03/07/2022

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TOGO: L’opposition descend dans la rue à quelques jours d’un scrutin présidentiel controversé

LOMÉ, le 23 avril (IRIN) – Des milliers de militants des partis de l’opposition vêtus de jaune sont descendus vendredi dans les rues de Lomé pour clamer que le pouvoir du peuple renversera le gouvernement, même si le candidat de l’opposition Emmanuel Bob Akitani perd l’élection présidentielle de dimanche prochain.

De nombreux manifestants étaient armés de couteaux, de marteaux et de barres de fer comme pour confirmer les craintes d’une possible guerre civile au Togo, alors qu’à quelques jours d’un scrutin présidentiel organisé hâtivement, le ministre de l’Intérieur a demandé une suspension du processus électoral pour éviter que ce petit pays d’Afrique de l’ouest ne sombre dans un conflit sanglant.

Menaçants et confiants, les militants de l’opposition faisaient le ‘V’ de la victoire, sifflaient et aiguisaient leurs machettes comme pour en découdre avec leurs adversaires politiques.

« Moi, je vais soutenir mon candidat parce que je veux le changement et nous sommes prêts à mourir pour la liberté », a lancé un grand gaillard d’une trentaine d’années en brandissant une machette. Il portait un T-shirt jaune et un bandana jaune sur la tête, avec un tissu jaune attaché autour de manche de sa machette.

En voiture ou à mobylette, des militants brandissaient des drapeaux aux couleurs nationales, vert, jaune et rouge.

Quant aux partisans du pouvoir actuel, après s’être heurtés à plusieurs reprises aux militants de l’opposition ces dernières semaines, ils étaient invisibles vendredi dans les rues de Lomé.

« Un processus électoral suicidaire »

Lors d’une conférence de presse tenue dans la nuit de jeudi à vendredi, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, Francois Esso Boko a déclaré devant la presse et des diplomates occidentaux que le processus électoral devait être suspendu.

Francois Esso Boko a suggéré la formation d’un gouvernement de transition avec à sa tête un leader de l’opposition qui sera chargé de diriger le pays pendant un an ou deux, en attendant qu’une nouvelle constitution soit rédigée.

« Il est impérieux que le Président de la République prenne l’enjeu des risques réels qui se profilent à l’horizon en mettant fin à ce processus électoral suicidaire », a déclaré Boko.

« De sources concordantes, les risques de dérapages sanglants de ce scrutin à l’issue incertaine sont réels et même actuels », a indiqué le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, qui est un ancien officier de la gendarmerie nationale togolaise.

Quelques heures après cette conférence de presse, le Président par intérim, Abass Bonfoh, a limogé Esso Boko et confirmé que l’élection présidentielle aura bien lieu dimanche, comme prévu.

Le Président par intérim a fait savoir qu’Esso Boko a tenu cette conférence de presse sans l’avoir consulté et a demandé au ministre de la Justice, Karari Foli-Bazi, d’assumer provisoirement les fonctions de ministre de l’Intérieur.

« Les forces de l’ordre et de sécurité ont pris les mesures nécessaires pour que l’élection présidentielle se déroule dans le calme et la sérénité. L’ordre public sera maintenu sans réserve », a indiqué Bonfoh dans un communiqué lu par son ministre de l’Information, Pitang Tchalla.

En définitive, l’élection présidentielle devrait se résumer en une confrontation entre Faure Gnassingbe, fils du président défunt Gnassingbe Eyadema mort en février dernier après avoir dirigé le Togo d’une main de fer pendant 38 ans, et Emmanuel Bob Akitani, le candidat de la coalition des six partis de l’opposition décidée à évincer du pouvoir la famille Eyadema.

Mais dans les deux camps, la perspective d’une défaite à l’élection présidentielle du 24 avril n’est pas envisageable, quelque soit le résultat officiel des urnes.

Aucun candidat n’acceptera la défaite

Ancien ministre de l’Intérieur, de la sécurité et de la décentralisation sous le régime de feu Eyadema, Esso Boko a prévenu que l’armée va tenter un coup d’état si Gnassingbe perd les élections ou si l’opposition descend dans la rue pour prendre le pouvoir par un soulèvement populaire, dans le cas d’une défaite d’Akitani.

« Si, au soir des élections, on annonce la victoire du candidat du régime, ça va mal se passer », a déclaré vendredi à IRIN Jean Pierre Fabre, le secrétaire général adjoint de l’Union des forces de changement (UFC), le plus important parti de la coalition.

Leader de l’UFC et artisan de la campagne des partis de l’opposition, Gilchrist Olympio n’a pas été autorisé à se présenter à l’élection présidentielle puisqu’il vit en exil en France depuis plusieurs années.

Lors de son meeting de fin de campagne électorale, vendredi après-midi, l’opposition a réuni près de 10 000 partisans dans le stade national de Lomé.

Depuis plusieurs semaines, elle demande le report de l’élection présidentiel, arguant que le gouvernement et le parti d’Eyadema, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) ont organisé des fraudes massives pour assurer l’élection du fils du président défunt.

Toutefois, dans l’hypothèse où le scrutin n’est pas annulé à la dernière minute, Bob Akitani a exhorté ses militants à se rendre très nombreux aux urnes pour voter.

« Vous devez aller à la recherche de votre liberté, à la recherche de votre indépendance en allant voter massivement le dimanche », a-t-il indiqué.

La coalition a accusé le gouvernement de préparer des fraudes en inscrivant des noms fictifs sur les listes électorales et de bloquer la délivrance de cartes électorales à des milliers de militants de l’opposition afin de favoriser l’élection de Gnassingbe.

La CEDEAO exige la poursuite du processus électoral

La décision de Bonfoh de maintenir la date du scrutin présidentiel a été approuvée par le président nigérien Mamadou Tandja, le président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Pour Tandja, la tentative d’Esso Boko de suspendre le processus électoral à la dernière minute est « irresponsable ».

La CEDEAO a joué un rôle important dans la résolution de la crise togolaise et dans l’organisation de l’élection présidentielle. A la mort d’Eyadema le 5 février, l’armée avait confié le pouvoir à Faure Gnassingbe, au mépris de la constitution.

Soutenue par l’Union africaine, les Nations unies et les principales puissances occidentales, la CEDEAO a contraint Gnassingbe à la démission au bout de trois semaines de pouvoir, l’exhortant à rechercher plutôt une légitimité par les urnes.

Disposant d’une bonne organisation et de moyens financiers importants, Gnassingbe a lancé une vaste campagne d’affichage dans la ville de Lomé et ses messages de campagne sont constamment diffusés à la télévision.

Son principal électorat se trouve dans le nord du Togo d’où sont originaires les Kabiyés, le groupe ethnique de son père.

Gnassingbe a clôturé sa campagne par un rassemblement à Kara, la principale ville du nord du Togo, à 400 km au nord de la capitale Lomé.

Il a exhorté ses militants à ne pas se laisser abuser par le surprenant revirement d’Esso Boko qui demande la suspension du processus électoral. « Ce qui s’est passé ne devrait pas vous ébranler », a déclaré Gnassingbe dans un discours radiodiffusé.

« Est-ce qu’on a peur des élections quand on est sûr de gagner », a-t-il lancé à ses militants, rejetant les allégations selon lesquelles le Togo est en train de sombrer dans la guerre civile.

Quelques semaines auparavant, la campagne de Gnassingbe avait attiré de très nombreux militants à Lomé. Vendredi dernier, ses militants avaient décidé de ne pas sortir, laissant l’opposition manifester dans les rues de Lomé.

« C’est la révolution jaune », a fait remarquer le porte-parole de la coalition soutenant Bob Akitani.

« Nous ne nous laisserons plus marcher dessus par le régime….Faure ne peut pas remporter cette élection. C’est impossible. Nous gagnerons l’élection », a-t-il indiqué à IRIN.