26/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Conférence du FRAC à Lille: Déclarartion de François Boko sur la situation politique au Togo

Monsieur le 1er Secrétaire de la Fédération du Nord du Parti Socialiste,
La diaspora togolaise de Lille vous a sollicité d’organiser cette conférence sur la situation politique au Togo. Vous y avez accédé. Je me plais à saluer la solidarité et l’audace dont vous faites ainsi preuve. Solidarité avec tout le peuple togolais en lutte pour recouvrer sa liberté. Audace surtout, dans un contexte où la détermination de certains démocrates togolais semble s’émousser face aux difficultés. Le peuple togolais sait apprécier profondément cette solidarité et cette audace. Soyez-en remercié.

Depuis 1990 le peuple togolais lutte pour construire un Etat de droit viable et moderne, une nation où ses enfants pourront un jour vivre en harmonie et s’épanouir. Les Togolais savent mieux que quiconque que cette ambition est une œuvre de longue haleine. C’est un processus, un défi, une construction qui nécessite un travail et un effort soutenus et permanents. Les démocrates togolais s’y attèlent avec courage, détermination et lucidité malgré les embuches.

Depuis 5 ans la lutte que mène le peuple togolais a changé d’enjeu.

L’objectif demeure, certes, de bâtir une démocratie viable. Mais les Togolais sont décidés à relever un nouveau défi. Lutter contre une monarchie de fait. Celle qui lui est imposée par la force des armes et la suprématie d’un clan et d’une famille. Une famille qui malgré ses divisions, ses échecs et les atrocités dont elle s’est rendue coupable, a pris en otage tout un peuple. Ceci parfois sous le regard complaisant de la communauté internationale qui sous prétexte de stabilité n’est pas en cohérence avec les nobles idéaux qu’elle professe par ailleurs.

Mesdames, Messieurs, si vous le permettez je compte présenter la situation politique togolaise sous trois axes. D’abord je vais vous donner une analyse succincte de la situation politique actuelle. J’aurai soin de mettre en évidence la fragilité de cette situation, qui nous fait craindre le pire. Je vous indiquerai ensuite ce que comptent faire l’ensemble des démocrates togolais réunis au sein du FRAC pour redonner espoir aux populations. Enfin je laisserai le soin à mon aîné Kofi de nous dire ce que les démocrates togolais attendent comme soutien de nos amis et partenaires. Il le fera à partir de sa propre analyse des événements et de la situation. Il saura vous montrer à quel point la cassure entre le pouvoir dynastique de Lomé et le peuple togolais est de plus en plus nette.

UNE SITUATION POLITIQUE PRECAIRE

La dernière élection présidentielle au Togo devait permettre à ce pays de tourner les pages sombres de son histoire récente. Une histoire marquée par des élections frauduleuses à répétition, et suivies des contestations populaires dont la répression faisait déplorer des morts, des blessés et de nombreux refugiés. Pour en arriver à cette élection, la classe politique s’est entendue le 20 août 2006 pour opérer les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Ces réformes étaient nécessaires pour permettre de poser les bases d’une vraie démocratie au service du développement du pays. Mais une fois de plus, le pouvoir en place au Togo a usé de tous les moyens pour se soustraire à ses engagements, des engagements contenus dans l’Accord Politique Global. La réalisation de cet Accord aurait permis d’organiser un scrutin véritablement libre, démocratique et transparent. La conséquence de ce refus de respecter ses engagements est l’imbroglio politique dans lequel se trouve le Togo. A la place d’une élection transparente à la ghanéenne, comme l’avait promis Faure Gnassingbé à la communauté internationale en Janvier 2009, le régime est resté fidèle à sa duplicité. Il a suivi un processus électoral frauduleux et contrôlé par lui (2). Cette élection truquée a ouvert la voie à une contestation populaire comme on n’en avait jamais vue dans l’histoire politique de notre pays (3).

1) Mise en œuvre très limitée de l’Accord Politique Global (APG)

Un bref rappel est utile pour replacer dans son contexte l’Accord Politique Global. Le 5 Février 2005, quelques heures après le décès du général Eyadema, ses deux fils Faure Gnassingbé et Kpatcha Gnassingbé jouent et surfent habilement sur la peur et l’émotion populaires. Ils prennent en otage une partie de la hiérarchie militaire en utilisant la partie la plus fidèle au clan présidentiel de l’armée et de la troupe. Grâce à cet appui, ils s’imposent immédiatement au sommet de l’Etat. L’avion qui achemine le successeur constitutionnel est empêché d’atterrir. Pendant ce temps, le chef d’Etat Major des Forces Armées Togolaises viole les règles constitutionnelles en intervenant sur les ondes nationales pour confier le pouvoir d’Etat à Faure Gnassingbé. Il s’en suivra alors une série de passe- passe juridiques dont seul le professeur Charles Debbasch possède le secret. En quelques heures Faure Gnassingbé perd sa fonction de ministre pour devenir simple député puis président de l’assemblée nationale et de droit président de la république par intérim. Il succède ainsi à son père. Au passage, pour les besoins de cette manœuvre dynastique, la Constitution est modifiée en commençant par les dispositions qui interdisent formellement toute révision constitutionnelle en période de vacances. Le scandale fut tel que la communauté internationale se résout à imposer un semblant d’élection pour sauver les apparences. Hélas ! ce qui était à l’origine un simple exercice pour sauver les apparences d’une succession grotesque s’est transformé en un processus électoral sanglant et chaotique. Le monde entier découvre un pouvoir décidé à user de tous les moyens pour se maintenir en dépit de la contestation populaire. La mission d’enquête de l’ONU confirme 500 morts tandis que les organisations des droits de l’homme estiment à un millier le nombre de Togolais qui ont disparu dans cette tragédie électorale. L’émoi suscité par les résultats de l’enquête de l’ONU obligea y compris les soutiens les plus inconditionnels du clan Gnassingbé, en particulier le président Chirac, à subordonner la reconnaissance de cette élection à l’ouverture d’un dialogue avec l’opposition. En août 2006 une feuille de route politique sous forme d’Accord Politique Global est arrachée au forceps, et en septembre 2006 le président Chirac reçoit à l’Elysée Faure Gnassingbé.

La feuille de route de l’APG comporte quatre exigences essentielles pour ramener la confiance et sauver la démocratie au Togo:

– la mise en examen des auteurs présumés formellement identifiés par les investigations de la mission d’enquête de l’ONU, pour lutter contre l’impunité;

– un régime constitutionnel nouveau consacrant comme dans la plupart des pays de l’Afrique de l’ouest, à la fois une limitation de la durée du mandat présidentiel et un équilibre des pouvoirs entre le président de la république et le premier ministre;

– la réforme de l’armée et des forces de sécurité, pour aller vers une armée républicaine conforme aux impératifs de l’Etat de droit;

– enfin, le découpage électoral, la réécriture de la loi électorale selon le modèle des standards internationaux en la matière, pour réconcilier le pouvoir d’Etat avec la volonté populaire et éviter les élections frauduleuses.

Au final cette feuille de route a permis de légitimer le pouvoir de Faure Gnassingbé et n’a pourtant pas été respectée. La lutte contre l’impunité est demeurée un vœu pieux. Le pouvoir a mis en place une commission «vérité et réconciliation» dépourvue de moyens, qui se borne à prêcher le refrain de la réconciliation nationale. Les auteurs des massacres de 2005 déambulent à Lomé et sont encore aux commandes de l’armée et de la gendarmerie. Les plaintes portées devant les juridictions ne sont même pas instruites. Pire : la découverte sur la plage de Lomé en Juillet 2008 du corps de l’ancien ministre de la communication Atsutsé Agbobli, président du parti d’opposition parti d’opposition MODENA, décédé dans des conditions mystérieuses, montre encore le refus du régime de combattre l’impunité.

2) Une élection présidentielle truquée: la fraude électorale comme alternative et antidote à la violence?

Les fraudes ont permis au régime de s’assurer une victoire sans compromettre la vie des populations. Ce cynisme politique que certains pourront qualifier de real politique a été le grand compromis qui ne dit pas son nom. En réalité, cette « avancée » est le résultat de l’application à géométrie variable de l’APG. Le grand défi n’était pas l’expression libre et démocratique du peuple togolais à travers les urnes. Il était plutôt question d’éviter par tous les moyens de renouveler les violences de 2005. Le pari d’éviter la violence a été gagné par le régime. Contrairement à l’élection de 2005, celle de 2010 n’a pas fait de victime. Ceci est la seule avancée de ce processus électoral au cours duquel bien des observateurs ont choisi de fermer les yeux. Mais la transparence d’une élection ne saurait s’apprécier uniquement par rapport à la gestion moins brutale de la contestation. Toujours est-il que pour arriver à ce résultat la démarche de fraude a été bien huilée tant en amont qu’en aval.

En amont, la fraude a commencé depuis l’inscription sur le fichier électoral. Dans certaines zones rurales supposées acquises au régime et surtout loin des projecteurs, la procédure d’inscription a été allégée, ce qui a ouvert la voie à des inscriptions de mineurs. A l’inverse, dans les zones urbaines où l’opposition est bien implantée, les procédures d’inscription sont rendues rigides et sans aménagement pour empêcher les nouvelles inscriptions. Moralité, tandis que le fichier électoral explose dans les milieux ruraux dépassant parfois les 90 pour cent de nouveaux inscrits par rapport aux listes électorales de 2007, dans les zones urbaines l’augmentation ne dépasse guère 10 pour cent. Cette situation expressément orchestrée par le régime a laissé hors du fichier électoral une grande partie des Togolais.

Dans la même logique, dans les zones urbaines la distribution des cartes d’électeur a été expressément émaillée d’embuches et mieux mise en œuvre dans les zones rurales. 96 pour cent des cartes ont été distribuées dans les zones rurales contre 45 pour cent dans les grandes villes. L’objectif poursuivi est d’avoir un fichier électoral potentiellement favorable pour mieux organiser la fraude en aval

En aval la fraude a été davantage perceptible.

Malgré le consensus obtenu à la CENI (commission électorale nationale indépendante) sur l’adoption des bulletins de vote à souche censés garantir la traçabilité et éviter l’usage des bulletins pré-remplis, le régime s’y opposa à la dernière minute. Même la procédure d’authentification des bulletins de vote obtenue comme un compromis a été dénoncée et refusée par le régime. La voie a ainsi été ouverte à l’achat des votes.

La veille du scrutin, des militaires en tenue civile sont allés remettre de l’argent et des bulletins de vote déjà cochés à la case “Faure Gnassingbé”. Cette fraude a été possible en raison du refus d’authentifier les bulletins. Or, cette procédure avait été proposée par l’opposition et soutenue par les experts de l’Union européenne.

La fraude a été aussi orchestrée en aval, après le vote, par la substitution des originaux des procès-verbaux authentiques par des procès-verbaux de résultats pré-remplis.
Mais la fraude la plus scandaleuse a été orchestrée pour empêcher la publication des résultats de vote en temps réel. Les experts électoraux de l’Union Européenne se sont rappelés le scrutin des législatives de 2007, et ont décidé en accord avec la CENI de financer à hauteur de 1 million d’euros un mode de transmission des résultats par VSAT afin de garantir leur instantanéité et leur intégrité. Un consensus s’est formé sur cette procédure au sein de la classe politique et a permis de mettre en place le dispositif. Des appareils Vsat ont été installés dans chaque préfecture, 35 au total, reliés à un central à Lomé. Chaque commission électorale locale indépendante (CELI) devait envoyer ses résultats par satellite. Après le vote, tandis que les premiers résultats commençaient, la panique gagna le régime qui finit par mettre fin à cette transmission instantanée en prétextant une panne. Les 35 présidents furent invités à acheminer par la route et par avion les résultats, ce qui bien évidemment donnait du temps à des manipulations. Voilà comment le régime a manipulé les résultats pour s’imposer.

Certains résultats immédiatement sortis des urnes dans la capitale et dans certaines zones urbaines ont pu échapper à la manipulation, grâce à la présence des observateurs. Le décompte de ces résultats a donné une large avance au candidat de l’opposition. Les représentants de l’opposition dans les bureaux de vote ont gardé leur copie des PV authentifiés de certains résultats. Ils les ont centralisés à Lomé, et ont ouvert un centre dans une église de la capitale, à Tokoin-Séminaire, pour agréger les résultats.
Ces PV authentiques auraient pu permettre une contestation, par voie légale, des résultats fabriqués par le pouvoir. Quand la gendarmerie a eu vent de ce projet, elle est allée malgré la présence des experts de l’Union Européenne, saisir ces pièces et les a brulées. Les seuls éléments de preuve dont disposait l’opposition pour faire un recours devant la Cour constitutionnelle ont ainsi disparu. Du reste et en dépit du traditionnel langage diplomatique, et face à l’ampleur de la fraude, les langues des diplomates de l’Union Européenne, principal bailleur de fonds de ce processus, se délient. Accusé de complaisance vis-à-vis d’un pouvoir vomi par le peuple togolais, et surtout mis à l’index par le fait que 16 millions d’euros du contribuable européen ont servi à valider la fraude, un diplomate européen laissa échapper, je cite «Si l’Union européenne n’avait pas financé, elle se serait privé d’un droit de regard. L’élection aurait été encore pire.»

3) Contestation populaire et impasse politique depuis l’élection confisquée

En dépit de ces fraudes flagrantes, la CENI et la Cour constitutionnelle avalisent le processus et déclarent gagnant Faure Gnassingbé fils du général Eyadema avec 60 pour cent des voix. Les populations contestent bien évidemment ces résultats. Pour étouffer cette contestation populaire, le régime procède à la répression brutale avant d’envisager des solutions plus pernicieuses.

– Répression et arrestations arbitraires

La répression s’abat, pour étouffer la résistance des populations face à ce vol de leur vote. Pour échapper à la répression l’opposition en particulier l’UFC (Union des forces de changement) ont tiré les leçons du passé et délocalisé le centre de compilation des résultats dans un endroit à forte charge symbolique : le CESAL, un centre tenu par l’Eglise catholique. Mais c’était sans compter avec la détermination du régime pour effacer toutes les preuves de sa forfaiture. La gendarmerie fait une descente musclée au centre de compilation des résultats du FRAC, emportant hommes, ordinateurs, et les PV qu’ils s’empressent de détruire aussitôt. La situation post électorale se dégrade et le pays s’enferme dans une spirale de contestation des résultats, qui entraîne répressions, arrestations et descentes musclées. Les partis politiques ne sont pas épargnés. Le siège de l’UFC est investi et saccagé par les forces de l’ordre qui emportent sur leur passage le matériel de sonorisation, de l’argent et du matériel appartenant au parti. Les séances de prière organisées par l’église méthodiste en son sein pour contenir la colère des populations sont dispersées à coup de gaz lacrymogène. Et les domiciles de certains leaders du FRAC sont assiégés dans le but de les empêcher de rejoindre les manifestations populaires.

L’objectif du régime est double : effacer les éléments de preuve attestant de l’ampleur de la fraude et pouvant le confondre ; étouffer la contestation populaire. Si le régime a réussi son premier objectif, le second est plus difficile à atteindre tant la détermination populaire est loin de s’émousser.

– La rue comme alternative?

Trois mois après le scrutin du 4 mars, des dizaines de milliers de Togolais continuent de marcher dans les rues de la capitale pour contester la victoire de Faure Gnassingbé et exiger la transmission du pouvoir à Jean-Pierre Fabre le véritable vainqueur. Chaque samedi, des milliers de Togolais battent le pavé pour revendiquer la victoire du candidat du FRAC. Dans l’histoire politique du Togo, jamais une telle détermination d’un peuple décidé à prendre en main son destin n’a été observée. Ces manifestations qui se déroulent dans la capitale sont systématiquement interdites par le pouvoir à l’intérieur du pays. Mais pour les milliers de Togolais qui continuent de manifester, le vainqueur du scrutin du 4 mars dernier est bien le candidat du FRAC. Il se trouve aujourd’hui que la situation au Togo est bloquée malgré la prétendue victoire de Faure Gnassingbé à 60%. Cette situation se dégrade de jour en jour. Il est vrai que le pouvoir en plein désarroi et aveuglé par l’obsession manipulatrice ne cesse d’aller de bourde en bourde. Alors qu’il est contraint de tendre la main à l’opposition, le régime refuse de dialoguer avec le candidat du FRAC que les résultats officiels créditent tout de même de 33 pour cent. Le pouvoir a préféré, pour faire diversion, sceller un accord avec un Gilchrist Olympio totalement en perte de vitesse dans l’opinion depuis qu’il a décidé de faire le jeu du pouvoir au détriment de l’alternance que réclament les populations. Le but de cette manœuvre est d’égarer l’opinion nationale et internationale. Mais cet accord entre monsieur Olympio et le pouvoir RPT n’est pas reconnu par les instances de l’UFC, et encore moins par la population excédée par 43 ans de règne dynastique et d’autocratie.

Comme si la situation particulièrement délétère que fait naître un scrutin manipulé ne suffisait pas, le régime se lance dans la provocation. En décidant de dissoudre le parti OBUTS de l’ancien Premier ministre Agbeyomé Kodjo, le pouvoir de Faure Gnassingbé a oublié que les temps ont changé et que ce genre de méthode d’un autre âge ne saurait prospérer. Il en est de même de la hausse du prix du carburant entre 12 et 27 pour cent décidée sans concertation avec les forces sociales, alors qu’il existe une caisse de stabilisation. Pourtant celle-ci aurait dû permettre de faire face aux fluctuations du cours mondial du baril.

Ces actes indécents que pose le régime révèlent le grand mépris que les dirigeants ont pour l’aspiration profonde des Togolais au progrès et au changement. Les forces syndicales, en particulier celle des agents hospitaliers, en ont fait l’amer constat avant de conclure en appelant à une grève, je cite: «Aucun des 4 engagements principaux prévus dans les accords n’a été satisfait et 950 agents attendent toujours leur dû. Les accords étaient simplement destinés à flouer le corps de la santé et à casser l’élan de l’action syndicale».

En réalité l’autisme politique dont fait montre le pouvoir n’a rien d’étonnant. Les finances publiques ont été éprouvées par la campagne électorale de Faure Gnassingbé qui a abusé des moyens de l’Etat comme l’a reconnu le rapport de la mission d’observation de l’Union Européenne.
Cette superposition de conflits sociaux dans un contexte politique précaire fait craindre le pire d’autant qu’aucun espace de concertation crédible et respectueux de l’adversaire politique n’est proposé pour dialoguer. Les leaders politiques sont considérés comme des cibles à abattre pour peu qu’ils osent refuser de se laisser apprivoiser. Pourtant même s’ils viennent du peuple, les leaders ne sont pas le peuple et à force de les éliminer, de les apprivoiser et de les ridiculiser, le pouvoir perd ses interlocuteurs les plus crédibles avec qui il pouvait espérer sortir le Togo de l’ornière. Ce faisant il risque de n’avoir à terme que la rue comme interlocutrice.
Mesdames messieurs,

C’est ce qui semble être le cas depuis quelques jours. Lomé s’est subitement embrasé depuis le palais de justice ou se tenait à huis clos le procès en dissolution du parti OBUTS, jusqu’aux périphéries où les axes principaux ont été bloqués. Le bilan de la répression qui s’en est suivie est pour l’instant de trois morts et de plusieurs blessés graves. Comment veut-on diriger un peuple et faire preuve de tant d’autisme et d’incompétence politique qui mettent en péril la vie des Togolais qui ont payé un trop lourd tribut pour le changement ? Il y a de l’irresponsabilité au sommet de l’Etat et il est de notre devoir d’aller au-delà des dénonciations et des lamentations, et de proposer des alternatives crédibles. Nous osons encore croire à une issue pacifique qui permette au peuple togolais de satisfaire de façon pacifique son aspiration profonde à l’alternance. Oui, redonner espoir est l’objectif du FRAC pour qui entre le statu quo ou la répression que propose le régime, et la rue , il existe des voies réformistes pour sauver l’essentiel et la démocratie.

II. LE FRAC, SES OBJECTIFS ET SES ATOUTS

Mais qu’est-ce que c’est le FRAC? Le FRAC est l’alchimie de deux atouts majeurs:
– une plate-forme commune de gouvernance pour une alternance maitrisée assortie d’une vision,
– un dispositif incarné par des femmes et des hommes de conviction, de terrain et d’expérience représentant la diversité ethnique et politique de notre pays.
Face à la situation explosive actuelle du pays marquée par les manifestations régulières de contestation du pouvoir RPT, les mouvements sociaux, l’incapacité du pouvoir à faire face aux préoccupations des populations, l’état de délabrement des infrastructures routières et les inondations, seule une alternance portée par le FRAC est la solution à la grave crise que traverse le Togo. Le FRAC incarne l’espoir des populations ; il est né d’une rencontre entre les acteurs de l’opposition togolaise à Paris autour d’un programme donné. Il est composé des partis et organisations comme l’UFC, l’ADDI, le PSR, Sursaut Togo, des associations de la diaspora et des personnes ressources. La force du FRAC réside en ce qu’elle regroupe des hommes politiques venant de toutes les ethnies du Togo, ce qui a le mérite de battre en brèche les arguments régionalistes dont le RPT s’est toujours servi pour asseoir son pouvoir.

Le FRAC propose une alternative qui s’articule autour d’une transition au cours de laquelle les réformes essentielles devraient être mises en œuvre. L’objectif est d’inscrire le pays sur la voie de la démocratie, de réconcilier les Togolais et de redonner espoir aux populations. Il s’agit essentiellement de définir un nouveau système politique avec une nouvelle Constitution. La décentralisation, la réforme de l’armée et la modernisation de la justice devraient être des priorités majeures. A terme, cette transition permettra de solder le lourd passé politique du Togo afin de doter le pays d’institution solides et crédibles.

Pour y parvenir et au-delà d’un programme d’action, le FRAC entend agir de façon concomitante dans le cadre d’une alternance maitrisée sur 5 leviers stratégiques.

1) Construction d’un véritable Etat de droit aux antipodes du maquillage démocratique.

La réconciliation passe aussi par la mise sur pied des institutions légales et légitimes approuvées par le peuple. Il y a nécessité de définir un régime politique avec l’adoption d’une nouvelle Constitution. On devra mettre en place des institutions fortes pour asseoir une réelle démocratie. Pour ce faire, un processus de décentralisation ambitieux sera mis en œuvre. Son objet sera de donner du pouvoir et des moyens aux communes urbaines et rurales. C’est ainsi qu’on donnera la possibilité aux citoyens de s’impliquer dans le développement de leur commune, non seulement par l’élection des responsables locaux mais aussi par la possibilité de contrôler la gestion des ressources que génèrent nos villes et nos cantons. Ce processus inclusif permet au citoyen d’agir directement sur le développement de sa localité, et facilitera la mobilisation des moyens et le développement des relations avec des villes ou villages partenaires en Europe, et partout dans le monde.

2) Restructuration des FAT pour bâtir une armée républicaine.

L’épineuse question de l’armée est un point angulaire de la réconciliation dans notre pays. Il s’agit de faire de l’armée togolaise une armée républicaine respectueuse des institutions. Le retour de la confiance entre l’armée et le peuple passe par une redéfinition du statut, du rôle et de la mission de la grande muette dans la société. Il s’agira d’établir une démarcation claire et nette entre les forces de défense et la gendarmerie en orientant la première vers la mission de défense du territoire et la seconde vers des missions de sécurité publique et de maintien d’ordre. Un audit technique et humain sera nécessaire pour maitriser les effectifs et professionnaliser les FAT en les dotant de moyens efficaces. Il sera également question de relever la durée de carrière du soldat qui est actuellement de 25 ans à 30 ans avec l’objectif qu’à la fin de sa carrière le militaire togolais soit propriétaire d’un toit. Les pays amis dont la France seront sollicités dans cette reforme des FAT. La participation aux missions de paix et de sécurité des Nations Unies, de l’UA et de la CEDEAO seront accrues. Ces missions permettront aux militaires non seulement d’avoir de l’expérience mais aussi de prendre conscience de certaines valeurs.

3) La réforme de la justice.

La modernisation de la justice togolaise participera également à la consolidation de la démocratie et au renforcement de l’Etat de Droit. En dépit des milliards injectés par les partenaires pour sa modernisation, la justice togolaise est restée, à ce jour, aux ordres du prince. Rapprocher la justice des justiciables et la rendre effectivement indépendante est une des priorités du FRAC. Cela se traduira par une reforme totale de tout l’appareil judiciaire depuis la formation des professionnels de la justice en passant par les réformes institutionnelles et l’amélioration des conditions de travail. Les textes actuellement en vigueur doivent être revisités et les différentes juridictions renforcées dans leur rôle. L’objectif à terme est d’arriver à une justice accessible pour tous les citoyens, moderne et diligente.

4) Assurer à tous le minimum vital et lutter contre l’extrême paupérisation des populations.

Tous les indicateurs économiques de notre pays sont au rouge. Vous le savez certainement, la pauvreté au Togo est devenue endémique. Les derniers rapports des partenaires, notamment le PNUD, nous indiquent que plus de 62% des Togolais vivent sous le seuil de pauvreté. Ces chiffres deviennent plus alarmants lorsqu’on s’éloigne de la capitale. Le Togo a aujourd’hui le visage d’un pays sinistré avec des infrastructures routières complètement délabrées, des hôpitaux vétustes en manque de moyens, de personnels et de motivations. Le même constat de désolation est visible dans les autres secteurs notamment l’éducation scolaire, la santé, l’agriculture, l’enseignement supérieur, etc. Même si le Togo renoue progressivement avec les partenaires en développement, il est inconcevable qu’avec tous les atouts dont dispose notre territoire, le budget national se limite à ce montant dérisoire de 300 milliards alors que le Benin voisin parvient à mobiliser plus de 1200 milliards au titre de son budget 2010.

5) Assurer à l’Etat les moyens et les ressources de sa nouvelle politique audacieuse et ambitieuse.

Le FRAC entend en finir avec cette politique budgétaire:
1. par l’assainissement des finances publiques,
2. la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale pour maximiser les recettes de l’Etat.
Un audit de la fonction publique et des sociétés d’Etat sera effectué. Il s’agira non seulement de maîtriser les ressources humaines et de détecter les éventuels fonctionnaires fictifs, mais surtout de mettre fin à des pratiques peu orthodoxes. Car trop souvent, celles-ci sont à l’origine de la faillite de la plupart des sociétés et des banques qui sont actuellement privatisées. La relance de l’économie passera par un investissement massif. Les partenaires du Togo seront sollicités à cet effet et encouragés par le cadre démocratique que nous aurons su porter. Comme moi, vous constatez que la tâche qui nous attend est immense et les défis à relever énormes.
Le Togo ne saurait rester en Afrique de l’ouest un bastion du non droit avec un pouvoir qui s’oppose par tous les moyens à l’alternance au sommet de l’Etat. Les démocrates, les forces politiques éprises de justice et de progrès, les partenaires du Togo, notamment la France, l’Allemagne, les USA, etc. doivent comprendre la justesse du combat de nos populations et aider le peuple togolais à réaliser le désir d’une alternance maitrisée. Il y va de l’avenir du peuple togolais et de la stabilité sous régionale. Mesdames, messieurs c’est maintenant qu’il faut agir. Mais comment?.

Je vous remercie

François BOKO
Lille le 25 juin 2010