07/12/2022

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Entretien « difficile » entre Eyadema et Romano Prodi à Bruxelles

(PANAPRESS, Bruxelles, Belgique, 24 juin 2002)

Le président Gnassingbe Eyadema du Togo a été reçu, lundi à Bruxelles, par le président de la Commission européenne, M. Romano Prodi à qui il est venu demander le rétablissement de la coopération entre son pays et l’Union européenne.

Répondant aux questions de la PANA à l’issue de la rencontre, le président de la Commission européenne a fait savoir que l’Union européenne est disposée à rétablir la coopération avec le Togo à la condition que des élections législatives « démocratiques et transparentes » soient organisées conformément à l’Accord-cadre de Cotonou.

« Je dis, transparentes parce qu’elles doivent être acceptées par tous, car après cela nous sommes prêts à reprendre la coopération », a souligné le responsable européen.
M. Prodi a déclaré être conscient des souffrances du peuple togolais et qu’il faut rechercher tous les moyens pour soulager cette souffrance.

Il a dit que la rencontre avec le chef de l’Etat togolais s’est déroulée dans un climat très difficile et très tendu.

S’adressant à l’opposition togolaise, il a demandé à celle-ci d’accepter les propositions politiques « lorsqu’elles peuvent garantir l’organisation d’élections démocratiques pour tous ».
Selon M. Prodi, le président Eyadema s’est engagé à organiser des élections démocratiques en présence des observateurs de l’Union européenne.

Pendant la rencontre, une centaine de Togolais ont manifesté bruyamment devant le bâtiment de la Commission européenne.

Des éléments de la police, munis de casques, boucliers et matraques, sont intervenus pour contenir les manifestants qui, à l’arrivée du cortège présidentiel, se sont mis à lancer des tomates, des oeufs et pommes de terre.

La manifestation a failli dégénérer lorsqu’un groupe de manifestants s’est rué sur un photographe qui faisait des prises pour les services de renseignement togolais. Le malheureux, roué de coups n’a dû son salut qu’à l’intervention des policiers qui ont pu le dégager.
Les services d’ordre l’ont fait rentrer dans le bâtiment de la Commission européenne d’où il est ressorti par une porte dérobée.

A la sortie de l’audience, les manifestants se sont mis à lancer des slogans hostiles au président Togolais dans le genre : « Eyadema assassin, Chirac complice ».
Puis ils se sont mis à lancer divers projectiles en direction de la voiture présidentielle et de sa suite.

Après le départ du cortège présidentiel pour l’aéroport de Bruxelles, M. Romano Prodi est venu à la rencontre des manifestants togolais qui l’ont applaudi.

M. Prodi leur a dit que la rencontre a été « très difficile » et que la coopération avec le Togo ne sera rétablie qu’après la tenue d’élections libres, démocratiques et transparentes et invité les manifestant à désigner une délégation qu’il a accepté de recevoir immédiatement à son bureau.
Avant de monter dans le bureau du président de la Commission, M. Éloi Koussawo, président du Collectif des opposants togolais en Europe, a déclaré que la manifestation a été organisée pour protester contre la plus vielle dictature d’Afrique.

Il s’agit, a-t-il dit, d’une manifestation pacifique organisée pour sensibiliser la communauté internationale sur la situation politique dramatique que vit son pays depuis plus de 35 ans.
Il a dit que la Commission, qui est une institution démocratique, ne devrait pas recevoir un dictateur qui a plongé son pays dans le chaos et la souffrance.

L’Union européenne avait décidé de rompre la coopération avec le Togo en 1992 après les troubles graves qui avaient éclaté dans ce pays avant la tenue des premières élections présidentielles multipartites organisées en 1993.

Les sanctions européennes avaient été reconduites après les élections présidentielles de 1998, dont les résultats avaient été contestés par les observateurs de l’Union européenne.
Il en fut des même à l’issue des élections législatives de 1999.

De nombreuses délégations ministérielles togolaises sont venues par la suite à Bruxelles pour convaincre les autorités européennes de rétablir la coopération, mais Bruxelles s’y est toujours opposée.