30/06/2022

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Réfugiés togolais: Le bon choix de l’Union européenne

L’Union européenne a annoncé le 28 juin dernier sa décision d’accorder son aide financière aux réfugiés togolais via le haut-commissariat pour les réfugiés (HCR). Cette annonce fait suite aux propos d’Edem Kodjo, Premier ministre du Togo, le 26 juin 2005 de retour d’une mission à Bruxelles, au siège de l’UE.

« Le commissaire européen pour le développement et à l’action humanitaire, Louis Michel, a décidé de mettre à la disposition du gouvernement togolais, la somme de 1,5 million d’euros (1 milliard de F CFA) pour faire face (…) à la question des réfugiés », avait déclaré M. Kodjo. Il faut le dire, la volonté affichée de l’UE de confier ses fonds à l’organisme humanitaire des Nations unies, contrairement aux dires du Premier ministre, porte un coup dur au pouvoir encore fragile de Lomé.

Les autorités togolaises entendaient, sans doute, se servir de cette aide pour redorer leur blason tant au plan interne qu’externe. En effet, une mise directe de ce fonds à la disposition du gouvernement allait être, s’il ne l’était pas déjà, pour le pouvoir de Lomé, une preuve tangible de la reprise de la Coopération avec l’UE; un geste qui semble visiblement être la priorité de l’équipe Kodjo.

Or, aux yeux de Bruxelles, la reprise des relations avec le Togo reste assujettie à la mise en oeuvre effective de tous ses engagements du 14 avril 2004. Ce qui est loin d’être le cas, à l’heure actuelle. D’où cette réaction de l’Union européenne décidée à mettre les pendules à l’heure et qui constitue un camouflet pour le régime de Faure Gnassingbé. Mais, au-delà de ce camouflet politique infligé au pouvoir togolais, l’acte de l’UE est, en lui-même, plein de lucidité, au regard de certains précédents en Afrique.

En effet, rien n’indique que l’aide en question, une fois dans les caisses de l’Etat togolais, allait parvenir à ses destinataires que sont les réfugiés togolais au Bénin et au Ghana. Le HCR les estime à plus de 22 500 pour le seul Bénin. Dans ces conditions, laisser l’argent entre les mains des tenants du pouvoir, qui n’ont pas forcément, à coeur la question des réfugiés, aurait été une preuve de légèreté de la part de Bruxelles. Certes, les organismes non gouvernementaux ne sont pas toujours exempts de critiques en matière de mauvaise gestion de deniers.

Mais, comparés aux administrations publiques africaines, caractérisées par la corruption et les détournements, ils offrent plus de garantie et d’indépendance dans la gestion des aides destinées aux populations. C’est pourquoi, ce choix de l’Union européenne de confier au HCR son soutien financier, pour aider au retour des Togolais réfugiés dans les pays voisins après les violences de l’élection présidentielle contestée du 24 avril dernier, revêt une importance capitale, en ce sens qu’il rompt avec certaines pratiques mafieuses des partenaires occidentaux qui ont souvent composé avec des structures ou individus peu crédibles dans l’exécution des projets.

Cette attitude de laisser-faire pose même le problème de la bonne foi de ces partenaires, qui pour la réalisation d’un projet en Afrique, débarquent avec leurs experts, du matériel et des matériaux commandés chez eux. Ainsi, les 3/4 des fonds investis retournent d’où ils viennent. Il y a visiblement une absence réelle d’aider les populations africaines à sortir de leur pauvreté, à se passer de l’aide occidentale. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant qu’il n’y ait pas de véritables mécanismes de suivi et d’évaluation dans la mise en oeuvre de bon nombre de projets en Afrique, puisque cette situation de non-transparence profite à tout le monde: les partenaires du Nord et leurs interlocuteurs du Sud.

Il est donc temps de mettre en place de véritables structures de suivi des investissements en Afrique. A ce niveau, une société civile bien organisée, responsable indépendante et ayant à coeur le développement des Etats, pourrait bien jouer un rôle de premier plan. Bien sûr, insister sur le rôle primordial de la société civile africaine dans ce jeu de transparence, ne signifie pas exclure, forcément les Etats. Au besoin, leurs représentants pourraient en être parties prenantes. Mais il existe aussi des domaines où la présence de l’Etat n’est pas nécessaire.

Dans ces cas, on pourrait s’en passer et recourir seulement à des structures de la société civile, à même d’assurer une transparence dans la gestion. En tout état de cause, l’impératif de transparence n’est pas exclusif. Il est plutôt inclusif. Dans cette perspective, la bonne gestion ou la bonne gouvernance devrait être le souci de tous les acteurs du développement en Afrique, qu’ils soient de la société civile ou de l’administration publique.

LE PAYS (Burkina Faso)