06/10/2022

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Des dirigeants de Bolloré retenus au Togo

Quatre dirigeants du groupe Bolloré étaient retenus en détention à Lomé, vendredi 10 février, dans le camp de la gendarmerie nationale du Togo. Ils ont été conduits, peu avant 10 heures, vers le tribunal, où ils devaient être entendus pour une affaire de corruption de magistrats. L’un des deux directeurs généraux du groupe, Gilles Alix, le responsable pour l’Afrique francophone, Georges Cognon, ainsi que Dany Chuteaux, son adjoint, et Pascal Cotti, le patron du groupe au Togo ont été incarcérés pendant 36 heures dans les cellules togolaises. Après intervention de l’Elysée, ils devaient être autorisés à rentrer en France dans la journée de vendredi.

Ils avaient été interpellés à l’aéroport de Lomé, mercredi 8 février, dans la soirée, alors qu’ils s’apprêtaient à rentrer en France. Les bureaux du groupe Bolloré à Lomé avaient été perquisitionnés par la police togolaise. Quelques jours plus tôt, le groupe français avait gagné un procès contre Jacques Dupuydauby, ancien salarié de Bouygues, employé par Bolloré depuis 1998. Il était en effet PDG d’une société de droit espagnol, Progosa, dont Bolloré était actionnaire et qui a investi au Gabon et au Togo dans des activités d’exploitation de zones portuaires et de manutention. Bolloré l’accusait de détournement d’actifs dans ce dernier pays pour quelque 20 millions d’euros. Après avoir gagné un procès sur ce dossier en Espagne, le groupe français a aussi obtenu gain de cause à Lomé. Aujourd’hui, le groupe Bolloré est accusé d’avoir corrompu le juge qui a rendu ce verdict. « Notre sentiment, c’est qu’ils sont tombés dans un piège », affirme-t-on à l’Elysée. Le président togolais avait en effet demandé à voir les cadres de Bolloré après ce procès. C’est pour cela qu’ils sont venus à Lomé. Mais Faure Gnassingbé ne les a finalement pas rencontrés. Et ils ont été emprisonnés.

M. Dupuydauby est un homme puissant à Lomé. Il est proche du frère du président, Patcha, qui contrôle le port de Lomé et est aujourd’hui considéré comme l’homme fort du Togo. Il est également proche du juriste Charles Debbasch, le juriste français conseiller de la présidence togolaise, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Jacques Dupuydauby a pu s’introduire au Togo grâce au soutien de Michel Dupuch, un ancien membre de la cellule africaine de l’Elysée entre 1995 et 2002, qui a mis à sa disposition son carnet d’adresses. Au Togo, dit-on de source informée, « le nouveau président semble vouloir prendre ses distances avec la France ».

« PRISE D’OTAGES »

Récemment, des dirigeants de Total au Togo ont eu maille à partir avec le gouvernement togolais. Au regard de ce qui vient de se passer pour les dirigeants de Bolloré, « on se dit que la même chose peut nous arriver », lance Claire Durand, présidente de l’Union des Français de l’étranger à Lomé.

Manifestement, les quatre dirigeants qui sont tous de très anciens collaborateurs de Vincent Bolloré n’ont pas été mal traités. Jeudi dans la soirée, un commissaire du Service de coopération technique internationale de la police (SCTIP) avait pu leur rendre visite pour s’en assurer. Ils ont été nourris correctement et ont pu s’entretenir au téléphone avec leur famille.

Le Quai d’Orsay suit cette affaire depuis ses débuts et s’est également enquis de la bonne santé des détenus.

« Cela fait vingt ans que Bolloré travaille en Afrique, il n’a jamais eu de problèmes avec la justice, affirme le porte-parole du groupe. Manifestement, il s’agit d’un piège. » Certains parlent même, chez Bolloré, « d’une prise d’otages ».

Par Gérard Davet, Virginie Malingre (avec Piotr Smolar et Jean-Pierre Tuquoi)

paru dans LE MONDE du 10/02/06