30/06/2022

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Le Togo enterre son « baobab » sur fond d’incertitude politique

Sun March 13, 2005 3:52 PM CET
par John Zodzi

LOME (Reuters) – Le Togo a célébré dimanche à Lomé les obsèques nationales du général-président Gnassingbé Eyadéma dont la disparition brutale, le 5 février après 38 ans de règne sans partage, a plongé ce petit pays jadis surnommé « la Suisse de l’Afrique » dans l’instabilité politique.

Cinq de ses pairs ouest-africains (Nigeria, Ghana, Niger, Côte d’Ivoire et Bénin) ainsi que de nombreux dignitaires étrangers ont assisté à la cérémonie funéraire au Palais des Congrès de Lomé.

La France, alliée de longue date de l’ancien sergent de la « Coloniale » qui avait pris le pouvoir en 1967 à la faveur d’un coup d’Etat militaire, était représentée par son ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier.

A l’extérieur du palais de marbre, des milliers de militants du Rassemblement du peuple togolais (RPT), longtemps parti unique fondé par Eyadéma, ont suivi la cérémonie sur des écrans de télévision.

Le bâtiment, dans lequel avaient pris place les « excellences » (ministres, députés, hôtes étrangers) et les membres de la famille du défunt, était surmonté d’un portrait géant de l’homme aux lunettes noires et ancien champion de lutte, accompagné de la légende: « Je serai toujours avec vous ».

Eyadéma, surnommé affectueusement « Le Baobab » (arbre géant emblématique de la savane ouest-africaine) pour sa longévité politique par ses compatriotes, est mort le 5 février à l’âge de 69 ans alors qu’il était évacué par avion pour être soigné en Israël.

« Le baobab (…) dont les feuilles, les fruits et les racines servent d’éléments nourriciers au peuple est tombé », a lancé le ministre des Affaires étrangères, Kokou Tozoun, au moment où le cercueil drapé aux couleurs nationales (rouge, jaune, vert) était placé sur un catafalque.

La disparition de l’homme qualifié juste après sa mort d' »ami personnel » par le président français Jacques Chirac avait provoqué une crise politique à la suite de la nomination par l’armée, après une révision expéditive de la Constitution, du fils du défunt, Faure Gnassingbé, à la magistrature suprême.

Ce « coup de force familial » avait été dénoncé par l’opposition togolaise, dont les militants étaient descendus dans la rue, et la communauté internationale, notamment l’Afrique qui avait imposé des sanctions.

Faure Gnassingbé, qui est âgé de 39 ans, avait finalement dû faire marche arrière et démissionné de la présidence. Il compte toutefois se présenter à l’élection présidentielle fixée au 24 avril sous les couleurs du RPT, le parti de « Papa Eyadéma ».

Le chef de l’opposition, Gilchrist Olympio, entend lui aussi briguer le poste et a l’intention de rentrer cette semaine à Lomé de son exil parisien.

Toutefois, la Constitution révisée en 2002 par Eyadéma lui interdit de se présenter, tout candidat au poste de président devant avoir séjourné pendant au moins un an au Togo avant la tenue du scrutin.

Les deux principales formations de l’opposition, l’Union des forces pour le changement (UFC, dirigée par Olympio) et le Comité d’action pour le renouveau (Car), n’étaient pas représentées à la cérémonie de Lomé.

Cette dernière, qui couronne un deuil national de 40 jours, sera suivie de l’inhumation, dans l’intimité du clan familial, mardi à Pya, dans l’extrême nord du Togo, dont le « Baobab » était originaire.