23/04/2024

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Togo: 8 décembre 1946, victoire du CUT aux élections de l’Assemblée représentative du Togo

8 décembre 1946 – 8 décembre 2006

Il y a 60 ans : Sous la conduite Sylvanus OLYMPIO, la liste du CUT gagnait les premières élections à l’Assemblée représentative du Togo (ART)

Il y a 60 ans, le 8 décembre 1946, la liste du Comité de l’unité togolaise (CUT) conduite par Sylvanus Epiphanio Kwami OLYMPIO raflait la majorité des sièges en compétition lors des élections à l’Assemblée représentative du Togo (ART), le premier parlement local dont le combat des nationalistes africains avait imposé la création au pouvoir français dans toutes ses colonies qui menaçaient de lui échapper, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Le CUT rééditait son exploit du 10 novembre où il avait déjà gagné la consultation électorale en faisant élire le Dr Martin André Komla AKU comme député représentant le territoire du Togo à l’Assemblée nationale française, victoire qui eut un effet amplificateur sur son triomphe de ce 8 décembre 1946 qui lui permit de conforter ses positions en dominant cette première Assemblée représentative du Togo (ART).

A l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire de la triple première victoire électorale des nationalistes togolais que sont les dates des 10 novembre, 8 et 16 décembre 1946 (date de l’élection de Sylvanus OLYMPIO à la présidence de l’Assemblée représentative), le Parti des travailleurs constate qu’à propos de l’histoire de la libération de notre pays du joug de la domination coloniale, on ne connaît presque que les dates de la victoire électorale des nationalistes togolais, le 27 avril 1958, et celle de la proclamation de l’indépendance du Togo, le 27 avril 1960.

C’est pourquoi, il estime de son devoir d’œuvrer à sortir de l’oubli dans lequel elles sont tombées, ces trois dates ainsi que les personnages qui en furent les artisans, au regard de leur importance pour l’affirmation du mouvement d’émancipation nationale au Togo.

Le combat des Togolais pour élire leurs propres représentants :
Il convient de rappeler que, menacé de perdre toutes ses possessions coloniales au lendemain de la Seconde Guerre mondiale tant par le soulèvement des peuples africains que par les convoitises de ses rivaux impérialistes que sont les Etats-Unis d’Amérique et la Grande Bretagne, le colonialisme français était obligé de mettre en œuvre une série de réformes dans ses colonies pour pouvoir s’y maintenir.

C’est notamment ainsi qu’il promulgua des ordonnances supprimant quelques unes des dispositions les plus discriminatoire du statut colonial comme le « statut de l’indigénat » et l’obligation du travail forcé et entreprit d’associer des représentants de ses colonies à l’œuvre de gestion du pouvoir français tant en France que dans les colonies en les faisant participer aux deux premières assemblées constituantes françaises élues en octobre 1945 et en juin 1946.
Cependant, pour ces élections, le pouvoir colonial français maintenait le système du « double collège » électoral : le premier pour les colons qui ont un statut de citoyens français à part entière et le second pour les « indigènes » qui n’étaient pas considérés comme des citoyens français mais quelque peu comme des sous-hommes n’ayant pas les mêmes droits.
Mais, pour les nationalistes togolais, il fallut de plus s’opposer à la volonté du pouvoir colonial français d’annexer purement et simplement leur pays à sa colonie du Dahomey comme il en avait l’intention avec son « Union personnelle du Togo avec le Dahomey » au nom duquel c’était un représentant du Dahomey, le député Sourou Migan APITHY, qui représentait les Togolais à ces deux premières assemblées constituantes françaises.

L’inlassable combat des nationalistes togolais, qui avaient notamment interpellé l’ONU au sujet de cette volonté d’annexion, avait fini par contraindre le pouvoir colonial français à reculer en accordant l’élection d’un député à part entière du Togo à l’Assemblée nationale française, le 10 novembre 1946, date où Martin André Komla AKU, candidat du CUT fut élu à ce poste. Ce combat des nationalistes togolais qui était également mené dans toutes les colonies françaises, avait contraint le gouvernement provisoire de la République française alors dirigé par Georges BIDAULT à créer des assemblées représentatives locales permettant aux citoyens des différents territoires coloniaux de commencer à gérer leurs propres affaires bien que ce soit sous le contrôle des représentants du pouvoir colonial.

C’est dans ce cadre que fut promulgué le Décret n° 46-2378 du 25 octobre 1946 portant création d’une Assemblée représentative au Togo (ART) qui était appelée à avoir d’importants pouvoirs car elle devait organiser les services publics, établir les impôts, taxes et droits de douanes, exercer, comme dans les autres territoires d’Outre-Mer, les pouvoirs réservés au parlement dans la métropole..

Le 8 décembre 1946, se tenaient sur tout le territoire, les premières élections à cette Assemblée représentative du Togo devant comprendre 30 membres dont 6 colons français, élus du premier collège et 24 Togolais élus du second collège des « indigènes » non-citoyens français.

Une imposante victoire :

La consultation électorale du 8 décembre 1946 avait un enjeu d’autant plus important que cinq jours plus tard, le 13 décembre 1946, l’Assemblée générale de l’ONU devait approuver le tout nouvel Accord de tutelle pour le Togo qui comportait des dispositions plus favorables aux nationalistes togolais face au pouvoir colonial français.

A cet effet, le CUT reprit les trois points du programme sur lequel il avait mené campagne pour l’élection du 10 novembre où Martin AKU fut élu député à l’Assemblée nationale française lorsqu’il :

a) exalte le peuple éwé sur son territoire partagé arbitrairement par le colonialisme européen ;

b) défend la spécificité du statut international du Togo, dont il refuse la représentation avec le Dahomey au sein de l’Assemblée française ;

c) réclame des réformes socio-économiques, notamment la libre circulation des biens et des personnes dans le « Togo franco-britannique », la réorganisation de la chefferie coutumière, des réformes fiscales. »

Au dépouillement des votes de l’élection du 8 décembre, sur les 30 sièges en compétition pour les deux collèges (citoyens français et non citoyens français), le triomphe fut total pour le CUT avec des résultats qui se distinguaient par l’imposante victoire que voici :
— CUT : 14 sièges ;
— Indépendants : 9 sièges ;
— Européens : 6 sièges ;
— PTP : 1 siège.

Lorsqu’on considère ces résultats du point de vue de la répartition par collège, la victoire du CUT est encore plus cinglante : sur les 24 sièges du IIe Collège des non-citoyens français, le CUT en a raflé 14 soit plus de 58 % alors que le PTP, avec son seul siège, ne pesait que pour 0,04 % dans cette assemblée !

Des résultats aussi écrasants qui tendaient à nouveau au plébiscite en faveur du CUT montraient de toute évidence que sa victoire du 10 novembre où son candidat, Martin AKU a été élu, n’était pas un accident de l’histoire ou simplement le fait du hasard. Par contre, les électeurs avaient infligé une cinglante défaite au Parti togolais du progrès et à son principal dirigeant, Nicolas GRUNITZKY qui, bénéficiant d’un énorme soutien de l’administration coloniale, avaient frontalement fait campagne contre le combat pour la réunification du peuple Ewé mené par le CUT.

En votant d’une façon aussi claire que massive, ce 8 décembre 1946, les électeurs témoignaient de ce qu’un mouvement profond, jusqu’alors en gestation au sein du peuple togolais tout entier, venait de faire irruption avec une force inégalée qui s’exprimait avec une tendance unanime sur toute l’étendue du territoire national en faveur du mouvement national incarné par le CUT, le parti qui leur proposait ouvertement une rupture d’avec l’ordre colonial ! En effet, de l’Est à l’Ouest, du Sud jusque dans le grand Nord du territoire, les candidats du CUT avaient été confortablement élus tant dans la subdivision de Lama-Kara que dans le Cercle de Mango (Mango – Dapango) ce qui administre le double enseignement suivant :

— 1°) l’échec des campagnes de division orchestrées par le colonialisme français qui n’a cessé d’opposer les peuples du Nord à ceux du Sud, ces derniers, avec le combat pour la réunification du peuple éwé étant faussement présentés comme étant les ennemis des peuples du Nord.

— 2°) la force de l’aspiration à l’unification des peuples arbitrairement divisés par les frontières coloniales artificielles dans ces régions où les mêmes frontières ont également divisé des ethnies entières.

Renouer avec la victoire électorale de 8 décembre 1946 :

La victoire du mouvement national togolais qui fit élire avec cette majorité écrasante les députés du CUT lors des élections du 8 décembre 1946, marqua donc un tournant dans le combat des nationalistes togolais car elle les conduisit, 12 ans plus tard, à la victoire électorale du 27 avril 1958.
C’est au grand défi de renouer avec le combat qui arracha cette victoire électorale du 8 décembre 1946 qui commença à partir du combat pour la réunification des peuples africains divisés par les frontières artificielles imposées par la colonisation auquel nous sommes aujourd’hui confrontés pour donner de nouvelles bases à notre combat pour en finir avec la domination de l’impérialisme principalement français sur le Togo, domination pour laquelle est utilisée la dictature du clan des Gnassingbé.

Lomé, le 7 décembre 2006
Pour le Parti des travailleurs,
le Secrétaire chargé de la coordination
Claude AMEGANVI