29/11/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Elections législatives anticipées au Togo : un consensus politique troublant …..

Les annonces à répétition de l’organisation des élections législatives anticipées, dont le débat et les échéances sont toujours recommencés et jamais achevés, sont un signe politique fort inquiétant d’un nouvel enlisement annoncé du processus démocratique au Togo.
Je m’interroge sur l’opportunité et la portée de ces élections législatives anticipées, la volonté réelle ou supposée des dirigeants, l’empressement et l’unanimité désormais affichés de la classe politique togolaise.
Au travers des conditions absurdes posées en préalable à l’organisation, apparait en filigrane une stratégie évidente de report voire de rejet de ces consultations électorales somme toute inéluctables à terme.

I/ LE CONSENSUS DU NON CHOIX ET DE L’IMMOBILISME

Les togolais manifestent à l’évidence une réelle volonté de participer aux élections pour répondre à une exigence de démocratie. Cette volonté d’être consulté, écouté et de pouvoir élire ses dirigeants, contraste avec les manœuvres politiques et stratégiques inavouées des états majors, ce qui ne laisse présager aucune sortie de crise.

L’EXPERIENCE DES COHABITATIONS

S’il y a une leçon que l’opposition togolaise a retenu c’est l’expérience tragique de la gestion provisoire du pouvoir partagé avec le RPT.
On se rappelle avec émoi, des relations tumultueuses puis passionnelles des gouvernements KOFFIGOH avec le régime en place. Mieux encore , l’incompréhensible alliance contre nature de l’UTD d’Edem KODJO (ou plutôt le retour aux sources de l’ancien secrétaire général du RPT) qui accepta de gouverner avec le RPT contre son fidèle allié de l’opposition le CAR alors même que la victoire leur était acquise aux élections législatives.
Ces expériences de cohabitation et de collaboration effective avec le régime, qu’ils n’ont de cesse combattu dans un contexte de changement voulu et imposé par la rue, ont laissé des traces avec goût amer à l’opinion nationale.
Aujourd’hui, l’enlisement est plus que profond et l’opposition togolaise ne dispose d’aucun moyen crédible pour gouverner sans heurts, mais nécessairement avec le bon vouloir du régime Eyadema. Ses leaders ne se bousculent pas pour les urnes, évitant soigneusement la connivence que peuvent leur reprocher les militants s’ils acceptent l’usure d’une nouvelle cohabitation.

LE JEU DES APPAREILS POLITIQUES…

Faute d’un accord global sur le fond, chacun des acteurs politiques multiplie les appels aux élections et en même temps les obstacles pour retarder le plus possible le saut fatal.
Pour le RPT, les raisons sont évidentes et compréhensibles.
La composition actuelle de l’assemblée monocolore qui lui est acquise est une véritable aubaine politique et financière pour les cadres du parti. Il s’agit pour l’essentiel de se refaire une santé mise à mal par la déroute du RPT dans les années 90 par la virulente contestation à laquelle elle n’était pas préparée. Aujourd’hui, tous les rouages de l’état (média, finances, sécurité, justice, sociétés d’Etat) sont aux mains de ses dirigeants ou sympathisants et les bonnes vieilles méthodes qui lui sont propres sont toujours d’actualité.
Organiser les élections législatives dans les conditions actuelles, c’est accepter de manière tacite le partage du pouvoir avec l’opposition ou carrément le risque de les perdre avec le triste souvenir de la traversée du désert qui cette fois-ci risque d’être plus longue que la précédente.
Un nouveau facteur aggravant est l’implosion annoncée du RPT.
De plus en plus contesté au sein de son parti dont il reste le président fondateur, Eyadema devrait se faire du souci sur la fidélité de ses plus zélés collaborateurs et défenseurs.
Les récentes défections auxquelles l’on assiste aujourd’hui de Dahuku PERE (ancien Président de l’Assemblée Nationale) et de Agbeyomé KODJO (ancien Président de l’Assemblée Nationale et ancien Premier Ministre) retentissent lourdement comme l’annonce faite aux militants que l’heure des réformes, des inquiétudes et de la débandade a sonné.
La bataille de succession est engagée entre les réformateurs et les caciques du régime (tous manquent de charisme et d’envergure). Elle finira par ruiner les chances du RPT aux élections dont le parti sortira dans tous les cas affaibli.
Le RPT, comme d’ailleurs la plupart des partis Etats, ne survivra pas à son fondateur à force de se refuser la désignation d’ un successeur.

En ce qui concerne l’opposition togolaise, elle souffre à l’évidence d’un trop plein de dirigeants qui sont capables d’afficher à la fois leur unanimité béate sur le départ du chef de l’Etat puis, avec insolence, leur désaccord profond sur tout le reste.
A défaut de présenter un projet d’alternance cohérent et crédible, elle surfe sur la vague de contestation permanente du pouvoir par la population qui lui semble acquise. Ce rejet du système par des protestations régulières est assimilé à tort par l’opposition à une adhésion collective à ses idées .
Ses dirigeants divisés et calculateurs sont écartelés entre ceux qui accepteraient l’idée d’une nouvelle transition fut-elle chaotique et ceux qui se préservent une virginité pour la gestion des affaires de l’Etat avec l’inexpérience et l’improvisation certaine dont ils feront preuve à l’avenir.
Confrontée à la réalité du pouvoir , la surprise sera de taille et la gouvernance laissera les citoyens pantois !

… AU SEIN DES COMMISSIONS ELECTORALES

Les rivalités observées au sein des commissions et organes chargés de préparer les élections législatives anticipées ne sont en réalité que la transposition des manœuvres politiques des états majors ; la manifestation du refus des uns et des autres de faire des concessions pour aller aux urnes. On évitera ici de citer les multiples accrocs au processus électoral (organisation, participations, répartition des rôles, décisions etc ..).
Si l’on est tenté de croire à la sincérité des leaders politiques au sujet de l’organisation des élections législatives anticipées il y a quelques années encore, c’est faire preuve aujourd’hui d’une grande naïveté politique que de croire à un sursaut patriotique de toute la classe politique dans le contexte actuel : les véritables enjeux sont ailleurs et le moment choisi n’est pas neutre !

II/ LES STRATEGIES A L’EPREUVE DU CALENDRIER ELECTORAL

L’élection présidentielle (faut-il le rappeler) a lieu bientôt en avril 2003. En dehors du risque de falsification des résultats, organiser les élections législatives anticipées à quelques mois de l’élection présidentielle est un non-sens politique de taille. Cette évidence, je l’espère, n’a pas échappé aux acteurs politiques majeurs de la crise togolaise.

LES ELECTIONS ANTICIPEES UN SENS !

L’histoire politique du Togo, faite de coups de force permanents incite à plus de retenue et de singularité. L’expérience a montré que les élections législatives n’entraînent pas à elles seules un bouleversement institutionnel susceptible de remettre en cause l’équilibre institutionnel et l’ordre établi.
On ne peut donc s’attendre raisonnablement à un éclaircissement du paysage politique togolais dont le mépris par les acteurs de l’ordre républicain et du vote des citoyens inspire la stupéfaction.
A quelques mois de l’élection présidentielle, si tel devait être le cas dans un entêtement incompréhensible, il faut s’attendre à une paralysie générale du pays.

UN CALENDRIER ELECTORAL INEDIT !

En l’état actuel du calendrier électoral, les législatives se tiendront quelques mois avant l’élection présidentielle. Si ce calendrier était maintenu, cela posera inéluctablement une crise institutionnelle et politique dont la gravité n’est pas perçue et qui se traduira par une tension électorale et politique sans commune mesure avec la crise actuelle.
L’élection législative n’est pas l’élection majeure de notre système institutionnel. On se retrouvera dans une situation totalement aberrante où l’on verrait le Président de la République élu juste après les députés.
La menace d’une nouvelle dissolution et donc d’une nouvelle élection plane sur le gouvernement issu de ces consultations étant entendu que le nouveau Président élu aura besoin d’une majorité cohérente, forte et soudée pour mener à bien son programme politique qui n’engage absolument pas le gouvernement le précédent dans ses fonctions.
Il faut rajouter au tableau la lassitude de la population à participer à une succession d’élections sans fin après une période relativement longue de non vote.
Cette situation inédite et contraire au bon sens engage nos hommes politiques à initier un dialogue urgent pour remettre le calendrier électoral à l’endroit

UN FINANCEMENT INTROUVABLE !

Outre les raisons politiques et stratégiques sus- évoquées, une des clés de l’organisation des consultations réside dans la mobilisation de la communauté internationale en matière de financement.
La nouvelle donne politique togolaise avec ce calendrier inédit aussi chargé qu’aberrant nous fait penser qu’il ne sera pas possible, ni par le budget de l’état, ni par la mobilisation internationale de financer plus de trois consultations électorales dans un intervalle de dix huit mois vu le coût que cela représente. Les moyens dévolus par consultation sont estimés à plus de 4 milliards de francs CFA.Une révision du calendrier électoral me semble inéluctable !

III/ LES VERITABLES ENJEUX DE 2003 : POUR DES ELECTIONS LEGISLATIVES ET PRESIDENTIELLES SIMULTANEES EN AVRIL 2003 POUR SORTIR DE L’IMPASSE.

La question de l’articulation entre les élections est toujours un sujet délicat. La priorité est de retrouver l’ordre naturel des élections en conformité avec l’esprit de notre constitution. Si le calendrier actuel est aberrant, il est de la responsabilité des dirigeants d’avoir le courage de le dire, de l’expliquer, et de le changer.
Pour ma part je me refuse à une inversion complète de ce calendrier qui consisterait à organiser l’élection présidentielle avant les législatives.
La question de la continuité ou du changement devra être tranchée en même temps.

LES RAISONS DE LA FUSION DES CALENDRIERS POUR DES ELECTIONS SIMULTANEES : COHERENCE INSTITUTIONNELLE ET CLARTE POLITIQUE

Les raisons qui militent pour la simultanéité entre la date de l’élection présidentielle et des élections législatives sont nombreuses.
La première, la plus évidente sans doute, est qu’il n’y a aucun obstacle institutionnel à telle une démarche.
Sur le principe, cette proposition vise à préserver la cohérence du système institutionnel.
Le principal bénéfice sera la coïncidence des majorités, donc d’éviter à tout prix la cohabitation (un paradoxe institutionnel sur fond de nouvelle crise), dont personne ne saurait expliquer les bénéfices à nos populations, à part une copie saugrenue des institutions françaises. Il est souhaitable en effet que les résultats des élections confirment la cohésion du vote entre la majorité présidentielle et la majorité parlementaire qui reste la seule garantie d’efficacité pour l’action de l’exécutif.
Les citoyens togolais sont responsables. Ils ne sauront se déjuger le même jour par des votes contradictoires.
L’assemblée nationale issue de ces élections sera le reflet d’une majorité dotée d’une double légitimité et décidée à soutenir les orientations du Président de la République et la politique qui sera conduite en son nom par le gouvernement dans la plénitude de l’action.
Une loi organique à défaut d’une modification constitutionnelle suffirait pour faire coïncider de manière définitive les échéances électorales. L’exemple de l’abstention forte lors des récentes élections sur le continent africain, où l’enjeu de l’alternance est mal perçu, ne fait que confirmer le désintérêt que peuvent susciter ces élections mal articulées à répétition avec des campagnes électorales permanentes qui paralysent toute action gouvernementale.

MOBILISATION GENERALE AUTOUR D’UNE QUESTION CRUCIALE :
CONTINUITE OU CHANGEMENT ?

Le Togo est mis aujourd’hui sous surveillance et au banc de touche par la communauté internationale. Cette crise politique n’a que trop duré et la lassitude hibernale dans laquelle le peuple togolais est plongé devra connaître son terme.
Si l’on exclu le risque de cohabitation évoqué plus haut, le seul enjeu véritable pour les électeurs togolais est de décider de leur avenir politique autour d ‘un enjeu crucial : alternance ou continuité ?.
Vu sous cet angle, ces consultations auront un arrière goût de véritable plébiscite qui devra mobiliser les électeurs. Nous y trouvons un avantage considérable d’unification de la pléthore de partis politiques dont la représentativité est plus que douteuse.
La plupart se limitent à la force de conviction de leurs leaders sans véritable assise nationale pérenne. Ils ne survivront pas non plus à leurs fondateurs.

LES CONDITIONS DE SORTIE DE CRISE

Ma volonté n’est pas d’exposer ici (qui pourrait d’ailleurs le faire ?) un schéma évident de sortie de crise. Il s’agit de manière sommaire de donner des pistes qui dépendront une nouvelle fois du consensus interne et international pour l’organisation et l’acceptation des résultats des urnes pour mettre un terme à la longue crise politique que traverse le Togo.
Dans une première étape, il faut revenir aux termes de l’accord cadre de Juillet 1999. Respect par le chef de l’Etat des dispositions de la loi fondamentale qui ne prévoit pas le renouvellement de son mandat actuel. Rétablissement de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) dans ses prérogatives. Reprise des travaux préparatoires des élections et du processus de suivi dans le cadre du comité paritaire de suivi (CPS).
Dans une seconde étape, les ressources nationales et internationales devront être mobilisées pour faire de ces élections une étape décisive pour la pacification de la République.

Peut-on finir ces propos sans se poser les questions essentielles qui doivent inspirer la classe politique ? Abstraction faite de la sempiternelle question du maintien ou non du chef de l’état dans ses fonctions que peut-on espérer de nouveau ?
Les débats électoraux sont d’une pauvreté affligeante. De l’audace et de la créativité pour déterminer les électeurs à choisir. Des pistes ? Il en existe ! Ethique, moralisation de la vie publique, éducation, lutte contre la corruption, la pauvreté, l’inégalité, la protection sociale, un programme économique de développement, les réformes de l’université, la santé, les libertés publiques dont la sécurité est la pierre angulaire pour répondre aux simples aspirations de nos populations.

La force de conviction, espoir, fondement et ciment de notre République tient en ces trois valeurs : TRAVAIL, LIBERTE, PATRIE.

Paris le 12 août 02
Wisdom GBEASSOR
Diplômé de Formation Supérieure en Relations Internationales