27/06/2022

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Agitation à Lomé après la victoire de Faure Gnassingbé

par Silvia Aloisi

LOME (Reuters) 26/04/2005 – 16h59 – De jeunes opposants en colère ont pris possession des rues de Lomé après la proclamation de la victoire « provisoire » de Faure Gnassingbé, fils de l’ancien dictateur Gnassingbé Eyadema, à la présidentielle de dimanche.

De la fumée noire s’élevait de divers quartiers de la capitale du Togo où les protestataires ont érigé et incendié des barricades, lançant des pierres aux policiers qui ont lancé de grenades à percussion et tiré des balles de caoutchouc.

Déjà traumatisés par des semaines d’agitation de rue, les habitants de Lomé se sont calfeutrés chez eux pour échapper à ces nouvelles violences de la part des jeunes opposants, dont certains étaient armés de couteaux ou de machettes.

« Nous sommes furieux. Ils nous ont dupés. Le Togo n’est pas une monarchie », s’est exclamé un chômeur muni d’un grand couteau et barbouillé de peinture blanche censée protéger sa peau des gaz lacrymogènes.

Selon la commission électorale, Gnassingbé, 39 ans, a obtenu 60,22% des suffrages contre 38,19% au candidat de l’Union des forces de changement (UFC), Emmanuel Bob-Akitani. L’UFC a lancé un appel à la résistance populaire.

« Nous n’allons pas nous laisser faire et nous appelons la population à résister », a déclaré à Reuters Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’UFC, « Ce régime doit comprendre que nous n’accepterons jamais M. Faure Gnassingbé comme président de la République, parce que ni son père, ni lui ne peuvent remporter une élection normale au Togo. »

« LOME BRULE »

« Lomé brûle mais la seule solution est d’en arriver à un règlement politique sinon nous allons droit dans le mur », a déclaré pour sa part le principal opposant à l’ancien régime, Gilchrist Olympio, fils du premier président du pays, renversé en 1963 par Eyadema.

Lundi à Abuja, avant même la proclamation des résultats de la présidentielle, Olympio, qui vit en exil et n’a donc pu se porter lui même candidat, a conclu avec Gnassingbé, sous l’égide du président nigérian Olusegun Obasanjo, un accord pour former un gouvernement d’unité nationale.

Gnassingbé Eyadéma est mort le 5 février après avoir régné sans partage sur le Togo pendant 38 ans. Malgré les dispositions de la constitution sur l’intérim, l’armée avait alors désigné son fils comme successeur avant que celui-ci ne se résigne, sous la pression internationale, à se soumettre au verdict des urnes.

La campagne électorale s’est déroulée dans un climat de violence continuelle entre les deux camps rivaux: une opposition frustrée par des décennies d’autocratisme et les loyalistes de Gnassingbé. Les incidents ont fait au moins trois morts et des dizaines de blessés.

Deux jours avant le scrutin, l’ex-ministre de l’Intérieur, François Boko, limogé aussitôt après, a jugé « suicidaire » le maintien du calendrier électoral et préconisé un report du scrutin en raison des « risques réels se profilant à l’horizon ».

Le taux de participation a été évalué par la commission électorale à 64% mais l’opposition conduite par Akitani-Bob, qui a raflé 76% des voix à Lomé contre 23% à Gnassingbé, affirme qu’il ne tient pas compte des bureaux de vote où des urnes auraient été détruites.