18/08/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Fin de la mission UE au Togo : La Coalition réclame la dissolution du gouvernement actuel

Fin de la mission UE d’évaluation des 22 engagements :
La Coalition réclame la dissolution du gouvernement actuel et la formation d’un vrai gouvernement d’union nationale

Par Carlos KEITH’S

La mission d’information et d’évaluation de la mise en œuvre des « 22 engagements » qui a séjourné toute la semaine dernière au Togo a quitté notre pays hier soir. Elle a rencontré les acteurs de la vie politique nationale et de la société civile togolaises tels que définis par la France pour les négociations inter togolaises ayant abouti au défunt Accord Cadre de Lomé.

Ce qui frappe les observateurs assidus de la scène politique que sont les médias, c’est d’abord, le manque d’originalité dans les méthodes et donc forcément dans les résultats. C’est ainsi que la mission d’évaluation de l’Union Européenne est arrivée au Togo et y a séjourné en se comportant comme si l’épisode de l’élection présidentielle n’a jamais existé.

Tout s’est passé comme si le scrutin présidentiel raté du 24 Avril n’était qu’une parenthèse ouverte qu’il fallait refermer rapidement afin qu’il n’en reste aucune trace visible pour revenir à la situation qui prévalait avant le décès du général président Eyadéma. Tout s’est passé comme si les centaines de morts, les milliers de blessés et de réfugiés occasionnés par les violences organisées par des proches du pouvoir RPT lors du scrutin mafieux du 24 Avril n’ont pas créé un nouveau contexte.

Le 19 Mai à Abuja, le mini sommet des chefs d’Etat qui s’étaient réunis sur la question togolaise avait préconisé la mise sur pied d’un cadre de dialogue entre le RPT et la Coalition afin de permettre le retour du pays à la normalité et la formation d’un gouvernement d’union nationale. L’UE avait appuyé cette initiative considérée comme étant l’unique voie de parvenir à vraie une solution de sortie durable de la crise qui secoue le pays depuis près d’une quinzaine d’années.

De même, l’Union Européenne avait été la première à applaudir lorsque le président de la Commission de l’Union Africaine avait décidé de nommer un médiateur pour faciliter le dialogue entre les acteurs politiques togolais. L’objectif des 22 engagements était de permettre l’organisation d’élections législatives démocratiques et transparentes devant déboucher sur la reprise pleine et entière de la coopération de l’UE avec le Togo.

Le scrutin présidentiel raté du 24 Avril aura révélé au monde entier, le refus permanent et systématique par le régime RPT, de toute idée de démocratie pluraliste passant par l’organisation d’élections libres et transparentes. Depuis l’élection présidentielle ratée du 24 Avril 2005, les Togolais sont plus divisés entre eux qu’avant le décès d’Eyadéma. De nouvelles plaies se sont ouvertes et la liste des contentieux opposant les Togolais et le régime dictatorial qui les gouverne depuis bientôt quarante ans, ne cesse de s’allonger.

Le dégoût provoqué auprès des Togolais par les violences militaires et policières perpétrées par les groupes organisés proches du régime est si fort qu’aujourd’hui, il est presque indécent de venir parler à nouveau d’élection à des populations togolaises apeurées, désespérées et qui ne croient plus en l’Etat.

Il n’est pas étonnant que cette vision des choses échappe aux tenants du régime RPT. Que ce soit au RPT ou à la CPP, on considère la situation actuelle issue du scrutin présidentiel du 24 Avril, comme une situation normale à gérer avec les solutions traditionnelles. C’est à peine si au sein de ces deux formations, l’on a conscience qu’il y a eu des morts, beaucoup de morts, des blessés et des dizaines de milliers de réfugiés à l’occasion de la dernière élection présidentielle.

« Même si les 22 engagements ont été pris avec le gouvernement de Koffi Sama, nous avons aujourd’hui la chance d’avoir à la tête du gouvernement l’un des témoins, l’un des signataires des 22 engagements, celui-là qui a vécu ces engagements dès leur phase de conception jusqu’à la phase de signature », déclarait gaillardement M. Cornélius Aïdam, 3ème Vice Président de la CPP (le parti de M. Edem kodjo, premier ministre) à sa sortie de l’entretien avec la mission de l’UE.

Il a parlé de « la volonté affirmée par le gouvernement que dirige M. Edem Kodjo de tout faire pour que les 22 engagements deviennent une réalité » car, dit-il « si les 22 engagements étaient appliqués dans leur intégralité, on fera un saut dans la petite communauté des démocraties avancées ».

L’engagement fondamental pris devant l’UE par le gouvernement togolais et ses alliés de la CPP et du PDR était d’assurer le plein respect des principes démocratiques, en annonçant sans délai « une reprise ouverte et crédible du dialogue national avec l’opposition traditionnelle et la société civile, dans un cadre structuré et transparent ».

C’est dans ce cadre de dialogue structuré et transparent que devait se réaliser l’autre engagement fondamental, celui de « procéder, en partant de l’Accord Cadre de Lomé, à une révision du cadre électoral, garantissant un processus électoral transparent et démocratique, et acceptable pour toutes les parties ». Aucun de ces deux engagements fondamentaux n’avait été respecté par le pouvoir RPT dans un contexte moins tendu que celui que vit le pays depuis le décès d’Eyadéma.

Edem Kodjo qui était, comme le confirme M. Aïdam, l’un des concepteurs des 22 engagements, était toujours monté au créneau pour soutenir que le défilé des délégations de partis politiques organisé par l’ancien premier ministre Koffi Sama pouvait tenir lieu de cadre de dialogue structuré et transparent et que le Code électoral inique jugé aujourd’hui non démocratique par la communauté internationale, était tout à fait acceptable et totalement libéral.

Le mini sommet des chefs d’Etat réuni à Abuja avait explicitement reconnu que l’élection présidentielle ratée du 24 Avril 2005 avait sorti le Togo de la normalité. C’est pourquoi ce sommet avait préconisé la mise sur pied d’un cadre de dialogue pour ramener le pays à la normalité. Le 14 Avril 2003, tout le monde avait salué la fermeté de l’Union Européenne face aux manœuvres dilatoires des autorités togolaises.

En imposant les 22 engagements au gouvernement togolais, l’UE avait tracé la voie qui devait conduire pour une fois au Togo, à des élections à peu près démocratiques. Cet objectif était compatible avec le contexte qui prévalait à l’époque. Le coup d’Etat électoral perpétré en 2003 par le défunt général Eyadéma n’avait pas fait 800 morts, plus de 4.000 blessés et plus de 30.000 départs en exil.

L’organisation d’élections législatives transparentes pouvait constituer un début de solution honorable au contentieux électoral de 2003. Cette fois, le contexte est différent. C’est pour tenir compte du nouveau contexte né de l’élection présidentielle du 24 Avril que le mini sommet d’Abuja avait préconisé la mise sur pied d’un cadre de dialogue, non pas pour organiser des élections dans l’immédiat, mais pour déboucher sur la formation d’un gouvernement d’unité nationale au sein duquel, RPT et Coalition travailleraient ensemble sur les nécessaires réformes institutionnelles devant faire du Togo, un Etat « civilisé ».

Cette option avait été saluée et soutenue par tous les partenaires de notre pays : la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Union Européenne, l’Union Africaine. Le tout est aujourd’hui de savoir dans quelle logique l’UE entend inscrire son action. Si elle privilégie la logique électorale, elle sort du cadre fixé par le mini sommet d’Abuja et porterait la responsabilité d’un échec plus que probable. Si elle se situe dans la logique du mini sommet d’Abuja, elle ne pourra pas ne pas faire siennes les analyses et les propositions de la Coalition.

« En réalité, dans un contexte politique comme le nôtre où l’appareil d’État est confisqué par le parti au pouvoir, il est illusoire de rechercher le changement par des élections précipitées. On expose inévitablement le pays à des rééditions de fraudes massives, au retour cyclique des protestations violentes et à de nouvelles vagues de répressions sauvages. Les élections n’ont de sens dans de pareils environnements qu’après qu’on eût adopté une démarche politique intérimaire pour « déconfisquer » l’État », lit-on dans le document cadre remis à la mission UE par les cinq partis de la Coalition.

S’inscrivant résolument dans la logique du mini sommet d’Abuja, la Coalition propose la formation d’un Gouvernement d’union nationale, une « solution qui a fait ses preuves dans des pays confrontés à des situations similaires à la nôtre ». « C’est dans cet esprit qu’il importe que les élections en perspective soient précédées d’un Gouvernement transitoire d’unité nationale à former à l’issue d’un dialogue national.
Il appartiendra, entre autres missions, à ce Gouvernement de définir et de mettre en œuvre les mesures d’apaisement des populations, de promouvoir le climat d’entente entre les diverses composantes de la classe politique, de procéder aux réformes électorales et institutionnelles et d’organiser les prochaines élections », écrit la Coalition qui considère que cette mesure ne sort pas du processus des 22 engagements dans la mesure où l’engagement n° 1-1 prévoyant le dialogue national.

Mais, c’est surtout la recommandation formulée par les Chefs d’État africains au mini sommet tenu à Abuja le 19 mai 2005 qui fonde la Coalition dans sa proposition. Pour la Coalition, « il va de l’intérêt du pays que les sacrifices nécessaires soient consentis pour que le schéma d’Abuja soit mis en œuvre ».

C’est pourquoi la Coalition « considère que l’organisation, dans le cadre de l’application de l’engagement n° 1-1, d’un dialogue national sous l’égide de l’Union Africaine et de l’Union Européenne avec le concours d’un facilitateur, et la formation d’un Gouvernement transitoire d’unité nationale à l’issue de ce dialogue, constituent les mesures appropriées pour un dénouement pacifique de la crise sociopolitique du Togo ».

Entre l’affirmation des principes et la réalité du contexte togolais, la grande question qui se pose aujourd’hui n’est pas tant de savoir la logique que suivra l’Union Européenne, mais de savoir si la Coalition saura dépasser ses rivalités internes, ses éternelles et ridicules susceptibilités qui la contraignent à une redoutable inertie, pour se donner les moyens de « vendre » sa solution à la communauté internationale.

Motion d’Information N° 313 du 18/07/2005