30/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Plaidoyer pour la mémoire des victimes de la barbarie politique au Togo

Par Etienne DONI

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Togolaise, togolais, partout où tu seras, n’hésites plus à louer ton vaillant peuple à qui il ne manque plus que la victoire finale.

Rien qu’à voir les forces en présence, on se demande comment des jeunes, parfois des adolescents ou des femmes à mains nues ont pu manifester leur réprobation, résister ou affronter à plusieurs reprises des militaires fortement armés tirant sur tout ce qui bouge à la place Fréau, sur la rue Duisbourg au petit matin ou sur le pont de Bè qui n’a jamais été le pont d’Avignon pour les togolais. Qui dira un jour que les togolais n’ont rien fait pour se défaire du joug dictatorial du clan Eyadema ! Qui dira un jour que les togolais se sont couchés, qu’ils ont acclamé dans l’allégresse l’oppresseur !
A vrai dire, les togolais ont lutté, beaucoup lutté contre l’ogre parfois invisible puisque se trouvant aussi bien à Lomé que sur les bords de la Seine. Neuf mois de grève sans solde, des milliers d’expatriés d’hier et d’aujourd’hui, de nombreuses vies perdues par balles, par famine ou faute de soins, le tableau paraît bien sombre mais à chaque fois, une jeunesse puis une autre se lève pour montrer au monde la détermination de tout un peuple à aller de l’avant, à refuser l’arbitraire.

C’est pourquoi nous avons raison d’espérer. Aujourd’hui, certains parleront d’espoir déçu mais d’autres parleront d’espoir naissant. La force du peuple tout comme son avenir réside dans cette jeunesse qui ne veut pas abdiquer et demande seulement à se battre à armes égales, dans un combat loyal à la tribune des Nations Unis, au palais du peuple ou dans les rues. Et comme toute juste cause finit par triompher, l’heure sonnera bientôt quand parmi ceux-là même qui agissent en véritables bourreaux du peuple, deux, trois, quatre, cinq ou plus se lèveront et comme pris de remords, ils retourneront les armes contre eux-mêmes ou les déposeront au fronton de la liberté de peur d’être emportés par la vague déferlante, cette vague populaire des années 90 puis 2000 et qui pourrait se transformer en tsunami en 2006 ou 2010.

Comme tout processus de démocratisation est généralement long, il faut se hâter doucement. D’autres Péré, Agbéyomé, ou Boko verront certainement le jour et plus tôt qu’on ne le pense car le régime Eyadema a trop duré et a poussé l’horreur trop loin.
Sans être un oiseau de mauvaise augure, on peut avancer sans trop de risque que le fils Eyadema ne connaîtra pas la longévité au pouvoir du père. Et pour cause ? Le coup d’Etat du père par l’assassinat du Feu Président Sylvanus OLYMPIO a été vécu avec stoïcisme, une certaine résignation, en tout cas sans protestation ostentatoire. A contrario, les coups d’Etat du fils ont été l’occasion de très vives réprobations populaires, nationales et internationales. A son plus fort intérieur, le togolais sait qu’il n’abdiquera pas dans sa lutte pour chasser du pouvoir celui qui s’en est approprié frauduleusement : devoir sacré, devoir institutionnel oblige. Faure partira vite et bien. La seule crainte qui peut habiter aujourd’hui le démocrate togolais est que quelques soit disant démocrates ne soient victimes des sirènes du clan dictatorial et ne se précipitent pour aller remplacer les Péré ou Boko dans un gouvernement rassemblant assassins dévergondés et assoiffés de postes ministériels, ces derniers ne pouvant être que des faire valoir ou plus simplement le piédestal de la dictature. La tentation paraît bien grande surtout si l’on sait d’où viennent les pressions : Elysée ou CEDEAO voire UA en partie ou UE, avec leur cohorte de syndicats présidentiels, malhonnêtes, quelque peu malfaisants qui poussent de dignes citoyens dans des mains couvertes de sang. Pour le peuple togolais, ces vendus iront tout simplement grossir les rangs des lâches qui ont refusé de prévoir ou de voir qu’il est décidemment impossible de manger à la table du diable sans que ce dernier n’emporte votre âme.
Pourquoi après son élection, certes moins contestées mais tout de même contestées, Obasanjo n’a pas fait un gouvernement d’union nationale avec son opposition ? On oublie vite qu’il y a eu aussi des morts à la suite des élections qui l’ont porté au pouvoir. La démocratie veut qu’on respecte l’expression du suffrage populaire et que le vainqueur des élections dirigent le pays avec la bienveillante attention et critique de l’opposition afin d’éviter excès ou dérives des tenants du pouvoir. Aujourd’hui, il ne devrait pas venir à l’esprit de quiconque de parler de gouvernement d’union au Togo lorsqu’on sait que le pays a connu pendant plusieurs décennies les affres du parti unique. Gouvernement d’union rime avec unique et c’est plus que cyniques de proposer cette formule pour un Togo qui n’aspire qu’à une chose : démocratie authentique, pleine et entière, liberté totale, ablodé gbadza. Voilà, un point c’est fini. Tout au plus, l’on pourrait accepter le concept de gouvernement de salut public. Et encore ! Avec qui à sa tête et pour faire quoi ? Pour départager les deux camps, l’on pourrait par consensus, confier la magistrature suprême à un haut délégué onusien ou à un vénérable Chef traditionnel et laisser la direction effective des affaires du pays au gouvernement de salut public issu d’une réunion des forces vives de la nation. La restriction la plus importante dans la composition de ce gouvernement sera de ne pas comporter de militaires afin que ceux-ci ne continuent par cumuler les pouvoirs civils et militaires, d’ordonner les expéditions punitives sans rendre compte à une autorité légitime.

Pour l’heure, qu’il suffise de dire que le sang versé n’est et ne sera pas vain. Que certains acceptent de s’associer avec les assassins pour diriger le pays ne sera qu’un épiphénomène qui n’arrêtera pas le cours de l’histoire. Quelque soit l’issue de cette nouvelle lutte, le moment viendra et le Togo aura à rendre un hommage particulier à ses illustres combattants de la liberté. N’oublions pas que les mutilés méritent notre bienveillante assistance et tous les togolais dignes de ce nom doivent s’en préoccuper. Un dernier clin d’œil particulier à celui qui devait diriger le pays depuis le 27 Avril 2005 et que la maladie a éloigné temporairement du champ de bataille. Tous les démocrates togolais pensent et prient pour son prompt rétablissement. Nous savons d’ailleurs quelles sont ses pensées du moment puisqu’il ne doit pas s’arrêter de dire la lutta continua. Car la lutte de tout un peuple ne s’arrête pas à un homme. Au contraire, quand il y a en un qui tombe, dix autres doivent se lever pour continuer jusqu’à la victoire finale.

Togo debout, luttons sans défaillance.

(Extrait de l’article de E. DONI publié le 31/05/05