06/10/2022

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Le Prof. Gnininvi menace de boycotter un nouveau gouvernement de Kodjo

Par Abass SAIB

Le Professeur Léopold Gnininvi a estimé dimanche dernier que le retard dans la mise en application de l’Accord Politique Global en ce qui concerne la nomination du Premier ministre est  » inquiétant  » et a exhorté qui de droit pour que  » très rapidement, le gouvernement soit formé « .

Pour le Secrétaire Général de la CDPA qui s’exprimait sur TV7, selon l’esprit de Ouaga, « il est question d’un nouveau gouvernement et non d’un gouvernement remanié ou d’un gouvernement de large ouverture ».

Pour lui, la conduite de ce gouvernement devrait être confiée à une  » personnalité bien pénétrée des problèmes du pays, un rassembleur qui n’a pas forcément besoin d’expérience dans l’administration mais qui inspire confiance et dont le nom sonnera comme un déclic au sein de la population ». Le Professeur Gnininvi a déclaré que la reconduction d’Edem Kodjo ne suscitera pas ce déclic psychologique et que  » La CDPA trahirait l’esprit de Ouaga en participant à un gouvernement remanié « .

En clair, le Professeur fait du départ de l’actuel Premier ministre une condition essentielle de la participation de son parti au gouvernement d’union. De toutes les parties prenantes au dialogue intertogolais, la CDPA est celle qui a insisté sur la formation d’un gouvernement d’union.  » Si l’on estime que je peux faire le boulot, j’accepterai. Un Premier ministre par définition est un fusible. Ce n’est pas forcément un tremplin pour l’avenir. Mais le sacrifice vaut le coup pour décoincer le Togo « , avait-il laissé entendre à notre confrère  » Le Changement  » de la semaine dernière.
En disant que le prochain Premier ministre n’a pas forcément besoin d’une expérience dans l’administration, le Prof. Gnininvi lance une pierre dans le jardin de Edem Kodjo dont les partisans invoquent ce critère pour justifier son maintien. Et tout naturellement, les propos du Prof. n’ont pas laissé les partisans de la CPP indifférents. De source proche du Premier ministre, on considère que  » par ces propos irresponsables et outranciers, le Secrétaire Général de la CDPA viole et dénonce déjà les accords sur la place publique « .

Le Professeur Gnininvi cachait à peine son empressement à être nommé Premier ministre.  » Comment justifier avec autant d’aplomb la revendication ostentatoire d’une amitié ou d’un rapprochement avec une personne (Faure Gnassingbé – ndlr) qu’on a, avec application, indexé et proclamé mal élu, illégitime et fossoyeur de la République ? », s’indigne-t-on du côté de la CPP où on fait remarquer qu’  » il n’est écrit nulle part dans l’Accord que le chef de l’Etat était obligé de nommer Léopold Gnininvi à la tête du gouvernement et dans la semaine qui suivrait la date de la signature « . Et de conclure :  » Monsieur Gnininvi veut simplement tout pour lui et tout de suite et il est prêt à tout pour cela « .
Pour certains observateurs, en proposant Blaise Compaoré comme facilitateur, le Prof. espérait se tailler une marge de manœuvre pour occuper le poste de Premier ministre. Mais le combat de chefs étant la chose la mieux partagée dans le monde politique, l’argument avancé par l’UFC résonne comme un coup de fouet sur le dos du Professeur. A la question de savoir sa position sur l’affirmation de l’UFC selon laquelle le poste de PM doit tenir compte du poids politique, Léopold Gnininvi agacé parle plutôt de  » lapsus qui sort de la bouche d’un leader  » et voudrait qu’on évite des  » petites phrases qui peuvent gâcher les choses « .  » Si nous voulons déjà nous cabrer sur des positions antérieures, nous risquons de tout compromettre « , conclut-il.

En fait, le Secrétaire Général de la CDPA n’aime pas qu’on invoque ce critère de poids politique qui l’avait empêché de s’imposer à la Coalition comme candidat unique à la précédente élection présidentielle. Ses expériences électorales en 1998 où il avait eu un faible score et de 2003 où il a été obligé de se désister en faveur de l’UFC au nom du  » Vox Populi « , le disqualifient au cas où le critère de poids politique guiderait le choix du nouveau Premier ministre.

Dans la mesure où tous les partis politiques convoitent ce poste de Premier ministre, l’oiseau rare qui sera désigné doit mesurer la compexité de la tâche qui l’attend.

Publié dans LE REGARD N° 505 du 29 Août 2006