08/08/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Akpossogna Kodjo arrêté et déféré à la prison civile de Lomé

AKPOSSOGNA Kodjo a été victime d’un braquage de la part de membres des forces de sécurité armés qui ont tenté de lui voler sa moto dans la nuit du samedi 10 novembre 2007 à Lomé. Par lettre datée du 11 novembre 2007, il avait saisi le Ministre de la Sécurité pour « solliciter son intervention afin que justice soit rendue, au regard de l’exceptionnelle gravité des faits qui portent atteinte à l’honneur et à la crédibilité des forces de sécurité ».

En conclusion de cette lettre, il avait par ailleurs indiqué au Ministre de la Sécurité: « Je vous informe qu’au regard de la gravité des faits et des risques qui pourraient en découler pour la garantie de ma sécurité, je me vois dans l’obligation de saisir toutes les institutions chargées de la protection des droits humains au Togo et à l’échelle internationale ainsi que des chancelleries accréditées au Togo », ce qui fut fait. Le mardi 20 novembre 2007, AKPOSSOGNA Kodjo a été convoqué par le Commissaire ASSIH à la Direction de la Police judiciaire (DPJ) où il a été arrêté et détenu jusqu’au lundi 26 novembre, date où il a été déféré à la Prison civile de Lomé. Il croupit présentement dans cette Prison aux conditions de détention exécrables.
Il lui est reproché d’avoir rendu publique la lettre par laquelle il avait saisi le Ministre de la Sécurité, lettre qui, transmise aux organisations des Droits de l’Homme et aux médias comme il le lui avait ainsi annoncé, a fait l’objet de publications par certains journaux togolais et sites internet à l’étranger.

A ce jour, aucune information officielle n’a été donnée quant à la suite réservée à la demande adressée dans cette lettre au Ministre de la Sécurité « de bien vouloir diligenter les enquêtes nécessaires au sein des services de sécurité qu’(il a) l’honneur de diriger pour que ceux qui nous ont braqués soient identifiés, arrêtées et déférées devant les juridictions compétentes pour y subir les rigueurs de la loi ». C’est un flagrant déni de justice qui voit les victimes d’actes répréhensibles arrêtées et emprisonnées alors que les malfaiteurs qu’ils ont mis en cause en demandant qu’ils soient mis hors d’état de nuire et de ternir l’honneur de la Police ne sont nullement inquiétés.

Si la détention de AKPOSSOGNA Kodjo est maintenue, elle ne pourrait être interprétée que comme l’aveu de la confirmation effective de l’existence d’un réseau de braqueurs au sein de la Police togolaise bénéficiant de la protection même de la hiérarchie.

Dans cette situation, toutes les organisations humanitaires et démocratiques ainsi que toutes les personnalités œuvrant au respect des droits de l’Homme doivent se mobiliser pour exiger la libération inconditionnelle et immédiate de AKPOSSOGNA Kodjo dont l’arrestation relève de l’arbitraire le plus manifeste.

Lomé, le 23 novembre 2007

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AKPOSSOGNA Kodjo
B. P. 7398
Lomé
Tél. : 916 45 71

à Monsieur le Ministre de la Sécurité
Ministère de la Sécurité
Lomé

Lomé, le 11 novembre 2007

Objet : Saisine suite à un braquage par des membres des forces de sécurité armés

Monsieur le Ministre,

Suite à un braquage dont nous avons été victimes dans la nuit du samedi 10 novembre dernier de la part de membres des forces de sécurité armés, j’ai l’honneur de solliciter votre intervention par cette lettre afin que justice nous soit rendue, au regard de l’exceptionnelle gravité des faits qui portent atteinte à l’honneur et à la crédibilité des forces de sécurité que vous avez l’honneur de diriger.
Voici d’abord les faits.
Dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11 novembre 2007, alors que je revenais de chez mon grand frère, aux environs de minuit, j’ai rencontré un ami, également à moto, avec qui nous avions eu à remorquer deux jeunes filles qui nous avaient demandées de les conduire au quartier de l’Hôtel de l’Aéroport.
Sur notre trajet, nous nous étions arrêtés devant une boulangerie non loin du Collège St Joseph où les deux jeunes filles voulaient acheter du pain. Au moment où celles-ci étaient en train de discuter avec le boulanger, trois hommes armés, en civil, nous ont approché et l’un d’entre eux, le plus géant des trois a commencé à nous dire : « Haut les mains ! » et, au même moment, voulait faire sortir une arme de son pantalon en tenant la moto de mon second. Apparemment, nos trois agresseurs avaient l’air d’être des militaires.
Pendant ce temps, les deux autres avançaient rapidement vers moi et, précipitamment, je retirai la clef de contact de ma moto avant de me mettre à courir. Mon second avait finalement pu me rejoindre en courant. Il avait, lui aussi, pu retirer la clef de contact de sa moto.
Les gens qui étaient encore au dehors, dans les environs, pris de peur en nous entendant crier « Au secours ! » ont commencé à rentrer dans leurs maisons. Cependant, les plus courageux étaient sortis mais ne pouvaient rien faire face à des hommes armés. Ils nous avaient seulement conseillé d’appeler un numéro de la Police et c’est à ce moment-là que j’avais appelé le 157 alors que mon second, lui, appelait le 149.
Pendant tout ce temps, après avoir essayé en vain de démarrer nos motos, ces hommes armés les avaient emportées. Nous avons alors eu la chance que mon second avait activé l’alarme de sa moto qui faisait donc du bruit pendant que ses clignotants s’étaient mis à fonctionner, nous renseignant ainsi sur les mouvements de nos voleurs.
Heureusement pour nous, les policiers du numéro 157 que j’avais appelé me faisaient savoir qu’ils étaient dans les environs et, effectivement, quelques minutes après, la voiture 157 de la Police arriva du bon côté c’est-à-dire du côté où nous étions. Nous avions alors couru vers la voiture pour leur indiquer le lieu où étaient les trois voleurs de nos motos.
Une fois arrivés sur les lieux, les policiers de la 157 étaient descendus et nous les avons suivi sur les lieux. Mais, quelle ne fut notre surprise lorsque, arrivés devant ceux qui nous avaient volés, nous avons vu, à notre grand étonnement, les policiers de la 157 se mettre au garde-à-vous devant eux et commencer à discuter avec ces derniers. Nous fumes alors très émus.
Au moment où ils discutaient avec le plus grand parmi nos voleurs, l’un d’entre eux s’approcha de nous pour nous dire, à voix basse : « Nous ne sommes pas des voleurs, quand nous vous avions dit : « Haut les mains ! », il ne fallait pas courir, vous aviez eu trop peur. »
Je lui ai alors répondu : « Mais, vous n’aviez pas décliné votre identité quand vous étiez arrivé auprès de nous ! »
Après les discussions entre eux, les policiers de la 157 sont partis, à notre grand étonnement, nous laissant seuls avec les trois hommes armés, sans rien nous dire, au lieu de nous laisser partir. En effet, en présence des policiers de la 157, ils avaient vérifié nos identités et les pièces de nos motos et tout était en règle.
Après le départ des policiers de la 157, nos trois voleurs armés avaient continué par nous menacer et nous intimider en nous indiquant un endroit où aller nous asseoir, de l’autre côté de la route. Après nous avoir ainsi éloigné d’eux, les trois hommes continuaient à discuter entre eux dans l’obscurité.
Les conducteurs de taxi-motos communément appelés Zémidjans qui passaient par là s’étaient arrêtés à notre niveau pour demander ce qui se passait et nous les avions suppliés, à voix basse, de rester près de nous après leur avoir raconté notre mésaventure.
La chance étant de notre côté, les véhicules des n° 148 et 149 que mon second avait appelés arrivèrent aussi à ce moment-là. A l’arrivée de ces véhicules, ceux qui étaient à bord avaient discuté aussi avec nos voleurs armés comme s’ils se connaissaient et, en fin de compte, après une seconde vérification de nos identités, ils avaient exigé qu’on leur remette les clefs de nos motos, ce qui fut fait.
Pendant ce temps, les gens qui s’étaient réveillés dans le quartier avaient fini par avoir le courage de nous approcher et ils s’étaient mis avec nous pour raconter aux policiers des véhicules 148 et 149 ce qui nous était arrivé. Un de nos trois voleurs a abusé les policiers qui venaient d’arriver ainsi que les gens qui étaient sortis en leur disant que nos voleurs ont pu s’échapper ! Mais, avec la peur qui nous animait, vu qu’ils étaient armés, je ne pouvais rien dire contre nos voleurs puisque je ne comprenais pratiquement plus rien à ce qui se passait et je ne savais pas ce qui m’attendait avec mon second. Ce qui nous a le plus inquiété était que deux conducteurs de taxi-motos s’étaient arrêtés pour nous écouter et avaient été renvoyés des lieux mêmes où nous étions et l’un d’entre eux a été sauvagement battu par nos voleurs. Pendant qu’ils le battaient, ils lui demandaient : « Qu’est-ce que tu veux voir ? »
Pris de peur, les gens qui étaient sortis étaient tous repartis et nous étions encore restés seuls, mon second et moi avec nos voleurs armés et les policiers des véhicules 148 et 149. Pendant tout ce temps, les taxi-motos qui passaient par là étaient tous chassés sans ménagement. Cependant la solidarité des conducteurs de taxi-moto avait joué et, à un moment donné, un attroupement de ceux-ci était arrivé et nous suivait à distance ; finalement, ils furent dispersés par les policiers et surtout nos voleurs armés qui étaient devenus très nerveux.
Puis, ils nous avaient demandés de monter à bord du véhicule portant le numéro 149 pour aller au poste. Deux jeunes policiers qui étaient à bord de ce véhicule conduisaient nos deux motos en nous suivant. Nos voleurs armés sont alors restés sur place et nous les avons vus aller se fondre dans l’obscurité.
Nos avions pris la direction du Nord allant vers Agoè. Une fois arrivés au rond point de CICA-TOYOTA (CFAO), le véhicule 149 s’était arrêté de même que les deux policiers à bord de nos deux motos et, là, les policiers nous ont fait descendre pour nous interroger convenablement et vérifier à nouveau nos identités ainsi que les pièces de nos motos.
Tout était en ordre et nous avons même constaté que le chef brigadier à bord du véhicule 149 avait reçu un appel et il discutait au téléphone de notre affaire avec un interlocuteur qu’il appelait : « Mon commissaire ! Mon commissaire ! » Il s’était finalement éloigné de nous pour terminer la réception de l’appel et, à son retour, il nous a demandés de rentrer chez nous et de venir au Commissariat central le lendemain, lundi, munis de toutes nos pièces de nos motos pour les récupérer.
C’est alors que nous avions pris la direction de nos maisons respectives et le véhicule 149 s’en alla, accompagné de nos deux motos conduites par les deux jeunes policiers.
Le lundi 11 novembre 2007 j’ai bien pu récupérer ma moto au Commissariat central comme convenu mais sans sa clef de contact que j’avais pourtant bien remise aux policiers qui l’avaient emmenée. Cependant, mon second a bien pu récupérer la sienne. Lorsque j’ai insisté pour la récupérer aussi, le policier qui m’a reçu m’a répondu : « Tu as déjà ta moto, laisses tomber cette affaire de clef. » Et je suis parti.

Monsieur le Ministre,

Voici donc les faits qui, comme vous pouvez le constater, sont d’une exceptionnelle gravité.
Je tiens à relever que :
1°) Nous avons été victimes d’une tentative avérée de vol de nos motos lors d’un braquage perpétré par des agents des forces de sécurité ou de défense dont les agissements font penser à l’existence d’un réseau de voleurs de motos au sein des services de sécurité et/ou de défense.
2°) Au moment où nos motos nous ont été enlevées, nous n’avions commis aucune infraction pour qu’elles nous soient retirées en toute illégalité.
3°) A aucun moment les personnes qui nous braquées ne sont présentées à nous comme étant des membres des forces de sécurité ou de défense et n’ont procédé à aucune vérification de nos identités comme cela aurait du se faire réglementairement s’ils étaient en service.
4°) Il est avéré que tous les agents des forces de sécurité qui sont intervenues à notre appel (véhicules n° 157, 148 et 149) et ont fini par nous sauver pour ces deux derniers, connaissaient bien les personnes qui nous ont braquées pour tenter de nous voler nos motos. Je tiens cependant, ici, à remercier par votre intermédiaire les policiers du véhicule 149 pour le sérieux dont ils ont fait preuve lors de leur intervention car c’est grâce à eux que nous sommes restés sains et saufs.
5°) Au Commissariat central, nos motos nous ont été restituées sans que nous n’ayons fait de déposition par rapport à ce qui nous était arrivé et sans que nous ayons payé une quelconque amende ce qui confirme bien que nous n’avions commis aucune infraction.

Monsieur le Ministre,

J’espère compter sur l’attachement dont vous ne cessez de faire preuve pour la bonne organisation et l’intégrité des forces de sécurité de notre pays pour que justice soit faite afin que ce réseau de malfaiteurs auquel nous avons eu le déplaisir d’être confronté et d’autres qui pourraient éventuellement exister en leur sein soient démantelés.
C’est pourquoi je vous serais reconnaissant de bien vouloir diligenter les enquêtes nécessaires au sein des services de sécurité que vous avez l’honneur de diriger pour que ceux qui nous ont braqués soient identifiés, arrêtées et déférées devant les juridictions compétentes pour y subir les rigueurs de la loi.
Toutefois, je n’exclus pas, moi-même, de donner à cette affaire, les suites judiciaires qu’elle mérite car je ne puis accepter que ceux qui sont chargés de veiller à la sécurité des citoyens togolais se comportent vis à vis d’eux comme de vulgaires criminels.

Monsieur le Ministre,

Je vous informe qu’au regard de la gravité des faits et des risques qui pourraient en découler pour la garantie de ma sécurité, je me vois dans l’obligation de saisir toutes les institutions chargées de la protection des droits humains au Togo et à l’échelle internationale ainsi que des chancelleries accréditées au Togo.
En vous sachant gré des dispositions que vous voudriez bien prendre pour que soit donnée à cette affaire les suites qu’elle mérite, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes remerciements anticipés.

Kodjo AKPOSSOGNA

AMPLIATIONS :

– 1°) Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme – Bureau du Togo (HCDH-Togo) ;
– 2°) Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) ;
– 3°) Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) ;
– 4°) ATDPDH ;
– 5°) Amnesty International ;
– 6°) Fédération Internationale des droits de l’Homme (FIDH)
– 7°) Human Rights Watch (HRW) ;
– 8°) Ambassade de France ;
– 9°) Ambassade des Etats-Unis d’Amérique ;
– 10°)Ambassade d’Allemagne ;
– 11°) Délégation de l’Union Européenne au Togo ;
– 12°) Presse et médias nationaux et internationaux.