% des voix aux élections. J’aimerais poser une autre question. Est-ce que c’est sur proposition de Me Agboyibo que l’ex PM a été nommé ministre d’Etat auprès de Faure Gnassingbé ? J’ai l’impression et c’est ma conviction, qu’il y a un  » Shadow cabinet  » dont le vrai Premier Ministre aujourd’hui au Togo, est Edem Kodjo qui a un gouvernement bis et que le reste c’est de la figuration. Voilà la réalité, il faut dire les choses comme elles sont.

Madeleine Moukamabano : S’il vous plaît, Pascal Bodjona. Pour rassurer les Togolais, comment faire pour qu’il n’y ait pas un gouvernement bis ?

P. Bodjona : Le Premier ministre Edem Kodjo a été nommé Ministre d’Etat à la Présidence de la République. Il y a le décret qui l’a nommé qui vise la constitution. Pas en son article 66. L’article 66 parle de la nomination du Premier ministre et des autres membres du gouvernement. Maintenant, il y a un décret qui porte organisation des services de la Présidence. C’est ce décret qui a été visé. Donc le Ministre d’Etat Edem Kodjo n’est pas membre du gouvernement. Il faut le comprendre clairement.

Isidore Latzoo : Avec tous ces ministres d’Etat, un budget d’Etat vide, vous ne pensez pas que ceci est un peu compliqué pour être vraiment crédible ?

Bodjona : Apparemment vous pouvez avoir légitimement le droit de penser à cela mais j’estime aussi que pour qui connaît bien les fonctionnaires, il n’y a pas plus de 10 conseillers à la présidence comparativement à certaines présidences que nous connaissons. Et la période est aussi sensible, le Président doit aussi s’entourer de certains conseillers. Il est ministre d’Etat mais en premier lieu il fera office de Conseiller auprès du Président. C’est ça ! Maintenant par rapport à la formation du gouvernement, je pense que Me Hegbor a clairement dit les choses. L’intervention de M. Patrick Lawson suscite en moi certaines réactions. Il parle de l’article 66. Si l’UFC avait été nommée c’est nécessairement l’article 66 qui aurait été visé. Et dire qu’il n’y a pas eu concertation, je m’inscris en faux. Et Monsieur Patrick Lawson est bien placé pour dire clairement à nos auditeurs que tout le monde a été bien consulté.

P. Lawson : Mais…M. Bodjona nous parle de noms qui ont été proposés. Mais qui a proposé des noms ? Nous leur avions écrit en disant même qu’en ce qui concerne la Primature, nous sommes un peu confus de la tournure que prenaient les choses et qu’on voulait même des explications et nous avons dit que nous voudrions dont dans ces conditions que le gouvernement d’union nationale soit suffisamment éclairé sur les objectifs dont il aura à débattre, comment il va être formé et que nous nous inquiétons que cela se fasse sans discussion préalable, que cela jetait un trouble dans nos esprits. Ensuite le chef de l’Etat nous a invité lorsqu’il s’est agi de choisir le Premier ministre. En ce qui concerne le gouvernement, je sortais d’un déjeuner le mardi quand j’ai été appelé par le Premier ministre nommé qui me dit amicalement, est-ce que vous pouvez venir me voir. Je suis allé le voir, on a échangé dix minutes dans son cabinet. Et il m’a dit  » il serait bien que vous rentrez au gouvernement « . Nous lui avons dit, –parce que j’ai amené des gens avec moi pour être témoins– qu’il faut que ce problème soit réglé par la facilitation. A peine 30 minutes, rentrés chez nous, on se concertait quand il nous a appelé pour nous dire que sa cellule nous propose quatre noms et quatre postes ministériels. Nous disons, qui vous a envoyé les noms ? Sur le coup, moi je lui ai écrit pour lui dire que nous n’avons mandaté personne pour donner des noms et encore moins pour représenter le parti et lui demander de nous nommer comme ministres. Georges Lawson a fait la même chose. Quelques minutes après, il nous dit, voilà. Monsieur … (je ne veux pas citer de noms parce que ce n’est pas élégant). Mais je peux citer au moins Amah Gnassingbé qui était accompagné de deux autres qui ne sont pas des responsables du parti qui sont allés remettre des noms et viser les ministères qu’on doit occuper. Est-ce que cela est sérieux pour un pays qui est en crise ?

Madeleine Moukamabano : On sait qu’en 2004, la classe politique avait signé des engagements avec l’UE, ces engagements n’ont pas été respectés, encore une fois il y a eu ces problèmes d’élections au Togo. Quels sont les garde-fous qui ont été mis pour qu’enfin vous poussiez arriver à des élections tel que vous le souhaitez ?

Gahoun Hegbor : Le premier garde-fou qui a été mis, c’est notre volonté commune de faire partie de l’organe gouvernemental. Tous les accords que nous avons signés auparavant ont été laissés à l’application du pouvoir en place. Nous de l’opposition, nous étions toujours restés en dehors. Cette fois-ci, nous avons estimé que nous devons tous, opposition et pouvoir en place, nous mettre ensemble pour préparer ces élections et rassurer les populations. Alors cet accord, nous devons le respecter. Si aujourd’hui tout le monde est de bonne foi, et jusqu’à preuve de contraire, je considère que nous sommes de bonne foi.

Madeleine Moukamabano : Est-ce que le Comité de Suivi a été mis en place ?

Gahoun Hegbor : Le gouvernement vient d’être mis en place. Et tout a été confié au gouvernement qui va maintenant mettre en place le Comité de Suivi, la CENI et les autres organises qui vont nous amener à des élections

Isidore Latzoo : Moi je dis ce prétendu gouvernement d’union nationale n’est pas un gouvernement d’Union Nationale. C’est un gouvernement RPT avec quelque saupoudrage, quelques bonnes volontés pour faire bonne figure. Vous savez M. Hegbor, la seule bonne volonté ne suffit pas. Les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions comme on le dit. Le passé récent du Togo ne nous incline pas du tout à l’optimisme que vous affichez ici. C’est pour ça que nous avons l’intention, nous autres, de lancer un véritable front de refus de tous ceux qui sont contre cet accord de Ouagadougou. Il faut que les vrais démocrates togolais se parlent et constitue une véritable force en contrepoids avec tout ce à quoi nous assistons. Pour nous faire bien comprendre, vous n’avez qu’à vous rappeler dans quelle condition le prétendu Premier ministre nommé par Faure Gnassingbé a été accueilli par l’Assemblée Nationale monocolore (RPT). Je ne veux pas être désagréable. Me Agboyibo n’a dû son salut qu’en s’adressant à M. Faure Gnassingbé pour terminer son discours. Voilà à quel spectacle nous assistons dans un pays avec près de 40 mille exilés où toutes les infrastructures du pays sont par terre. Voilà donc, nous appelons à la constitution d’un véritable front de refus pour que le Togo se débarrasse enfin parce que, ce que ne veulent pas les Togolais, c’est l’instauration d’une dynastie des Gnassingbé au Togo, une dynastie de père en fils. Ça je peux vous dire que nous n’en voulons pas.

P. Bodjona : Nous ne pouvons pas éternellement confier notre avenir au passé. Nous pouvons nous inspirer du passé mais l’essentiel, c’est de bâtir l’avenir. Je pense bien que tout ce qui a été fait l’a été par le concours de toute la classe politique.

Retranscription de l’émission du 1er Octobre 2006 sur RFI