03/07/2022

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Réjouissances morbides au Togo : Eyadéma assassine une fois de plus Olympio

La vertu du repentir est décidément inconnue du pouvoir togolais. La date du 13 janvier, synonyme de souvenir douloureux pour de nombreux togolais, offrira une fois de plus, l’occasion au général Eyadéma de pérorer toute honte bue, vautré dans la ripaille de la célébration de l’assassinat du premier Président démocratiquement élu du Togo. Un rituel annuel destiné à pérenniser le traumatisme d’une mémoire nationale violée.

Par Franck EKON

La réprobation populaire n’y fait rien. L’indifférence généralisée, le caractère malsain d’une pareille célébration et toute la palette de signifiants qu’elle véhicule n’ont absolument aucun effet dissuasif sur le pouvoir togolais qui s’apprête une fois de plus à organiser avec faste la commémoration du meurtre de Sylvanus Olympio, le premier président de la République togolaise.
Au-delà du rejet du principe même d’une telle célébration, c’est essentiellement le cortège de conséquences qu’elle implique souvent qui révolte nombre d’habitants de Lomé, la capitale et des autres villes du pays. Si le Général-président et les siens se contentaient d’organiser leur carnaval morbide en privé, sans exhibitionnisme, la question ne se poserait peut-être pas dans les mêmes proportions. Seulement voilà : comme pour narguer les Togolais et retourner le couteau dans la plaie béante de leur mémoire historique, le Chef de l’Etat togolais met à contribution une population qui n’a que faire d’une fête apparaissant plutôt comme un des relents d’un fétichisme politique.

Le décor parle de lui-même : débarquement dans la capitale de bataillons entiers de militaires pour le renforcement des patrouilles urbaines, fermeture de nombreuses artères pour l’installation de la tribune devant abriter les « fêtards » et leurs acolytes, mobilisation de nombreuses jeunes filles destinées à grossir les troupes « d’animatrices » et à servir de pom-pom girls, sans oublier l’inévitable retransmission à la télévision nationale de l’intégralité du défilé militaire et civil pendant toute une journée où fonctionnaires et opérateurs économiques sont consignés à domicile. Motif : le 13 janvier est « férié chômé et payé… ». Pompeusement baptisé fête de la libération nationale, le 13 janvier est devenu, selon les observateurs, l’exutoire de la médiocrité et du passéisme d’un régime aux commandes du pays depuis 1967.

Après avoir revendiqué dans un premier temps l’assassinat du Président Olympio, l’actuel chef de l’Etat togolais s’est muré dans la dénégation absolue de cet acte fondateur de la descente aux enfers du pays. Ce qui ne l’empêche pas chaque année de le célébrer avec une délectation bien parlante par rapport à son état d’esprit. Une manière ostentatoire de consacrer le paradoxe d’une culpabilité qui se drape circonstanciellement dans le manteau de l’innocence. En fait, il n’y a de fête du 13 janvier que pour le principal concerné ainsi que dans une certaine mesure pour la poignée de combinards rivalisant de zèle afin de s’attirer ses faveurs. Comment comprendre autrement le désintérêt largement partagé des populations pour ces agapes ? Fatigués par le chapelet des commémorations à usage personnel du « libérateur », les Togolais aspirent au changement et le montrent en les boycottant tout simplement.

Les Loméens risquent-ils de bouder le 13 janvier ? Qu’à cela ne tienne, d’impressionnants contingents de « volontaires » contraints ou alléchés par la perspective de se faire un peu d’argent, sont recrutés de l’intérieur du pays et ramenés dans la capitale pour boucher les trous des gradins pour la circonstance. Le spectacle est généralement à la limite du grotesque. Il prêterait à rire si les sollicitations socio-politiques des togolais n’étaient pas si alarmantes. : plus de quatre heures d’horloge d’un défilé militaire et civil devant un Général auréolé de son règne quasi quarantenaire sur le pays. Après la procession funeste des différentes unités de l’armée (avec des hommes choisis à dessein pour inspirer la terreur aux candidats à la contestation), ce sont souvent des associations fantomatiques et créées de toutes pièces à la veille de l’événement qui ferment la marche. « Association des femmes des militaires », « Associations des dissidents de l’UFC », ou encore « Club des orphelins du 23 septembre » sont quelques-unes des inscriptions surréalistes qu’on peut lire sur les pancartes des défilants.

C’est certainement à dessein que la célébration de cet assassinat est maintenue, malgré le référent criminel qu’il traîne dans son sillage : incapable d’assumer les enjeux nationaux de démocratie, de stabilité économique et de légitimité intérieure, le pouvoir brandit les opportunités de réjouissance comme un témoin fallacieux de cohésion et de paix intérieure. En outre, pour beaucoup, la présence en pôle position dans les rangs de l’opposition du fils du président assassiné, explique à bien des égards, tout le raffut organisé autour de ce macabre rituel. Gilchrist Olympio, leader de l’UFC, a failli lui-même être tué en 1992 lors d’un attentat. Un des fils du Général Eyadéma traînait, comme par hasard, dans la zone où a eu lieu le guet-apens… En dépit du caractère tragique des faits, l’assimilation des événements les uns aux autres s’est vite opérée dans l’opinion : après le père, le fils…
Face à ce scénario digne d’une trame cornélienne, certains n’hésitent pas à déceler dans l’attitude du Général-président, non seulement une sorte de provocation macabre à l’endroit de Gilchrist Olympio, mais aussi des germes d’une jubilation aux limites de la névrose. La hantise sécuritaire de Gnassingbé Eyadéma et sa propension quasi-hystérique de voir la main du fils Olympio même dans le retard des pluies est assez révélateur par rapport à ses motivations.

Pendant que les Togolais croupissent dans le plus flagrant des dénuements et que les partenaires internationaux attendent des signes tangibles (élections démocratiques et transparentes notamment) avant de desserrer les cordons de la bourse, les autorités togolaises sont, de leur côté, occupées à rameuter de tristes sires venus de l’étranger tous frais payés pour assister à ce que les populations ont toujours apparenté à une véritable insulte. Souvent présentées à Lomé comme d’éminentes personnalités internationales, nombre de ces invités de marque ne sont en fait que de véritables raspoutines démarchés pour la circonstance. Attirés par la légendaire prodigalité du potentat togolais, ils repartiront après la fête, décorés des ordres nationaux et lestés d’une généreuse cagnotte présidentielle…Pauvre Togo…

La rédaction letogolais.com