08/12/2022

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Le Premier ministre togolais limogé accusé de malversations

Entre le Premier ministre togolais limogé et son parti, on est entré dans le cycle des réponses du berger à la bergère. Après ses nombreuses accusations, notamment de corruption et de détournements, contre le régime du président Gnassingbé Eyadéma, c’est au tour de celui-ci d’évoquer une «gestion catastrophique» du port autonome de Lomé. Celui-ci avait été dirigé pendant cinq ans par l’ex-Premier ministre.

Le régime du président togolais Gnassingbé Eyadéma, très atteint par les violents propos contenus dans le réquisitoire de l’ex-Premier ministre, est revenu à la charge pour révéler le «secret» qui, selon lui, sous-tend le limogeage de Gabriel Agbéyomé Kodjo. Un communiqué du pouvoir, qui qualifie les propos de M. Kodjo de «rideau de fumée destiné à cacher les vraies raisons de son départ», indique que des «malversations nombreuses, importantes et répétées», ainsi qu’une «gestion catastrophique» au Port autonome de Lomé, dont M. Kodjo avait assumé la direction générale pendant cinq ans, étaient à la base de son limogeage. Le communiqué, parvenu samedi à la presse, estime qu’il avait été décidé «de taire» les raisons du limogeage de M. Kodjo «pour protéger le secret des enquêtes en cours».

Le texte parle des «résultats consternants» d’un audit décidé par la Commission nationale de lutte contre la corruption sur la gestion du Port autonome de Lomé «pendant que M. Kodjo en détenait la direction», de 1994 à 1999. «La justice devant être saisie, il est apparu nécessaire, pour préserver la bonne marche de l’Etat, de mettre un terme aux fonctions de M. Kodjo», affirme le communiqué. Les résultats de cet audit devront être rendus publics dans les jours prochains, selon des sources officielles. Nommé Premier ministre le 29 août 2000, alors qu’il était président de l’Assemblée nationale, M. Kodjo avait été à la tête de la direction générale du Port autonome de Lomé pendant cinq ans, jusqu’en avril 1999.
«La grande prévarication des deniers publics»

Joint au téléphone, le Premier ministre limogé a déclaré que le pouvoir «serait bien avisé de faire l’audit de toutes les sociétés d’Etat, notamment ceux de l’Office togolais des phosphates et du Port autonome de Lomé sous sa nouvelle direction, ainsi que des Finances publiques ces dix dernières années». «En tant qu’économiste et gestionnaire, je demeure persuadé que les résultats de ces investigations corroboreront la grande prévarication des deniers publics dont j’ai fait état dans mon document», a-t-il affirmé. Il souligne qu’il a la conscience tranquille, qu’il «est apprécié par les honnêtes gens et (a) obtenu les quitus pour l’ensemble de (sa) gestion». «Dans tous les cas, et sous peu, ce travail que j’ai abattu au Port autonome sera porté à la connaissance des Togolais et de la communauté internationale», a ajouté Agbéyomé Kodjo. En ce qui concerne son limogeage, il a tenu à préciser que sur le plan constitutionnel, «il n’y a que deux moyens pour un Premier ministre de quitter ses fonctions : ou il dépose sa démission, ou l’Assemblée nationale lui retire sa confiance. Toute autre voie n’est qu’une méprise supplémentaire des dispositions constitutionnelles». «Hier, rappelle M. Kodjo, il était question d’un procès en cours devant nos tribunaux pour atteinte à l’honneur du tout-puissant lieutenant-colonel, fils de son père et président de la partie septentrional de notre pays, aujourd’hui on parle de menace de procès pour cause de malversations». «En tout cas, la communauté internationale doit prendre la mesure de la situation qui prévaut au Togo où l’argument de la force prime la force de l’argument, de droit dans les Etats civilisés», a-t-il conclu. Accusé par le pouvoir de préparer sa fuite à l’étranger, Agbéyomé Kodjo répond : «je ne fuirai pas le Togo, je suis prêt à répondre de toute accusation devant les tribunaux». Bref, le pouvoir estime que le limogeage de l’ex-Premier ministre n’a aucun rapport avec sa prise de position en faveur du document de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Maurice Dahuku Péré, qui demandait de profondes réformes au sein de son parti.

Correspondant RFI à Lomé
GUY MARIO
01/07/2002