06/10/2022

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Tavio Amorin demeure une référence pour la libération du Togo

MESSAGE AU COLLOQUE TAVIO AMORIN DU 22 NOVEMBRE 2008 A BRUXELLES

Lorsque des personnes se réunissent pour commémorer le souvenir d’un défunt, c’est parce qu’elles voient en lui une valeur digne de mobilisation. Tavio Amorin était un homme politique donc un homme public qui avait des valeurs à partager avec ses concitoyens. La valeur se définit comme ce qui sert de référence par rapport à la morale. J’ose croire que l’illustre assemblée qui s’est donné rendez-vous à Bruxelles, sur le sol belge, pour parler de Tavio Amorin, a posé cet acte parce qu’elle reconnaît en lui une autorité. L’autorité dont il est question ici n’est point celle illégitime imposée par la force et l’arbitraire, mais l’autorité de la vertu qui est un témoignage de la valeur.

La valeur étant une source d’autorité, il est aisé de comprendre pourquoi, seize années après son lâche et odieux assassinat par les sbires d’une dictature militaire archaïque et analphabète dont l’existence constitue une source d’humiliation pour tous les Togolais patriotes qui ont un sens aigu de la dignité, Tavio Amorin demeure toujours une référence par rapport à la lutte patriotique pour la libération du peuple martyr du Togo.

La dignité, le courage, le patriotisme, la solidarité avec un peuple écrasé, la liberté, la justice, la vérité, le progrès sont quelques-unes des principales valeurs autour desquelles se bâtit une nation, s’éduque une jeunesse. Toutes ces valeurs ne vont pas de soi. Il faut des personnes pour y croire afin de les communiquer. De la même façon, on ne fait pas de démocratie sans démocrates. Or c’est ce que certains charlatans politiques prétendent faire au Togo tant au niveau des kleptocrates au pouvoir que de la pseudo-opposition officielle.

Le drame de notre pays aujourd’hui, s’explique par un lourd déficit de valeurs positives. La gouvernance politique s’identifie au gangstérisme politique, le clergé est une association de voleurs, les opposants politiques prétendument démocrates sont des putains outrageusement maquillés plus avides des prébendes du pouvoir que de changement véritable, les étudiants se sont transformés en chiots mal léchés porteurs de pancartes à la gloire de la dictature, les élites intellectuelles sont prisonnières du carriérisme et de l’opportunisme qui les obligent à étouffer leur conscience de cancrelat, le petit peuple est pris en otage par des sectes chrétiennes rétrogrades qui pratiquent le décervelage à grande échelle.

Notre pauvre pays est plongé tout entier dans une spirale de régression tous azimuts, prélude à un effondrement retentissant qui menace son existence-même. Que faire ? Suivre les faux prophètes, pasteurs, imams et autres gourous tarés qui promettent au peuple, déboussolé et traumatisé par la misère matérielle et morale, le paradis, la richesse dans l’au-delà, la guérison, etc. en faisant de la religion un business lucratif ? Ces marchands d’illusions, authentiques alliés objectifs des gouvernements africains usurpateurs, sont les vecteurs d’une dangereuse culture de la résignation.

Non ! Nous refusons la résignation. La résignation synonyme de reddition. La résignation consiste aussi, en désespoir de cause, à s’associer dans des institutions illégitimes avec les antidémocrates sous prétexte de les transformer de l’intérieur. C‘est prendre les Togolais pour des idiots et les ennemis du peuple pour de grands naïfs.

La trahison des idéaux et des valeurs pour lesquels des compatriotes sont morts par milliers est aussi une forme odieuse de résignation, pire une forfaiture crapuleuse que des chiens, véritables apprentis sorciers de la politique du ventre, posent comme une vertu, un acte de sagesse éminemment politique en prenant des vessies pour des lanternes.

Alors que faire ? Poursuivre inlassablement la lutte. Soyons des combattants de la liberté en fuyant les séductions démobilisatrices, la facilité, le cynisme et le découragement. Chacun à sa place, à son poste, a un devoir de résistance. L’objectif de l’être humain a toujours été la conservation et la perpétuation de l’espèce humaine. Cette réalité nous interpelle tous. Quel pays allons-nous léguer à nos enfants et petits-enfants ?

Nous devons donc refuser les fausses alternatives que les ennemis du peuple nous offrent entre l’exil et la mort.

Ces derniers temps, il m’est arrivé de confier, à plusieurs reprises, aux personnes qui me prêtent une oreille attentive, mon désir de sortir dans les rues de Lomé, un de ces quatre matins, avec une lanterne allumé au bout du bras, en plein midi, comme Diogène, et de répondre aux gens intrigués : « Je cherche l’Homme » ou « Mu le dji Agbeto »

N’y a-t-il plus de femmes et d’hommes dignes de confiance, vertueux, porteurs des valeurs qui nous sont si chères dans un univers délétère où règnent de fausses valeurs comme la trahison, la corruption, le mensonge, le crime, l’impunité et la veulerie ?

Ce sont les combattants, les résistants porteurs de valeurs, comme l’a été Tavio Amorin dans notre lutte de libération, qui doivent susciter une nouvelle opposition démocratique combative face, d’une part, au Monstre du despotisme et de l’obscurantisme qui oppresse notre peuple et, d’autre part, au colonialisme mafieux de la France amie des dictateurs africains.

Fait à Lomé, le 20 novembre 2008
Ayayi Togoata APEDO-AMAH