08/12/2022

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Interview de Agbéyomé KODJO à RFI : «… j’ai opéré mon mea culpa, je n’en pouvais plus! »

Interview de Agbéyomé KODJO à Radio France International, diffusée le 17 septembre 2002 ( Propos recueillis le 03/09/02 par Karine FRENK )

«Le peuple togolais sait que j’ai opéré mon mea culpa, je n’en pouvais plus! »

KARINE FRENK (RFI) : Agbéyomé KODJO, bonjour ! Après votre démission le 27 juin dernier, vous avez fui votre pays le Togo ; vous vous cachez d’ailleurs, que redoutez-vous au juste ?

Agbéyomé KODJO : Ma sécurité est en danger. Je suis poursuivi par EYADEMA et sa police politique ! Et donc, même ici, un accident est peut être vite arrivé

KARINE FRENK (RFI) : Pendant ce temps au Togo, les préparatifs des élections législatives anticipées se poursuivent. Des élections qui seront boycottées en toute vraisemblance par les principaux partis d’opposition, est-ce que vous comprenez ces partis ?

Agbéyomé KODJO :Je considère que la position de l’opposition est raisonnable. On ne peut pas participer à une mascarade électorale. Le code électoral a été modifié d’une façon unilatérale, la CENI qui comprend également les représentants de l’opposition a été dissoute et remplacée par un comité de 7 juges. Et, l’indépendance de ces juges n’est pas assurée.

KARINE FRENK (RFI) : Mais c’est vous Premier ministre de l’époque qui avez soumis le code électoral à l’assemblée nationale.

Agbéyomé KODJO :C’est sur ordre du chef de l’Etat que j’ai exécuté. C’est le président EYADEMA qui incarne le pouvoir. Ce pouvoir cherche à se maintenir au-delà de 2003. Le président craint que si l’opposition participait aux élections, il perdrait. Je pense que si le président veut réellement quitter le pouvoir en 2003, comme l’indique la Constitution et comme il l’a promis au Président CHIRAC et à toute la communauté internationale, on ferait une croix sur ces élections législatives anticipées aujourd’hui, et faire en sorte que des personnalités comme Gilchrist OLYMPIO puissent également être au rendez-vous de 2003.

KARINE FRENK (RFI) : Votre fuite, vos révélations, vous les présentez comme le résultat d’une prise de conscience personnelle, avec ce message comme clé de voûte de vos réflexions : « il faut que le général EYADEMA quitte le pouvoir. »

Agbéyomé KODJO :Oui, je pense que la solution aux problèmes que rencontrent les Togolais aujourd’hui, passe par le départ du président EYADEMA…Tout passe par EYADEMA et revient à EYADEMA. Le président de la République assure à la fois le contrôle du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire.

Au niveau économique, je le vois faire : donc, comment on prend à la source sur les recettes des douanes, les recettes du port, comment les privatisations qui ont été opérés dans le pays, comment l’argent n’est pas rentré en totalité au trésor public. Il y a tellement d’exemples !

KARINE FRENK (RFI) :On vous accuse vous aussi d’avoir profité de cette corruption, notamment quand vous étiez directeur du port de Lomé

Agbéyomé KODJO : Oui, j’ai été accusé d’avoir détourné 4 milliard de francs, mais la banque a publié un démenti.

KARINE FRENK (RFI) : Vous vous êtes enrichi au pouvoir pendant toutes ces années.

Agbéyomé KODJO : J’ai gagné légalement ce que ma place et mes fonctions méritaient

KARINE FRENK (RFI) : Vous êtes milliardaire aujourd’hui !

Agbéyomé KODJO : Cà, c’est faux, je suis en accord et en harmonie totale avec ma conscience.

KARINE FRENK (RFI) : Vous parlez aujourd’hui du peuple togolais martyrisé, qu’entendenvez-vous par là ?

Agbéyomé KODJO : Lorsqu’un peuple perd sa liberté, lorsque la moindre manifestation de rue est réprimée, qu’il y a des violations de droit de l’homme au Togo, le système au Togo est un système militaire avec un ravalement civil. La violation des droits de l’homme au Togo, c’est l’œuvre des forces de sécurité.

KARINE FRENK (RFI) : En tant que ministre de l’intérieur, en tant que premier ministre, qu’avez-vous fait, à titre personnel, contre ces violations des droits de l’homme ?

Agbéyomé KODJO : J’ai fait beaucoup, mais je ramais à contre-courant. Je n’ai aucune responsabilité dans les violations de droits de l’homme au Togo. S’il y a quelque chose que j’ai sur la conscience, c’est que Me AGBOYIBO ait passé plus de 7 mois en prison. Pourquoi ? Parce que, en fait, EYADEMA s’est servi de moi pour le mettre en prison et le rendre inéligible.

KARINE FRENK (RFI) : Quelle crédibilité donner à vos propos, quand l’on sait que c’est vous en personne qui êtes venus à Genève, en avril dernier, défendre le régime EYADEMA devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU, pour dire que tout allait bien au Togo ?

Agbéyomé KODJO : Non, je pense que l’élément fondamental de ma défense à Genève, c’est autour des centaines de mort qu’on aurait trouvé, avant, pendant, et après les élections présidentielles de juin 1998. La-dessus, je suis formel, il peut y avoir quelques morts, mais il n’y a pas eu des centaines de mort.

KARINE FRENK (RFI) :Vous dénoncez donc ces exactions au Togo, mais vous avez participé à ce système EYADEMA, vous en étiez le premier ministre, donc il y a une complicité ?

Agbéyomé KODJO :je ne peux dire que j’ai été complice d’un système, j’ai servi mon pays à divers postes de responsabilité. Mais je dis, à un moment donné, les dérives sont telles que j’ai décidé de me retirer et de ne plus apporter ma caution.

KARINE FRENK (RFI) : Mais, vous avez mis du temps à prendre conscience de tout cela, il y a des opposants qui le font depuis longtemps ?

Agbéyomé KODJO : Mais je dis, il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est un choix difficile que j’ai eu à prendre. Très difficile !

KARINE FRENK (RFI) : Est-ce que vous avez envie de demander pardon à ce peuple togolais ?

Agbéyomé KODJO : Le peuple togolais sait que j’ai opéré mon mea culpa, je n’en pouvais plus !

KARINE FRENK (RFI) : Agbéyomé KODJO, merci !