26/06/2022

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Tchozo, recalé par la France après quatorze années

Saint-Denis – Pantin (FRANCE)
TCHOZO TEMELE a 26 ans dont plus de la moitié passée en France, son pays d’adoption qui veut aujourd’hui l’expulser. Il y est arrivé enfant, avec ses parents, employés à l’ambassade du Togo. Il y a fait toute sa scolarité, glané une mention bien au baccalauréat, vu la porte s’ouvrir sur un BTS de commerce et le chemin se dégager sur une carrière hexagonale. Mais il rêvait, Tchozo. Quand d’autres auraient choisi la facilité d’une inscription bidon à l’université pour obtenir une carte de résident, il a voulu faire les choses dans les règles. Il a demandé une autorisation de travail afin d’effectuer son contrat d’apprentissage. Ce fut un premier refus et le début de l’engrenage.

Un cercle vicieux « Jamais je n’aurais pensé qu’une fois le lycée fini, je tomberais dans un tel cercle vicieux, soupire le jeune homme en bouclant sa dernière démarche : une demande d’aide juridictionnelle. J’avais une pré-inscription en BTS et il ne manquait qu’un contrat de qualification. Mais quand j’ai trouvé ce contrat, dans une société agroalimentaire de Rungis, il fallait l’avis de la Direction du travail et de l’emploi. Mon dossier y est resté plus de six mois. » Après, ce ne fut qu’un enchaînement de retards et de refus, de conditions suspendues les unes aux autres, interdisant à Tchozo de travailler légalement… Les arrêtés d’expulsion se sont succédé, jusqu’au dernier qui court depuis mai. L’administration suspend son titre de séjour à l’obtention d’un contrat d’apprentissage ; lequel n’attend qu’un titre de séjour pour pouvoir être accordé. Privé de logement, le garçon frêle a erré de foyers en parkings, avant de rencontrer par bonheur Catherine et son frère Alain qui l’ont pratiquement recueilli. Catherine a fait sien son combat. Démontant un à un les refus de la France d’accueillir celui qu’elle a pourtant laissé grandir. Des mois d’épluchage minutieux de la « convention franco-togolaise », signée en 1970 entre les deux pays, lui ont enfin livré les arguments pour dénoncer la menace d’expulsion de Tchozo : cet accord prévoit notamment que « les ressortissants togolais titulaires d’un titre de séjour ont accès à l’apprentissage et à la formation professionnelle », et que ces jeunes « sont dispensés d’une autorisation de travail pour accéder à un contrat en alternance ». En dernier recours, Catherine vient d’envoyer au président de la République un dossier épais de quarante pages de relevés, diplômes, attestations diverses, relevés de procédures, récépissés et autres promesses d’embauche. « Il ne s’agit pas de régulariser une personne sans papiers, mais de légitimer un enfant éduqué, scolarisé dans notre pays ! » lui écrit-elle. Dans l’appartement de Catherine à Saint-Denis, où il reçoit son courrier, Tchozo avoue : « Je n’ai plus d’espoir, soupire-t-il. Le pire, en fait, c’est que plus on lutte à vouloir être honnête, plus on vous décourage. On vous pousse vers la clandestinité, alors que vous ne voulez que montrer votre capacité, votre honnêteté ! » A Pantin, un emploi jeune attend Tchozo depuis huit mois. Mais en septembre, faute de l’indispensable autorisation de séjour, l’employeur devra embaucher quelqu’un d’autre que lui.

Elodie Soulié
Article du journal LE PARISIEN 08/08/2002