30/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Quand les signes se fappent la poitrine (par Richard Lakpassa)

Notre pays, comme dans un cauchemar diurne, est en train de vivre l’une des périodes les plus sombres de sa jeune histoire. En un week-end, nous sommes passés de la tristesse d’avoir perdu un compatriote de haut niveau, le général Eyadema, à l’espoir fou de voir enfin pleuvoir sur la Terre de nos aïeux les bienfaits d’une démocratie totale et libérée. Au cours de ce même week-end, nous avons prié pour que l’Éternel Dieu puisse garder le Togo de tout danger d’ou qu’il vienne. Mais surtout, ce sacré week-end du 5 au 6 février, nous aura fait comprendre que la frustration est bien togolaise et que peut-être des esprits là-haut ont conspiré à faire durer notre commune malédiction. Ne dit-on pas que la douleur de la gifle que vous recevrez dépendra de quelle face vous vous présentez à votre adversaire?Ce fameux week-end nous aura enfin emmenés à faire front et à dire NON, un Non révolté, à cette nouvelle humiliation pernicieusement faite à notre peuple.

Permettez-moi plutôt d’affirmer ma conviction: rien dans les réalités du Togo ni dans ses textes, ne justifie ce coup d’État de la honte. Les « courtisans romains » de la cour de Lomé 2 et leurs strapontins n’ont décidé de pérenniser la dynastie Gnassingbe que pour sauvegarder leurs intérêts et leurs affaires reparties ça et là dans les connexions aux ramifications tentaculaires. Le coup d’État du 5 février est surtout et pardessus tout la résultante de cette culture de la suprématie d’une ethnie sur les autres, d’un clan sur les autres et d’une famille sur des millions d’autres.

Je suivais un jour les travaux de l’Assemblée Nationale à la quelle le CAR et l’UTD siégeaient encore aux côtés du RPT. Le député Georges Aidam disait en substance, que le problème du Togo était (est encore?) un « problème spirituel”. C’est parce que des hommes sont persuadés qu’ils peuvent se permettre de tuer, affamer, spolier, cocufier, assoiffer, retarder leurs propres frères et soeurs sans aucune punition divine, qu’ils continuent de le faire. Notre problème est effectivement spirituel et si tout le monde craignait la colère divine, aucun Togolais réfléchi et amoureux de sa patrie ne pourrait faire si grand outrage à son propre pays comme celui que nous vivons en ce moment. Mais je connais un peu la maison pour avoir animé pendant des années, les ripailles de la cour appellées banquets présidentiels. Ces Togolais qui ont peur de la fenêtre qu’un éventuel changement ouvrirait sur la cour de la démocratie, ont peur, croyez-moi pour leurs gros avantages et leurs « appétits gloutons”. Parce qu’avec le changement, on saura alors que telle personne a fait main basse sur tel capital pour créer sa société, que tel autre profite de liens de réseaux pour opérer une compagnie aérienne, ou tout simplement que tel a détourné du matériel vidéo pour créer sa station de télévision privée. Et les exemples sont légion. Mais ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que la silencieuse majorité a besoin de souffler un peu. A 31 ans comme la majorité des Togolais, j’ai connu un président, Gnassingbe Eyadema. Mes enfants connaîtront-ils aussi un Gnassingbe, puis mes petits enfants et puis mes arrière petits-enfants? Devrais-je alors expliquer à ma progéniture que dans notre pays, le poste de président de la République est une ordonnance médicale pour cette famille? Le problème du Togo est un problème spirituel en effet. Mais l’heure est venue pour qu’à la manière des paysans chinois, à l’approche de la saison des semences, nous puissions procéder au « remuement du marécage”. Les herbes mortes viendront donc à la surface et nous les enlèverons. Nous remuerons le marécage pour purifier la boue et dépourvoir l’eau de vermines pour les semences à venir.

Durant ma petite vie sur terre, j’ai rarement été fier d’être togolais et africain, comme je le suis aujourd’hui. La démocratie n’est pas la pilule la plus amère à avaler pour nos peuples. La dictature est par contre le frein à toute notion de développement individuel et collectif des peuples. Le Ministre Faure Gnassingbe qui a étudié aux USA, est mieux placé pour savoir que le libre choix des peuples à choisir leurs dirigeants est non-négociable. Et ce peuple aujourd’hui, avec le soutien de toute l’Afrique et du monde entier, lui dit ceci: tout le monde peut commettre des erreurs et la gourmandise est une tentation pardonnable. Car chaque jour qui passe souillera ses mains de sang. Déjà 4 morts officiellement en une semaine. Et l’exclusion de notre pays des instances internationales. Mais cela ne saurait durer.

« Elle est debout, la Negraille!!! », proclamait Aime Césaire, et aucune acrobatie intellectuelle, aucune répression si sauvage soit-elle, ne la fera courber l’échine. Ni la fermeture des Radios et des Télévisions, ni la censure des journaux. Mon expérience sur les medias au Togo m’a permis de savoir combien les medias et les journaux libres sont gênants pour tous ceux qui mettent en scène la macabre sarabande au Togo. Cet acharnement à réduire les medias au silence cache mal l’incapacité des voleurs de pouvoir justifier l’injustifiable. Je connais l’univers de la presse togolaise. Et je voudrais dire à tous les journalistes de Kanal FM, Nana Fm, Nostalgie, TV7, Lumière et tous les autres confrères qui se retrouvent sous les assauts de la dictature en soubresauts, combien je suis fier du travail de résistance qu’ils font.”Ici Lomé, les Togolais parlent aux Togolais”!!! Qui l’eut cru? Qui eut seulement pu imaginer que des journalistes et animateurs togolais pouvaient à l’antenne, dire NON et lancer une résistance à la de Gaulle? Je sais aussi bien que vous, qu’il est difficile de faire des recettes pour payer vos redevances lorsque les plus gros annonceurs et sociétés d’Etat envoient leurs commandes dans les chaînes de télévision et de radio appartenant à des barons bien connus.”Il vaut mieux vivre un jour comme un Lion plutôt que 100 ans comme un mouton”.Vous avez démontré que nous journalistes, pouvions secouer notre crinière de lion, et mourir au besoin. Vous venez de rehausser le niveau des medias togolais.

Permettez-moi juste de m’incliner avec respect devant la mémoire de ceux qui viennent de tomber encore sous les mêmes armes des mêmes personnes qui commettent les mêmes erreurs quand ils sont « encerclés” par la foule. Vous êtes nos héros aujourd’hui et demain. Le jour viendra où nous viendrons à vos sépulcres nous prosterner pour votre sacrifice. Il ne sera pas vain.

Dans le règne animal, « quand on tue un singe, les autres singes se frappent la poitrine” rapportait le regretté écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma. Aujourd’hui, le singe que je suis se frappe la poitrine, car ce sont mes frères et mes soeurs qu’on tue.

Fait à Fort-Worth, États-Unis, le 17 février 2005
Richard Cresus Lakpassa
Homme de Lettres, Ancien Animateur et Producteur à la Radio Lomé et à la TVT
Ancien Directeur des programmes TV2