26/05/2024

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L’Afrique se dispute les sièges à l’ONU

La réforme de l’ONU et la place que doit tenir l’Afrique au sein du Conseil de sécurité vont être au centre des débats du sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine (UA), aujourd’hui et demain à Syrte, en Libye. Au moins sept pays africains sont candidats pour les deux sièges qui, au mieux, pourraient être attribués par l’ONU au continent noir. Mais l’Afrique a pris conscience qu’elle pouvait jouer un rôle d’arbitre dans le débat sur la réforme de l’organisation internationale. Deux jours avant le sommet du G 8 qui s’ouvre en Ecosse, le sommet de Syrte est aussi l’occasion de prendre position sur l’annulation de la dette et les objectifs du développement.

Par Thierry Oberlé

Initialement prévu à Khartoum au Soudan, le cinquième sommet ordinaire de l’Union africaine (UA) se tient en fin de compte aujourd’hui et demain à Syrte, en Libye, pour cause de guerre au Darfour. Cette délocalisation replace au premier plan le colonel Muammar Kadhafi. C’est en effet de Syrte, lors d’une réunion de l’organisation de l’unité africaine (OUA) en 1999, qu’est parti le projet de refondation africaine, à l’initiative du chef de la révolution libyenne. Kadhafi rêvait alors des «Etats-Unis d’Afrique». Son utopie fédéraliste s’est fracassée sur les réalités du continent. Créée en 2002, l’Union africaine est dépourvue de pouvoir exécutif supranational. Elle se donne avant tout pour objectif de contribuer à la stabilité et au développement. Vaste programme lorsque les moyens manquent.

Au Darfour, l’UA a déployé une force de protection qui devrait être renforcée pour atteindre plus de 6 000 militaires d’ici septembre. Trop limitée dans son dispositif, elle a besoin d’un appui de la communauté internationale pour espérer peser sur les événements. Et ses efforts de médiation restent vains. Suspendus pendant six mois, les pourparlers entre le pouvoir central et la guérilla ont repris le 10 juin à Abuja à la suite d’un minisommet régional organisé par le colonel Kadhafi. Ils n’ont pas abouti en raison de rivalités entre mouvements rebelles et de divergences entre les négociateurs de la guérilla et leur base. Sur le terrain, des affrontements ont commencé à opposer les partisans du Mouvement de la justice et de l’égalité (MJE) et le Mouvement de libération du Soudan (MLS).

Le conflit intersoudanais ne sera pas pour autant au centre des discussions. A Syrte, la priorité est donnée au débat sur la représentation de l’Afrique au sein du Conseil de sécurité des Nations unies et sur l’augmentation de l’aide au développement. Les pays africains sont d’accord pour défendre le principe de disposer dans le cadre de la réforme de l’ONU de deux sièges permanents avec droit de veto et cinq sièges non permanents, au lieu des trois sièges non permanents dans l’actuel Conseil de sécurité à 15 membres. Sept pays se bousculent au portillon pour obtenir les deux tickets permanents : l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria, l’Angola, le Kenya et le Sénégal. L’Afrique du Sud et le Nigeria font figure de favoris mais rien n’est joué. Il n’est d’ailleurs pas sûr qu’un consensus se dégage. Certains pays, notamment ceux du monde arabe, ont même intérêt à éviter un accord. Ils préfèrent s’en remettre à l’arbitrage de l’Assemblée générale de l’ONU plutôt que du groupe africain pour accroître leurs chances d’être nommés.

Le sommet, qui se tient à la veille du G 8, sera également mis à profit pour prendre position sur les objectifs du millénaire, un programme international qui vise à éradiquer l’extrême pauvreté, et de la Commission pour l’Afrique initiée par Tony Blair. «La situation du développement du continent et les besoins de financement de l’Afrique seront discutés par les chefs d’État et donneront lieu à une position commune qui sera la voix de l’Afrique au G 8», précise Adam Thiam, le porte-parole du président de la commission de l’UA.

Dans les coulisses, les délégations devraient évoquer le règlement des conflits en cours. Mandaté par l’UA, le président sud-africain Thabo Mbeki joue son va-tout dans sa médiation pour sortir la Côte d’Ivoire de l’ornière. En dépit de l’accord signé en janvier à Pretoria et présenté comme la solution définitive pour sauver l’ancien havre de tranquillité en Afrique de l’Ouest, chaque camp reste sur ses positions dans un climat de défiance.

Dans plusieurs dossiers, l’engagement diplomatique de l’UA est déprécié par des divergences politiques. Le président en exercice de l’UA, le Nigérian Olusegun Obasanjo, est ainsi en désaccord avec le président de la commission, le Malien Alpha Oumar Konaré, à propos du Togo. Son intervention pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale regroupant l’ensemble de la classe politique a échoué. Le nouveau gouvernement, dirigé par Edem Kodjo, ne comprend aucun responsable de l’opposition radicale et de sa principale composante, l’Union des forces du changement de Gilchrist Olympio. Jusqu’à présent, l’UA n’est parvenue à accomplir sa mission de bons offices qu’au Burundi, où une présidence tournante est installée. Elle avait dépêché dans ce petit pays de la région des Grands Lacs quelque 2 700 soldats qui ont passé le relais en juin 2004 à l’ONU à la suite de problèmes financiers.