03/12/2022

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Amitiés africaines

La France a décidé de ne pas cautionner le coup d’Etat « familial » qui est intervenu, dimanche 6 février, au Togo. L’Elysée l’a dit haut et fort. Plusieurs ministres l’ont répété. Après la mort du président Gnassingbé Eyadéma, mort d’une crise cardiaque samedi, l’accession au pouvoir de l’un de ses fils, Faure Gnassingbé, avec la complicité de l’armée togolaise, s’est faite au prix d’une violation de la Constitution, sur laquelle Paris refuse de fermer les yeux. Il faut « s’en tenir au respect de la Constitution », a rappelé l’Elysée. « Le Togo doit retrouver la voie de la légalité », et c’est « aux Togolais de décider qui sera leur prochain président et quand », a ajouté le Quai d’Orsay.

La France, qui dispose à Lomé, la capitale, de plusieurs centaines de militaires, n’est pas la seule à réclamer un retour à l’ordre constitutionnel. L’ensemble de la communauté internationale, de l’Union africaine aux Nations unies, réclame un retour aux ! règles de la succession. La Constitution togolaise, limpide sur ce point, prévoit l’organisation d’une élection présidentielle, au terme d’une période qui ne saurait dépasser soixante jours. Or Faure Gnassingbé prétend demeurer à la tête de son pays jusqu’à 2008, terme du mandat présidentiel de son père.

La condamnation de la communauté internationale et de la France, ancienne puissance coloniale, serait plus crédible si, dans des circonstances proches, elle avait fait preuve de fermeté. Ce ne fut pas toujours le cas. En République démocratique du Congo, le chef de l’Etat ne doit d’être au pouvoir qu’au fait qu’il est le fils de l’ancien président, Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001. En République centrafricaine, la France et les pays africains ont préféré fermer les yeux sur les conditions de l’arrivée au pouvoir du général François Bozizé.

Dans les événements du Togo, la France a une responsabilité particulière, résultant de la complaisance – pour ne pas parler ! de complicité – dont Paris a longtemps fait preuve vis-à-vis de l’ancien président Eyadéma. Lorsque le régime togolais faisait tirer dans les années 1990 sur des manifestants désarmés, qui osaient le contester dans la rue, et lorsqu’il pourchassait ses opposants et foulait aux pieds les droits de l’homme, la France n’est pas intervenue, ou elle l’a fait mollement. Allié fidèle de Paris en Afrique, le maître du Togo pouvait compter sur la bienveillance française. Pas seulement dans les rangs de la droite, mais aussi à gauche.

Parlant de Gnassingbé Eyadéma, Jacques Chirac a regretté l' »ami personnel » qu’il venait de perdre. Cet ami était un tyran, et le bilan de ses trente-huit années de règne est là pour en témoigner, tant du point de vue économique que sur le plan politique.

Le président français se présente comme un partenaire sincère de l’Afrique de l’Ouest, dont il dit connaître l' »âme ». Si c’est le cas, il doit comprendre que les Africains aspirent, eux aussi! , à la démocratie. Dans cette quête, ils attendent que la France choisisse mieux ses amis.

L’éditorial du « Monde »

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 09.02.05

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