24/09/2022

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Nuit sur le Togo (4): Les prochaines présidentielles d’avril 2010 et quelques perspectives.

L’UFC a toujours boycotté les législatives parfois pour de bonnes parfois pour de mauvaises raisons, mais n’a jamais boycotté les présidentielles, excepté celles de 1993 dont Soudou l’avait exclue d’office. Si le parti, ou plus exactement si son patron a fait des présidentielles son affaire personnelle, et au regard de la logique dont il nous a habitués, on peut d’ores et déjà dessiner les contours de la manière dont il abordera ces échéances dans trois ans et demi.

Il faut que dire si les Togolais ne prennent pas garde, les présidentielles d’avril 2010 risquent d’être un remake encore plus sanglant que celles d’avril 2005, dans la mesure où le Clan, lui, est en train de les préparer activement. En effet, dans les tout prochains mois, il est envisagé un recrutement massif (on parle d’environ 1 700 hommes) pour renforcer l’armée (plutôt les milices) déjà pléthorique et la police. On sait qu’une grande partie du budget 2006 (dont l’impotent Premier ministre ne pourra demander un rectificatif) est consacrée aux FAT et à leur armement. Le Clan a acquis récemment, croit-on savoir, une technologie sophistiquée de mise sur écoute de la téléphonie fixe et mobile, et des milices sont en formation pour être plus professionnelles et plus performantes. Jacques Chirac, le parrain, s’est réconcilié avec son filleul lors de son passage à l’Elysée en septembre dernier et ils ne manquent plus une occasion pour se téléphoner. La perspective de levée des sanctions de l’Union européenne et son pactole échaudent les esprits et l’horizon d’attente du Clan n’est pas de céder une parcelle du pouvoir et encore moins de laisser s’écrouler le système. La mise en place prochaine du comité de suivi après lequel on s’agite en ce moment n’est pas une solution à la hauteur de la crise abyssale dont souffre le pays.

Dans ces conditions, les législatives prochaines, qu’elles aient lieu ou pas, seront l’occasion de savoir vraiment si Gilchrist Olympio a tiré des leçons de sa bourde monumentale à Ouagadougou. Or la première leçon à tirer de Ouaga IV pour l’UFC passe par cette étape de reconnaître publiquement cette erreur en communiquant et informant l’opinion sur ce qui s’est réellement passé au Pays des hommes intègres et qui laisse les Togolais pantois. Quels ont été les manquements qui ont conduit à ce lamentable gâchis que d’aucuns prédisaient ? Quelles ont été les pressions internes et surtout externes qui ont poussé à cette voie de garage ? La seule obsession pour la primature, comme une fin politique, ne saurait justifier Ouaga IV. Un examen de conscience critique s’impose non seulement à l’UFC, mais aussi à toutes les formations dites d’opposition parties dans le train de la collaboration avec Faure et de sa légitimation. Car le paradoxe dans la situation togolaise est qu’en face la sérénité ne règne pas dans les cœurs et les esprits.

En effet, le Clan a toujours peur d’un possible coup d’Etat et est constamment sur les nerfs. La nomination de Titipkina à la Sécurité, l’augmentation du budget de la Défense, l’acquisition de nouveaux stocks d’armes, le projet de nouveaux recrutements au sein des FAT, la mise sur écoute de la population et le départ probable du parrain élyséen illustrent ce manque de sérénité. L’opposition partie au gouvernement se rend compte de plus en plus qu’elle est prise dans les rets du filet de Faure, sans pouvoir réel de décision dans les ministères dont elle a la charge. Pensait-elle pouvoir en avoir vraiment dans ce système mafieux ? Est-ce que le salut politique pour Me Agboyibor et son gouvernement, empêtrés dans un sac de nœuds faits d’impasse, ne serait pas de remettre leur démission afin de mettre Faure et son Clan devant leur responsabilité ? Dans ce pays où démissionner d’un poste ministériel est chose rarissime, on pourra attendre et rêver. Mais pourquoi, pour sortir de l’impasse manifeste où ils sont plongés, tous les « signataires » ne dénonceraient-ils pas publiquement Ouaga IV ? Lequel, excepté ceux pour qui l’accession de Me Agboyibor à la primature est une fin en soi et une opportunité existentielle, a encore creusé le fossé déjà grand séparant la classe politique et la population.

Dans le contexte actuel, les Togolais doivent exercer, individuellement ou collectivement, à l’endroit de leur parti respectif leur droit de compréhension de ce qui s’est réellement à Ouagadougou et aussi leur droit de protestation contre les turpitudes des « signataires » de Ouaga IV. Mais dans tous les cas, il n’est pas impossible de s’attendre à ce qu’un sous-officier patriote, en colère, vienne balayer tout ce monde de bordel et nettoyer les écuries d’Augias avec des chars et des fusils d’assaut, et là ce sera une toute autre histoire.

Bordeaux, le 12 novembre 2006
Comi M. Toulabor
CEAN- Sciences Po Bordeaux

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Quatre points ont été traités pour mettre en exergue le grand bordel politique qu’est devenu le Togo sans toutefois rentrer dans des détails :
1) les accords de Ouaga IV
2) le gouvernement de Me Agboyibor
3) les législatives annoncées de 2007
4) les prochaines présidentielles de 2010.

Prochaine publication le 13/11/06 de l’intégralité de l’analyse de Comi Toulabor: Togoano Nox (Nuit sur le Togo) : Ouaga IV fait du Togo un grand bordel politique