28/06/2022

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Rencontre avec Kossi Efoui, écrivain togolais au CCF de Lomé

Ceux qui se montraient quelque peu en déphasage avec les tourments de leur époque sont qualifiés d’idiot. la littérature devrait être une ode de dénonciation des oppresseurs ou de défense des intérêts de la classe des opprimés. L’écrivain avait alors l’ambition de changer le monde. C’était là, l’objectif des écrivains de la vague existentialiste comme Sartre, Camus, Simone de Beauvoir ou des grands américains comme John Steinbeck, Dos Passos et Jack London. L’écrivain était alors comme dit Sartre «en situation».
Ce n’est pas le cas de Kossi Efoui, l’écrivain togolais en exil en France qui apparaît comme l’un des écrivains phare d’une nouvelle génération d’auteurs africains qui invente une nouvelle forme d’écriture, un nouveau type de rapport de l’écrivain avec son public. Selon Kossi Efoui, la littérature ne peut être que la voix d’un individu et pas de la communauté. L’enfermement de l’art dans un endoctrinement politique ou social est nuisible à la littérature. Il ne peut que dénaturer l’œuvre de l’écrivain. Efoui ébranle ici les convictions les plus intimes, les certitudes les absolues. Il rejette tout nationalisme et tout fondamentalisme. Toute idéologie. Le temps d’une littérature estampillée togolaise ou africaine est révolu. L’art est universel, l’écrivain planétaire. L’écrivain ne se sent lié par aucun engagement ni contrat avec son peuple. Il est ami de la liberté et veut se libérer de tout carcan liberticide qui empêcherait sa création. Certes, comme disait le Jean-Marie Le Clézio, « nous vivons dans une époque troublée où nous sommes envahis par un chaos d’idées et d’images. le rôle de la littérature est peut-être de faire écho à ce chaos ». Sans plus. Car l’écrivain selon Kossi Efoui ne doit pas avoir l’outrecuidance de croire qu’il peut agir sur ce chaos et changer le monde.

En réalité, ce désengagement de l’écrivain face au vécu de son époque vient de ce qu’il pense être abusé par ceux qu’il défend. Le risque d’être pris en otage par son engagement politique est à ce point élevé que l’écrivain ne croit « avoir une confiance infinie »dans le devenir de l’être humain et dans le pouvoir de l’écriture. Il peut arriver à l’écrivain d’évoquer les problèmes de son milieu, mais son souvent « un clin d’œil » panoramique qu’il fait juste en passant. Il en ressort de cette conception du rapport de l’écrivain avec son public, une littérature inclassable comme celle de Kossi Efoui. Qui parle, certes, du trouble de son époque, de son milieu, mais de manière si imaginaire, si imparfaite, si ressemblante à un trouble d’ailleurs. C’est le rôle de l’écrivain qui change. Et en même temps celui de la littérature. Les écrivains de la diaspora se définissent aujourd’hui à non par l’exil mais par la création. Ayant ingurgité les œuvres de Gogol, de Beckett, Richard Brautigan, du poète espagnol José Angel Valente, du portugais Antonio Lobo Antunes, Kossi Efoui se présente comme la somme de tout ceci pour inventer sa propre écriture. S’il sait comment il arrive à créer, il refuse de théoriser, de créer un courant. Car croit-il, créer un courant en littérature est une manière de vouloir imposer un mode de pensée, sa voie aux autres. Ce qui revient à une forme d’aliénation à une pensée unique, un système que refuse et dénonce Kossi Efoui. La richesse de l’œuvre du togolais vient de sa rencontre avec la France qui lui a offert les voies royales de la démocratie, la liberté de penser librement, le droit de dénier à quiconque de dire qu’on est autre chose que ce que l’on est.

Par Hoyigbe Feda