29/11/2022

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Au Togo, l’opposition demande une médiation internationale sur la crise ouverte par M. Gnassingbé

Une semaine après le scrutin qui a porté à la présidence de la République togolaise Faure Gnassingbé, le fils du général-président Eyadéma qui régna pendant trente-huit ans sur le pays, les voies de l’avenir politique de ce pays francophone apparaissent bien étroites. Le Togo peut-il sortir du chaos autrement que par la reconnaissance d’un pouvoir issu d’une élection largement falsifiée ou par un coup d’Etat militaire ?

Seul un arbitrage extérieur émanant de l’Union africaine et de l’Union européenne semblait, lundi 2 mai, pouvoir aider Lomé à ne pas sombrer dans une guerre civile larvée ou dans la dictature. Impromptue, la rencontre éclair entre Louis Michel, commissaire européen au développement, et le vainqueur proclamé par le pouvoir, samedi à l’aéroport de Kinshasa (République démocratique du Congo) à la demande de M. Gnassingbé, pourrait indiquer que ce dernier cherche l’appui de l’UE pour trouver une issue à la crise, alors que le calendrier politique s’accélère au Togo.

Mardi 3 mai, la Cour constitutionnelle togolaise devrait statuer sur les recours déposés contre le résultat provisoire et proclamer définitivement et sans surprise le nom du vainqueur. En créditant M. Gnassingbé de 60,22 % des voix le 26 avril, la commission électorale togolaise avait mis le feu aux poudres, déclenchant une violente riposte de la population qui, dans la rue, a tenté de gagner une élection qu’elle estime s’être fait voler. En quelques jours, l’armée a rétabli l’ordre au prix d’une répression qui aurait fait 30 morts à Lomé, selon des sources hospitalières citées par l’AFP, et 100 morts dans tout le pays, d’après l’opposition. Les témoignages des réfugiés qui continuent d’affluer aux frontiè-res béninoise et ghanéenne font état de tirs visant des civils sans défense.

Dans un premier temps, la coalition de l’opposition avait axé sa stratégie sur la rue et sur le droit. Elle avait appelé la population à « résister » et proclamé « largement élu » son propre candidat, Emmanuel Bob Akitani, à qui les résultats provisoires officiels n’attribuent que 38,18 % des suffrages. Selon l’opposition, 640 000 électeurs fictifs auraient voté dans les fiefs du fils d’Eyadéma, dans le nord du pays. En trois jours, l’armée ­ omniprésente ­ a eu raison d’insurgés épuisés et privés de toute perspective politique, et d’une population terrorisée. La partie de pot de terre contre pot de fer a débouché sur un calme apparent, qui masque la poursuite quotidienne de la répression et, au moins dans la capitale, une immense colère populaire rentrée.

Vendredi, l’opposition a donc cessé d’inciter les jeunes à descendre dans la rue. Elle en appelle désormais à une médiation internationale. « On ne réglera pas la crise sans que la lumière soit faite sur le scrutin » , estime Yawovi Agboyibo, porte-parole des opposants. Mais, samedi à Lomé, une entrevue entre ces derniers et une délégation de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), dont les observateurs ont avalisé le scrutin, a limité leurs espoirs. Les délégués africains se sont, en effet, contentés de conseiller aux responsables togolais d’utiliser les « voies légales de recours » , refusant ainsi de se saisir du contentieux.

Le calendrier, lui non plus, ne joue pas en faveur de l’opposition qui, privée des moyens de communication et de tribun, donne des signes de désarroi. Dès que les résultats définitifs auront été proclamés, Faure Gnassingbé devrait être en position de former le « gouvernement de large union » qu’il a promis, et diviser ainsi l’opposition. Les principaux responsables de la coalition rejettent vigoureusement l’hypothèse de leur participation à une « union nationale » sous la houlette d’un président mal élu. « Personnellement, je me sentirais mal à l’aise de partager un objet volé, déclare Léopold Messan Gnininvi, directeur de campagne du candidat de l’opposition. Mais Faure Gnassingbé peut très bien débaucher des individus de l’opposition à titre personnel. Cela ne fera pas éclater la coalition qui, de toute façon, n’est que conjoncturelle. »

Alors que l’opposition, désarçonnée, appelle de ses voeux une initiative de l’UE et de l’UA, Faure Gnassingbé, pour d’autres raisons, cherche une porte de sortie dans les mêmes directions. Il tente de convaincre ses interlocuteurs que, face à l’armée, sa marge de manoeuvre n’est pas si grande et que cette dernière ne resterait pas dans les casernes si son élection venait à être invalidée. Si elle s’ouvre, la médiation porterait sur la définition d’une période transitoire de gouvernement menant à de nouvelles élections : d’abord des législatives qui, si elles sont transparentes, pourraient tenir lieu de second tour à la présidentielle. Reste à démontrer que l’armée héritée du règne Eyadéma admettra une inédite cohabitation à la togolaise.

Philippe Bernard
LE MONDE | Article paru dans l’édition du 03.05.05