26/11/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

La République est en danger !

Editorial du journal NYAWO

En sortant ce numéro spécial de NYAWO sans le supplément bilingue, nous voulons, d’abord, présenter toutes nos excuses à nos lecteurs. La non parution de votre Journal depuis de longs mois est due, comme chacun le sait, à la situation créée par l’incarcération inique et arbitraire de Claude Améganvi, Secrétaire à la coordination du Parti des travailleurs et Rédacteur en chef de NYAWO.

La Rédaction aurait voulu, en ce début d’année 2003, se plier à la tradition et formuler à l’intention des militants et sympathisants du Parti ainsi que de ses lecteurs, ses vœux les meilleurs pour l’année nouvelle. Seulement, pour être tout à fait sincère, il faut avouer que le cœur n’y est pas !

Actualité oblige.

AU TOGO, LA DEMOCRATIE VA A RECULONS, comme en témoigne cette lamentable « affaire Claude Améganvi » : un citoyen est arbitrairement privé de liberté et croupit en prison depuis cinq (5) mois, alors que son innocence a été largement prouvée tant au procès en 1ère instance qu’en Appel. (Lire p. 2)

Avec le triste privilège, rappelé au début de chaque année, d’avoir initié, le 13 janvier 1963, la série de coups d’Etat en Afrique, le Togo est devenu une référence peu enviable par le nombre de coups de force multiformes contre ses propres institutions.

De coups de force en coups de force, depuis le 13 janvier 1963, le recul démocratique s’est accentué, et particulièrement depuis l’historique soulèvement populaire du 5 octobre 1990.

MAIS, UN SOMMET HISTORIQUE VIENT D’ETRE ATTEINT. En effet, à quelques jours du 40ème anniversaire de l’assassinat, le 13 janvier 1963, du premier Président togolais élu démocratiquement, le 30 décembre 2002, alors que le peuple travailleur, dont les conditions de vie sont totalement précarisées par l’effondrement du pouvoir d’achat et le cumul des arriérés de salaires, pensions de retraite, allocations familiales, bourses et aides scolaires etc. était préoccupé par la recherche des moyens pour se donner une apparente dignité en ces temps traditionnels de fête, la Constitution de la IVe République, adoptée par plus de 93 % du peuple togolais appelé en référendum en 1992, a été tripatouillée par 80 soi-disant députés, sur les 81 cooptés à l’issue de la parodie d’élection du 27 octobre 2002, essentiellement aux fins d’instituer un règne présidentiel à vie par la modification de l’article 59!

Aux termes de l’article 59 de la Constitution de la IVè République, M. Eyadema termine son deuxième et dernier mandat présidentiel en 2003, et le prétendu « toilettage » » (comme s’il s’agissait d’enlever quelques scories…), que l’assemblée-croupion vient d’opérer en remaniant sans scrupule le texte original, équivaut à une véritable falsification de la Loi fondamentale que le Peuple togolais s’est donnée !

Ce dernier coup de force marque une modification qualitative des données.

IL NE S’AGIT PLUS SEULEMENT AUJOURD’HUI DE LA SAUVEGARDE DE LA DEMOCRATIE, MAIS DE LA PRESERVATION DE LA REPUBLIQUE EN DANGER. Car, lorsque, « députés » sans légitimité d’un parlement aux ordres issu d’une parodie d’élection, une poignée d’individus ose tripatouiller la Constitution qui est le garant de l’unité et de l’indivisibilité de la République, le Rubicon de la trahison du Peuple souverain est franchi, la République est en danger !

Avec cette falsification de la Constitution, il est évident que la situation politique ne peut que se dégrader davantage, accentuant la crise généralisée dans laquelle le pays est enlisé, tandis que s’éloignent à nouveau les perspectives de solution.

Il faut absolument trouver les moyens de bloquer la dangereuse fuite en avant que les « desperados » d’un régime usé jusqu’à la corde, impriment, à marche forcée, à la direction politique du pays.

La situation en Côte d’Ivoire, caractérisée par les lourdes et persistantes menaces de guerre civile généralisée, de dislocation du pays et de la nation, doit interpeller et, plus, hanter, l’ensemble des responsables politiques togolais, comme résultant de l’intransigeance et du « jusqu’au-boutisme » suicidaires de dirigeants pour le moins obstinés, totalement fermés à ce qui apparaît, au plus élémentaire bon sens, comme étant des impératifs de la Raison politique. (Lire p. 4)

Dans le cas du Togo, « tripatouiller » la Loi fondamentale que le peuple s’est donnée, c’est tout simplement un acte de haut gangstérisme politique et c’est, à l’heure actuelle, dans le contexte de notre pays, ce qui est immédiatement porteur des germes de l’explosion.

Il est profondément vrai, et chaque Togolais le sait en son for intérieur, que pour l’écrasante majorité du peuple togolais, 35 ans de gouvernement autocratique, 35 ans de dictature, ça suffit !

LE PEUPLE TOGOLAIS ASPIRE A UN CHANGEMENT DEMOCRATIQUE DANS LA PAIX ! (Lire p. 3).

N’est-ce pas cette volonté qu’il exprime depuis plus de 12 ans et à laquelle le régime n’a pu opposer que la terreur ? N’est-ce pas la même volonté qu’il vient encore d’exprimer en signant massivement la pétition initiée par la CFD (Coalition des Forces Démocratiques) ?

D’aucuns pensent que pour permettre à cette volonté d’être satisfaite, il faut faire appel aux puissances étrangères – gouvernement français (Jacques Chirac), Union européenne, etc. Est-ce là la solution ? Au regard des résultats de leur intervention dans la crise togolaise, n’est-on pas en droit de s’interroger sur le bien fondé d’une telle démarche ?

C’est une évidence politique absolue que le changement auquel les masses aspirent ne peut d’abord se fonder que sur l’expression réelle de la volonté du peuple, telle qu’elle devrait se concrétiser, s’imposer à tous, à travers des élections véritables, libres et transparentes, démocratiques, dont les résultats seraient, sans conteste, opposables à tous !

C’est donc vers cet objectif fondamental que doivent tendre tous les efforts des partis et organisations démocratiques, pour enrayer, grâce à une stratégie unitaire, la marche à l’explosion, la descente aux enfers de la dislocation et de la destruction du pays.

Et, cet objectif suppose, – ne nous voilons pas la face – l’annulation, quelle que soit sa forme, des « œuvres » récentes de ceux qui ont endossé la folle responsabilité de modifier, sans le mandat de la Volonté générale, la Loi fondamentale du Peuple togolais.

Tous les partis et organisations de l’opposition démocratique doivent prendre leurs responsabilités et mobiliser le peuple sur des mots d’ordre justes, cohérents, axés sur les aspirations profondes des masses au changement démocratique dans la paix :

Annulation immédiate et inconditionnelle des textes tripatouillés de la Constitution de la IVe République !

Elections libres et démocratiques,
garanties par les organisations du peuple !

Le Parti des travailleurs est prêt, pour sa part, à en discuter avec les autres partis de l’opposition démocratique, à étudier les conditions de la stratégie unitaire qui doit mobiliser les masses et à l’enclencher en vue d’atteindre ces objectifs.

C’est dans ces conditions et avec cet espoir, que nous pouvons souhaiter à nos lecteurs, aux militants et sympathisants du Parti des travailleurs, mais aussi au peuple togolais tout entier, Bonne Année 2003 !

La Rédaction NYAWO