06/10/2022

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Crise togolaise: Blaise Compaoré médiateur….une gratification sertie d’épines

CRISE TOGOLAISE BLAISE COMPAORE MEDIATEUR
UNE GRATIFICATION SERTIE D’EPINES ?

Les Togolais ont accepté de façon consensuelle que Blaise Compaoré soit leur Médiateur dans cette espèce de crise à la Péloponnèse qui les afflige. C’est une surprise mais ce qui l’est encore plus, c’est que ce soient justement l’UFC de Gilchrist Olympio et la CDPA de Léopold Gnininvi, opposants radicaux comme on les appelle, qui aient accepté de lever leur veto pour que cette médiation soit confirmée.

Beaucoup félicitent ce choix, soutenant qu’il est tout à fait logique que Blaise Compaoré ait été accepté de façon unanime comme médiateur. L’homme, souligne-t-on, a une expérience en matière de médiation et bien de pays font appel à lui dans le règlement de crises les concernant ou non. Il est aujourd’hui incontournable dans le différend ivoirien ; il a même été annoncé dans le conflit soudano tchadien.

S’agissant de la crise togolaise en particulier, il a déjà eu à mettre à l’épreuve ses capacités d’intermédiation, de façon officieuse ou officielle. Ce fut le cas en 1993 lorsqu’il revint au Burkina Faso, par le canal de Me Hermann Yaméogo, de présider le Comité de suivi sur la Crise togolaise, comité comprenant outre donc le Burkina Faso, les USA, la France, l’Allemagne et l’Egypte.

Les relations de Blaise Compaoré, par ailleurs, très bonnes avec Faure Eyadema, lui donnent comme un avantage parce qu’il semble avoir les moyens de persuasion pour amener son jeune collègue à faire des concessions.

Mais d’autres soutiennent qu’il n’est pas l’homme de la situation arguant que son capital en matière de médiation n’est pas aussi édifiant que cela. Nombre de ses interventions n’ont pas été couronnées de succès et beaucoup sont restées au seuil de simples lettres d’intention comme dans la crise soudano-tchadienne. D’autre part, ses immixtions aux fins de déstabilisation dans la sous région sont mal perçues ; plaide également en sa défaveur la nature de la gouvernance dans son pays que l’on sait tout à fait hermétique au dialogue et tournée vers une monarchie républicaine. Beaucoup s’étonnent dans ces conditions que les opposants togolais aient choisi un tel contre-exemple pour restaurer le dialogue et rétablir la démocratie chez eux.

Cette opinion n’est pas loin de penser qu’à la limite, l’UFC et la CDPA ont baissé la culotte parce que las de faire l’opposition ou parce qu’en réalité, gratifiés de quelques compensations en termes d’avantages politiques. C’est notamment le point de vue de Mr François Boko, ancien Ministre de l’Intérieur togolais, qui transparaît de l’interview qu’il a accordée au site «Le Togolais.com », qui l’a publiée le 28/07/2006 : « Ce semblant d’accord permet tout simplement aux uns d’y trouver une porte d’entrée au sein du gouvernement, et aux autres de piéger la communauté internationale en lui faisant saliver une ouverture politique qui en réalité n’en est pas une…(……)……… A force de jouer sur la lassitude des Togolais et de la communauté internationale le ressort peut se briser. Je demande au pouvoir de ne pas trop tirer sur la corde. La stratégie d’usure qu’utilise le pouvoir est bien connue. Mais elle n’excuse pas pour autant les divisions de l’opposition. La responsabilité de l’opposition dans cet échec a été d’aller au dialogue de façon isolée sans concertation et sans une plate forme revendicative commune. Et ce qui devait arriver arriva. Deux délégations traditionnellement connues pour leur lutte en faveur d’un nouvel ordre ont été débauchées. Je ne fais que constater sans chercher à savoir qui des deux ayant été débauchées ou des deux autres ayant résisté porte la responsabilité de cette division. Ce qui vient de se passer est déplorable et fera beaucoup mal à la lutte pour un nouvel ordre politique. …………..». Et l’ancien ministre de conclure : « .. le président Chirac et M. Louis Michel doivent comprendre que différer la résolution de la crise par cette méthode de débauchage de certains leaders tout en refusant de résoudre les graves problèmes qui divisent les Togolais est dangereuse pour la survie de ce pays. Il faut finir avec cette hypocrisie qui consacre après chaque élection présidentielle très discutable, un processus de légitimation par des législatives ».

Mais peut-être aussi, soutient une tierce opinion, que si Gilchrist Olympio et Léopold Gnininvi ont accepté la médiation, c’est parce qu’ils savent à quel point Blaise Compaoré a besoin d’une médiation par les temps qui courent -comme pour y prendre un bain de jouvence- et qu’ils veulent ainsi l’appâter et le piéger.
L’appâter avec en arrière-plan l’idée qu’il ne peut y avoir réussite du dialogue qu’en concédant à cette opposition dite radicale, une grande partie de ce qu’ils demandent, et ça ne sera pas chose donnée au vu de ce qu’ils exigent. En effet, les points restants en discussion à la suite du dernier accord du 16 juillet 2006, sont liés au mode de scrutin, à la réforme de la CENI et de l’armée, à la lutte contre l’impunité. On voit très bien que ce sont là des questions très sensibles. Y toucher peut provoquer un effet en chaîne et déstabiliser le RPT. C’est particulièrement le cas pour les questions intéressant l’armée et l’impunité.. Si la médiation de Blaise Compaoré achoppe sur ces points, cela aura un retentissement négatif sur lui-même et sur sa gouvernance.

Le dernier carré des opposants de l’UFC et de la CDPA n’aurait finalement fait ici que jouer en finesse en mettant au surplus le chef de l’Etat burkinabé, face à ses contradictions. Les deux opposants ont tout d’abord évité de tomber dans le piège de l’extrémisme pour ne pas se mettre à mal avec l’Union européenne qui ne cache plus sa volonté de lever les sanctions et pour ne pas s’exposer à un acharnement médiatique qui aurait un effet dévastateur sur l’opinion. Les responsables de l’UFC et de la CDPA disent ensuite en quelque sorte au médiateur : «Puisque tu dis pouvoir trouver la solution à ce que nous poursuivons depuis tant d’années et être notamment en mesure de déconnecter l’armée de la politique, de régler le problème de l’impunité (auquel tu fais face dans ton propre pays), eh bien, vas-y ».

Mais quelles que soient les raisons, il faut se convaincre qu’aucun sacrifice n’est assez grand pour conclure la paix. Maintenant que le bal est ouvert, attendons de voir comment vont se comporter sur la piste, les danseurs !

V.T
Article dans San Finna N°374 du 31 Juillet 2006